Une vie en Seine : Bill François, scientifique et (ra)conteur de la Seine
Série
Mise à jour le 09/06/2026
Sommaire
La Seine, c’est leur quotidien : par métier, par passion, ou parce qu’elle s’est imposée comme une évidence. Plus qu’un fleuve, la Seine est un souffle : le cœur battant de Paris, et celui de leurs vies. À 32 ans, ce scientifique parisien captivé par les milieux aquatiques met à profit sa verve et ses nombreuses connaissances pour faire découvrir les espèces qui peuplent la Seine.
Bill François n’aime pas que l’on mette les gens dans les
cases. Dommage, il faudra bien s’y résoudre… Et tant pis si on doit prendre une
longue inspiration pour énumérer tout ce que le trentenaire fait dans la vie. Allez, on se
lance : biophysicien passé par l’École normale supérieure, naturaliste, écrivain,
vainqueur du concours d’éloquence « Grand Oral » en
prime time sur France 2, auteur et interprète d’un seul en scène,
chroniqueur pour France Info,
vulgarisateur hors pair, pêcheur et, surtout, inlassable arpenteur de la Seine.
Vidéo Youtube
Sous la surface
« Ce que l’on voit là est rarissime ! »
Longer la Seine en compagnie de Bill François, c’est
découvrir un monde que l’on ne soupçonne pas. C’est l’écouter raconter comment
Henri IV faisait pêcher des saumons dans la Seine pour l’une de ses maîtresses,
ou comment vivent actuellement les ablettes, ces poissons à la base de la
chaîne alimentaire, très nombreux dans le fleuve. Mais c’est également le voir
s’arrêter en pleine phrase, lever la tête et partir en courant derrière un
insecte que l’on n’avait même pas remarqué.
« Ce que l’on voit là est rarissime ! C’est une
mouche de mai, de la famille des éphémères. Elle passe la plupart de son temps
dans l’eau, sous forme de larve, et ne sort qu’une journée afin de se
reproduire, s’exclame le scientifique. Cette espèce est particulièrement
menacée par la pollution. L’observer dans la Seine atteste d’une très bonne
qualité de l’eau. L’année dernière, avec un ami, nous avons été les premiers à
documenter sa présence dans le fleuve ! »
La première mouche de mai à Paris a été observée l’an dernier. « C’est un coup de chance, je ne m’attendais pas à en apercevoir une nouvelle », confie Bill François.
Crédit photo :
Alexis Annaïx / Ville de Paris
Dans le flot quotidien
« Il y a une authentique curiosité des Parisiens »
D’abord scientifique de métier et passionné d’écriture,
Bill François, 32 ans, vit désormais de ses livres. Auteur de cinq
ouvrages de vulgarisation scientifique (dont deux abordent la
Seine : La Truite et le Perroquet :
confidences du peuple des rivières et Eaux douces), le
Parisien s’emploie à mieux comprendre le monde aquatique et à lui donner la
parole. Pour cela, il passe plusieurs heures à observer la Seine. Ce qui
lui permet, par exemple, de réaliser un suivi de la population de silures en
consignant leur nombre, leur taille ou encore leur mode de vie grâce aux « aux tâches
de ces poissons, qui sont comme nos empreintes digitales ».
Membre de l’Union des pêcheurs de Paris, association créée en 1891 et œuvrant à la protection des milieux aquatiques de la Seine, Bill François utilise la pêche comme un moyen complémentaire d’observation des espèces : « En pêchant, je remarque également qu’il existe une authentique curiosité de la part des Parisiens, qui viennent souvent me poser des questions. Même si, la plupart du temps, les gens ne regardent pas ce qu’il y a dans l’eau et n’ont pas conscience de la richesse de cet écosystème. Pourtant, plus on connaît un milieu, mieux on le protège. »
Bill François s’apprête à sortir « un mini guide des rivières », pour mieux connaître la Seine… mais pas que.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
À la source
« On développe un autre rapport au fleuve »
Heureux de vivre dans une ville où « le milieu
aquatique va de mieux en mieux », l’homme aux multiples casquettes, qui a
grandi dans la capitale, ne s’intéresse vraiment aux poissons parisiens que
depuis une douzaine d’années. « J’ai toujours été passionné par la nature
en général, et le monde aquatique en particulier. Les bords ont été façonnés
par l’être humain, mais tout ce qui se passe dans l’eau est plus sauvage, y
compris dans la Seine. Il y a de grands prédateurs, des migrateurs, des bancs
de poissons… En comprenant cela, on développe un autre rapport au fleuve, car
on le perçoit comme ce qu’il est vraiment : un milieu vivant et habité. »
Douze années d’observation ont suffi à Bill François pour
attester de nombreux changements. Des herbiers, véritables nids de
biodiversité, commencent à pousser, des gobilles sont arrivées, tout comme les
fameuses mouches de mai. « On compte désormais une quarantaine d’espèces
de poissons dans la Seine. Nous sommes bien loin des trois espèces recensées au
sortir de la Seconde Guerre mondiale. Je rêve de voir certains spécimens revenir, comme le saumon ou l’esturgeon qui vivaient dans la Seine
autrefois et qui mesurent jusqu’à six mètres ! Maintenant que la Seine est
ouverte à la baignade, j’espère que d’autres efforts seront faits… à
destination des milieux et des espèces. »
Pour mieux observer la Seine, le scientifique est équipé de lunettes à verres polarisants : ils suppriment les reflets dans l’eau.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
L’une des raisons de sa passion pour le milieu aquatique ? Le champ des possibles. « Dans l’eau, il nous reste des choses incroyables à découvrir alors que, sur terre, on sait que l’éléphant est le plus gros et que l’on ne verra rien de plus massif ! »
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Bill François : « Ce sont souvent les ornithologues et les pêcheurs qui fournissent des informations sur l’arrivée de nouvelles espèces (invasives, par exemple). » D’où l’importance de l’observation !
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Default Confirmation Text
Settings Text Html
Settings Text Html
Votre avis nous intéresse !
Ces informations vous ont-elles été utiles ?
Attention : nous ne pouvons pas vous répondre par ce biais (n'incluez pas d'information personnelle).
Si vous avez une question, souhaitez un suivi ou avez besoin d'assistance : contactez la Ville ici.