1 lieu, 3 histoires : le Palais de la Femme

Série

Mise à jour le 10/03/2026

la façade du Palais de la Femme, Armée du Salut, rue Faidherbe, en 1920 (11e arr.).
Avec sa remarquable façade Art nouveau, le Palais de la Femme ne laisse pas indifférents les curieux. Ouvert il y a cent ans, ce lieu, autrefois l’un des plus grands foyers féminins d’Europe, accueille encore aujourd’hui des personnes en situation d’exclusion, dont 80 % de femmes.

#1 Un refuge pour ouvriers

Les hommes sont les premiers résidents de ce qui n’est pas encore le Palais de la Femme (11e). Construit en 1910, l’édifice, destiné à accueillir des travailleurs célibataires, est alors le premier hôtel social du genre en France. Le projet est confié aux architectes Auguste Labussière et Célestin Longerey, qui le conçoivent pour la fondation « Groupe des maisons ouvrières ».
Ses cinq étages abritaient 750 chambres et des espaces collectifs (réfectoire, salle de sport, bibliothèques…), offrant un confort rare pour l’époque. Mais, en 1914, avec la Première Guerre mondiale, le lieu se vide progressivement de ses habitants. Il devient successivement un hôpital militaire, puis une annexe du ministère des Pensions, avant d’être abandonné en 1920.

#2 Le combat d’une indignée

Sans Blanche Peyron, le Palais de la Femme n’aurait sans doute jamais vu le jour. Officière de l’Armée du Salut et à la tête du mouvement en France – avec son mari Albin Peyron –, elle s’indigne de voir un bâtiment de 13 000 mètres carrés laissé à l’abandon au cœur de Paris alors que, après la guerre de 1914-1918, de nombreuses femmes venues dans la capitale pour travailler se retrouvent seules et sans ressources. En 1925, elle lance une vaste collecte et réunit les fonds nécessaires pour acheter l’édifice.
Son ambition ? En faire un foyer pour jeunes ouvrières, surnommées « midinettes », contraction de « midi » et « dînette », en référence à la pause-déjeuner qu’elles prenaient entre deux demi-journées de travail. Ainsi naît le Palais de la Femme, en 1926, qui joue aujourd’hui encore un rôle essentiel dans la lutte contre l’exclusion et accueille 400 personnes en difficulté.

#3 Une conception innovante

Le bâtiment bouscule par son audace architecturale les standards du logement ouvrier du début du XXe siècle. Car oui, à cette époque, les habitats destinés aux travailleurs étaient le plus souvent exigus, sombres et mal ventilés. Lorsque les architectes Auguste Labussière et Célestin Longerey conçoivent l’édifice, il y introduit des principes résolument novateurs pour 1910 : une structure en béton armé, une vaste verrière et une organisation des pièces en U autour de cours intérieures.
Cette configuration assure une circulation optimale de l’air et une lumière naturelle abondante. Des redans (décrochements successifs de la façade) accentuent encore l’ensoleillement et la ventilation des logements. Ces choix traduisent une volonté d’améliorer hygiène et confort, préfigurant l’habitat « sain », et ce, bien avant l’apparition des normes modernes.
ABC Dates
> 1910 : le bâtiment est initialement construit comme un hôtel social destiné aux hommes célibataires
> 23 juin 1926 : le Palais de la Femme, un centre d’accueil pour femmes seules, est inauguré
> 2006-2009 : l’édifice est entièrement restauré
> 2026 : le centenaire du lieu est célébré avec de nombreux événements culturels
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