5 questions à Elsa Boublil, directrice du Théâtre de la Concorde

Interview

Mise à jour le 24/03/2026

Portrait de Elsa Boublil.
Au Théâtre de la Concorde, la scène se veut ouverte, vivante et connectée aux enjeux de société. En multipliant ateliers, débats et spectacles, le lieu revendique une ambition simple : faire tomber les barrières et redonner au théâtre sa vocation populaire. Rencontre avec sa directrice, Elsa Boublil.

1 > Qui peut venir au Théâtre de la Concorde (8e) ?

L’enjeu, ici, est de réussir à faire venir celles et ceux qui pensent que le théâtre n’est pas pour eux. Le but ? Que ce soit un lieu d’apprentissage et de partage où l’on peut tous se mélanger. Et c’est en visant cet objectif que l’on construit la programmation, avec des ateliers de stand-up, des cours de chant, des rencontres où le public est invité à rejoindre sur scène les intervenants, etc. Et cela marche ! Au début, certains sont hésitants, mais ils osent, petit à petit. Pour moi, ces portes d’entrée permettent d’accéder progressivement au spectacle vivant.

2 > Qu’est-ce qui rend le théâtre plus accessible aujourd’hui ?

Il y a un public d’initiés qui fait exister le spectacle vivant naturellement, et puis il y en a un autre, moins familier à la pratique du théâtre – notamment les jeunes –, qu’il faut aller chercher. C’est pour cela que nos rencontres et nos ateliers sont gratuits, et que les spectacles le sont pour les mineurs.

On ne doit pas perdre de vue l’objectif du lieu, qui est avant tout un théâtre populaire.

Elsa Boublil
Directrice du théâtre de la concorde (8e)
C’est important pour moi que l’on aide à faire tomber cette « barrière » entre la scène et le public. Mais cela l’est tout autant d’être à l’écoute des Parisiennes et des Parisiens. C’est d’ailleurs ma première préoccupation : pouvoir entendre celles et ceux que l’on n’écoute pas assez. Et c’est ce que je répète sans cesse aux équipes. On ne doit pas perdre de vue l’objectif du lieu, qui est avant tout un théâtre populaire.

3 > Comment la programmation est-elle pensée ?

Le lieu fait écho à l’actualité. Sa programmation est donc pensée autour de ce qu’il se joue en ce moment dans la société. En avril, on va s’intéresser à la question de nos héritages puis, en mai, au climat. Ces thématiques portent haut et fort les valeurs de la démocratie au moyen de la création. Les artistes ont cette faculté à poser des mots et un regard là où cela fait mal, en s’autorisant la subtilité, ce qui leur permet d’aller plus loin dans la réflexion.

4 > Selon vous, la culture est-elle actuellement en danger ?

Je suis inquiète, car je crois qu’il est dangereux de penser qu’il faut moins dépenser pour la culture parce qu’il y a moins d’argent. C’est elle qui permet aux plus démunis de continuer à espérer. S’ils ne peuvent plus aller à la bibliothèque ou assister à un atelier gratuitement, on fonce tout droit vers une société déshumanisée et un avenir en danger. La culture, c’est justement ce qui nous rend humains et singuliers. C’est un bien public. Il faut célébrer celles et ceux qui croient encore qu’il est important de financer l’art et la culture.

5 > Que dire à celles et ceux qui jugent la culture élitiste ?

Je leur réponds que ce sont des gens qui ne sont pas en connexion réelle avec le peuple ! Oui, pousser les portes d’un théâtre, cela peut faire peur. J’ai entendu hier une femme confier qu’elle n’y connaissait rien et qu’elle avait honte. Il faut s’enlever cette idée de la tête ! Il n’y a aucune honte à ne pas savoir. Le problème, c’est de dire que l’on sait et d’avoir le monopole de la parole. Il y a autant de cultures qu’il y a d’êtres humains. Et c’est précisément l’ambition du Théâtre de la Concorde : remettre de la simplicité, privilégier une parole authentique et célébrer le vivre-ensemble.
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