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Entretien

Noushin Dianat, lauréate du Women Startup Challenge, dédié à la santé

Mise à jour le 02/10/2019
Lundi 7 octobre, l’Hôtel de Ville accueillait la finale du "Women Startup Challenge Europe HealthTech". Dix start-up européennes dédiées à l’innovation en santé, fondées ou cofondées par des femmes, y défendaient leur projet devant un jury. A la clé, un prix de 50 000 dollars américains. Rencontre avec Noushin Dianat, la lauréate parisienne.
Il aura fallu une dizaine d’années de recherche à Noushin Dianat et son équipe de chercheurs pour mettre au point une nouvelle technologie de fabrication de micro tissus du foie, en 3D, joliment appelés HepatoPearls® (perles du foie). Ces perles parviennent à reproduire l’architecture et la physiologie du foie humain et s’avèrent donc particulièrement utiles pour des applications pharmaceutiques et thérapeutiques et pour la recherche fondamentale. Elles peuvent en effet prédire la réponse humaine avec une grande précision, lors de test de médicaments par exemple. Les chercheurs ont déposé 4 brevets sur cette technologie au cours de leurs années de recherche entre 2006 et 2017, et Noushin a créé sa société Cyprio pour valoriser ce qui avait été breveté.
Elle vient donc de remporter le Prix du "Women Startup challenge" dédié cette année à la technologie de la santé "Health Tech" , une compétition initiée par Women Who Tech, ONG créée en 2008 pour lutter contre les discriminations faites aux femmes entrepreneures. 4 minutes de présentation (pitch), suivies de 4 minutes de questions, ce lundi 7 octobre 2019 à l'Hôtel de Ville elle a donc eu 8 minutes pour remporter 50 000 dollars américains. Une somme bien utile pour développer son entreprise et les nouvelles applications qu’elle imagine déjà pour son invention.
Noushin Dianat
Noushin Dianat
Emilie Chaix / Ville de Paris
Nous l'avons rencontrée dans son laboratoire dans le 5e arrondissement. A notre curiosité « Pourquoi le foie ? », elle répond en souriant : « J’ai toujours été fascinée par cet organe. Au contraire du cœur ou des reins, par exemple, qui sont des organes à fonction évidemment indispensable mais unique, le foie est un organe incroyable ! Saviez-vous qu’on lui connaît une vingtaine de fonctions ? Et il y a encore des fonctions que l’on ne connaît pas ! »

Des perles innovantes

La chercheuse sort un flacon et détaille : «Vous voyez ces minuscules points blancs dans le liquide ? C’est ce que nous appelons des HepatoPearls®, des perles du foie qui arrivent à fabriquer la même structure qu’on détecte dans le foie humain. On prélève des cellules de foie d’une personne en état de mort clinique, on les implante dans ces capsules qui vont les revitaliser et recréer un micro foie. Avec cette méthode de culture, les cellules arrivent même à mimer l’architecture microscopique présente dans le foie. »
Noushin Dianat
Noushin Dianat
Emilie Chaix / Ville de Paris
A l’œil nu, évidemment, c'est difficile à imaginer car chaque capsule mesure la moitié d’un millimètre… Leur taille microscopique ne les empêche pourtant pas d'être perméables à l'oxygène, aux nutriments et tout ce dont les cellules humaines se nourrissent. « Les capsules sont fabriquées à partir d’un type de sucre extrait de l’algue brune qui ne se dissout pas du tout dans l’eau ou les liquides, poursuit Noushin. C'est comme un gel flexible et perméable. Après, on les met dans ce qu’on appelle un milieu de culture où on a des nutriments qui sont comme ceux que l'on trouve dans le corps humain. »
« C’est une innovation par rapport aux méthodes de culture classique utilisées pendant des dizaines d'années, car c'est plus efficace pour maintenir ou conserver les fonctions clés des cellules humaines. Mais c’est surtout la technologie d’encapsulation qui est innovante, car cette enceinte fermée est malgré tout perméable et protège de tout choc externe. » Noushin Dianat vend aujourd’hui ses perles de foie à des laboratoires de recherche et des grandes entreprises pharmaceutiques qui testent les risques de leurs médicaments (toxicité, interactions médicamenteuses) avant qu’ils ne soient testés chez l'homme.
Les capsules d'hépatocytes
Les capsules d'hépatocytes
Cyprio

L'Ecole supérieure de physique chimie industrielle et son incubateur PC'Up

Iranienne de naissance, Noushin a fait une licence en biologie cellulaire et moléculaire à l'université de Téhéran. Elle est ensuite venue en France, a obtenu un master de biothérapie à l’Université Paris Est Créteil et un doctorat sur les cellules souches et la modélisation des maladies hépatiques. « J’avais toujours cette folie de chercher de l’innovation et des thérapies innovantes. » Après sa thèse, elle rejoint l’Ecole supérieure de physique chimie industrielle (ESPCI), la grande école d'ingénieurs de la Ville de Paris qui compte six prix Nobel parmi ces chercheurs. Elle y travaille pendant trois ans sur un sujet post-doctorat. « C’était une collaboration entre Sanofi et l’ESPCI. C’est pendant l’avancement de ce projet qu’on a développé nos HepatoPearls® et décidé de créer Cyprio pour valoriser tous nos travaux de recherches. »
Aujourd’hui, ils sont dix associés, chercheurs de l’école, et la société Cyprio peut salarier cinq employés. Ils ont été admis à PC’Up, l’incubateur de l’ESPCI qui leur procure un espace de laboratoire et un espace de bureaux où sont faites toutes les productions.
L'équipe de Cyprio
Une partie de l'équipe de Cyprio
Emilie Chaix / Ville de Paris
Remporter le prix du Women Challenge aidera Noushin à donner corps à son ambition de créer des foies bio artificiels extra corporels, des machines de dialyse connectées sur la circulation sanguine des patients atteints d’insuffisance hépatique en attente d’une greffe hépatique. « Dans ces machines de dialyse, on pourrait avoir des cartouches cellulaires où on mettrait nos perles qui feraient la tâche d’épuration du sang du patient et le supplémenter avec des produits synthétisés par le foie pour stabiliser le patient jusqu'à la greffe. » L’objectif est sur dix ans…

Les femmes elles aussi passées au microscope

Women who tech qui organise le challenge a été créé pour donner aux femmes la possibilité d'obtenir plus de fonds de démarrage. Car si les femmes, elles aussi, fondent des start-up innovantes, seulement 10% de l'argent des investisseurs dans le monde leur est destiné. La mission est donc de combler le déficit de financement et de révolutionner une culture et une économie qui empêchent parfois les femmes de créer des start-up et de lever des fonds.
Une hepatopearl vue sur écran
Une hepatopearl vue sur écran
Emilie Chaix / Ville de Paris
Noushin réagit : « Oui, j’ai lu que les femmes ont plus de mal pour lever des fonds que les hommes pour une question de confiance et c’est incroyable d’entendre encore cela de nos jours. Personnellement, je n’ai pas connu ce cas car notre société a déjà un produit à vendre et je ne l’ai pas senti de la part des investisseurs. Mais quand je regarde mes camarades, les entrepreneurs hommes et femmes, je trouve que les femmes entrepreneuses, sont deux fois plus sérieuses dans ce qu’elles font car j’ai l’impression qu’il y a toujours un oeil plus attentif posé sur elles. Peut-être parce que justement, on n’a pas l’habitude de voir une femme diriger une société. Alors les événements qui mettent en avant le succès des femmes sont très importants ! Cela participe à l’éducation de la société pour qu’elle se familiarise avec le fait qu’une femme entrepreneuse, c’est tout à fait normal ! »

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