Jacky fait vivre la mémoire de la Goutte d'Or

Passionné d'Histoire, Jacky Libaud anime des balades à la Goutte d'Or (18e). Nous l'avons suivi au fil de ses rues et trésors cachés.

Rencontre avec un fin connaisseur de la capitale

En vous baladant à la Goutte d’Or, vous croiserez peut-être sa silhouette, coiffée d’une casquette. Jacky Libaud habite le quartier depuis 1993 : ce passionné d'histoire, d'architecture, de flore et de faune parisiennes. fait découvrir son quartier et Paris comme conférencier depuis 2012. 

Portrait de Jacky libaud Goutte d'or, Guide

« Je suis originaire de Vendée, raconte-t-il. J’ai d’abord découvert la Goutte d’Or dans les années 80 : c’était insalubre, très dégradé, de nombreux logements étaient loués par des marchands de sommeil ». Année après année, il observe les transformations croissantes du quartier, avec l’arrivée de nouvelles populations et la création de nouveaux commerces. "La rue Myrha est bon exemple du changement en cours, nous explique-t-il. Il y a 20 ans, c’était un coupe-gorge. Désormais, c’est la rue la plus branchée du secteur, avec par exemple des créateurs de mode très pointus et un café-librairie (la Régulière)." 

Paris.fr a suivi ce fin connaisseur de la capitale à travers les rues de la Goutte d’Or.

Un quartier populaire depuis la révolution industrielle

Le quartier, situé à l’est de Montmartre, tire son nom insolite de la vigne : elle est cultivée à l’époque sur des pentes situées "hors les murs" de Paris, dans le village de la Chapelle. Elles produisaient un vin blanc renommé, aux reflets dorés.

Au début du 19e siècle, cette terre agricole s'urbanise et est rapidement convoitée par  le marquis Trutat de Saint-Ange qui a acquis des terrains agricoles sur la commune de la Chapelle, entre la barrière de st Denis (actuellement la station de métro La Chapelle) et la barrière des Poissonniers (station actuelle Barbès) pour en faire le hameau de Saint Ange. La majorité des rues sont tracées et les immeubles du style Louis Philippe fleurissent.

"Rue Stéphenson. Immeuble, 52 boulevard de la Chapelle. Paris (XVIIIème arr.)". Union Photographique Française. Aristotype à la gélatine. Entre 1895 et 1899. Paris, musée Carnavalet.


Un exemple d'immeuble de l'époque Louis Philippe est présent à l'angle des rues Léon et Myrha. Le rez-de-chaussée est actuellement occupé par Pala Pala Music, un label de musiques du monde.

Vue sur un ancien immeuble de style Louis Philippe à l'angle de la rue Myrha et de la rue Léon occupé par le label de music Pala Pala Goutte d'or

La vocation de ce nouveau quartier construit à la périphérie de Paris est d’accueillir les vagues de population venus de province, ou chassées par les réhabilitations du centre de Paris qui est alors en pleine expansion. Par la loi du 16 juin 1859, le quartier de la Goutte d'Or, qui  appartenait à la commune de La Chapelle, est annexé à Paris.

Les immeubles sont alors construits en conséquence. De facture modeste, ils sont surtout composés de petits logements, pour accueillir des célibataires venus travailler à Paris, au moment de la construction du chemin de fer de la Gare du Nord, dans des ateliers de métallurgie ou de construction de machines à vapeur. Dès 1836, une fabrique de machines à vapeur occupe aussi l'emplacement actuel des rues de Panama et de Suez (en photo ci-dessous). Créée par l'industriel Antoine Pauwels, elle est remplacée en 1860 par un dépôt de la compagnie des Omnibus.

Vue sur un immeuble entre la rue de Panama et la rue de Suez, anciennement occupé par une usine de machine à vapeur Paris 18ème Goutte d'or

Ci-dessous l'angle de la rue de la Goutte d'Or et de la rue de Chartres vers 1900.

Rue de la Goutte d'Or et rue de Chartres. Paris (XVIIIème arr.). Carte postale, vers 1900.

C’est également dans le quartier de la Goutte d’Or qu'Emile Zola situe les lieux de son roman “L’Assommoir” paru en 1877. Ce roman donne un idée très précise de la vie ouvrière dans la seconde moitié du 19e siècle. 

L'apport des population immigrées

Avec l'urbanisation et la révolution industrielle, de nombreux “hôtels meublés” (les “garnis”) seront construits dans le quartier. Ces caractéristiques vont faire du quartier un lieu privilégié pour toutes les vagues de migrants. 

8, rue d'Oran. Paris (XVIIIème arr.). Union Photographique Française, 1906. Paris, musée Carnavalet.

Un quartier multiculturel

Au fil des décennies, la Goutte d’Or accueille les populations du nord de la France et d’Alsace, les Belges, puis les Italiens, les Polonais, les Espagnols. Dès la fin du 19e siècle, les premiers Kabyles arrivent dans le quartier. Le principal flux d’immigration maghrébine date des années 50 et concerne le sud du quartier. Dans certains îlots, on comptera jusqu’à 80% d’immigrés, une population essentiellement masculine.

Magasins de tissus africains dans le quartier de la Goutte d'or

Europe de l'est, Maghreb, Asie... 

"La Goutte d'Or a toujours été un quartier de migration, explique Jacky Libaud. Dès la fin du 19e siècle, des populations juives sont arrivées de l'est de l'Europe, fuyant les pogroms. Parmi eux, on trouvait de nombreux artisans. Avant 1914, de nombreux Allemands y résidaient également. De nombreux migrants du Maghreb sont, eux, arrivés dans l'entre deux guerres, et cette immigration s'est amplifiée après 1945."

D’autres arrivées (Afrique de l’Ouest, Portugal, Yougoslavie, Asie...) poursuivent l'histoire multiculturelle du quartier.

Art nouveau et Art déco

Au fil de notre balade, nous découvrons un visage méconnu du quartier : la présence de belles façades de styles Art nouveau (fin 19e et début 20e siècle) et Art déco (après la 1ère guerre mondiale).

Un air de campagne

En chemin, Jacky Libaud nous montre quelques trésors cachés de la Goutte d'Or qui nous font complètement oublier l'effervescence de ce quartier cosmopolite !

La villa Poissonnière

Il nous fait visiter cette petite ruelle pavée pleine de charme, bordée de jardins  attenants à de grandes maisons de style anglais datant du 19e siècle. Notre guide nous confie que le chanteur Alain Bashung  y a vécu les dernières années de sa vie,

Vue sur la Villa des Poissonniers par l'entrée au 41 rue Polonceau Paris  18eme

Le jardin l'Univert

Notre guide, très impliqué dans la vie associative de son quartier, nous montre le jardin "L'Univert" situé à l'intérieur d'un immeuble social. Ce jardin, initié par l'association Halage, s'inscrit dans l'économie sociale et solidaire. Elle mène des projets d'insertion par l'activité économique et des actions de formation professionnelle continue dans le domaine de l'environnement.

Vue sur l'église Saint-Bernard de la Chapelle depuis la rue Affre Paris 18ème Goutte d'or

L'église Saint Bernard et son ambiance de village

Nous terminons notre balade par l'église Saint Bernard. De style néo-gothique, elle a été construite en 1861, et classée monument historique en 2011. Son square, entouré des rues adjacentes Affre, Saint-Mathieu Stephenson et saint Bruno, est une belle représentation d'un quartier en pleine mutation et développement.

Les balades en pratique

Si vous souhaitez participer à une balade commentée de la Goutte d'Or ou d'autres quartiers et jardins de Paris, contactez Jacky Libaud. Les visites sont payantes.

Le site "Goutte d'Or et vous" est une mine d'informations sur la mémoire du quartier. Archives, cartes postales, cartes interactives... Une belle introduction pour découvrir la Goutte d'Or avant de s'y rendre !

Le blog de l'association Action Barbès vous entraîne dans l'histoire des rues du quartier.

Dernière mise à jour le mercredi 13 décembre 2017
Crédit photo : © François Grunberg / Mairie de Paris

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