Journée mondiale contre le cancer : un « tsunami de cancers » chez les moins de 50 ans ?
Actualité
Mise à jour le 04/02/2026
Depuis quelques mois, de nombreux médias se font l’écho de chiffres préoccupants, rapportant un nombre croissant de cas de cancers chez les personnes de moins de 50 ans. En présence de médecins, de chercheurs et de représentants associatifs, un séminaire organisé à l’Agora de la santé à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer du 4 février a permis de faire le point et d’envisager des pistes d’action pour enrayer cette dynamique négative.
En 20 ans, le nombre de cancers en France a été multiplié par 1,4 et s’élève désormais à plus de 433 000 cas détectés par an (chiffres Inca 2024). Dans une étude récente, Santé publique France et l’Institut national du cancer (INCa) soulignent que l’incidence de certains cancers, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas pour 100 000 personnes, a augmenté de façon significative et continue chez les personnes âgées de 15 à 39 ans. C’est notamment le cas pour certains cancers digestifs, comme les cancers colorectaux, ou pour les cancers du sein.
Facteurs de risque environnementaux : une enquête complexe
« Ces chiffres à la hausse sont le reflet de ce que
l’on constate en pratique clinique », note la Dre Alice Boilève, cheffe de
clinique au sein de Gustave-Roussy, investigatrice principale avec la Dre Cristina Smolenschi du projet Yoda (pour Young-Onset
Digestive Adenocarcinoma),
qui vise à identifier les facteurs de risque environnementaux des cancers
gastro-intestinaux. Car si l’on connait bien certains facteurs de risques,
comme le tabagisme, la consommation d’alcool ou le surpoids, d’autres éléments
sont suspectés de jouer un rôle, mais leur poids dans la cancérogénèse est
complexe à démontrer. « Notre programme va tenter d’évaluer l’impact des
facteurs de risques externes comme l’alimentation ultra transformée ou encore
certains polluants environnementaux tels que les pesticides », développe
le Dr Boilève. Des facteurs qui, par ailleurs, contribuent à creuser les
inégalités sociales de santé.
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Une mission d’autant plus complexe que l’on dénombre
aujourd’hui plus de 350 000 composants chimiques sur le marché. « Il
n’est pas obligatoire, pour des pans entiers de ces composés, d’avoir démontré leur
innocuité avant leur mise sur le marché, explique le sociologue Valentin
Thomas, auteur d’un ouvrage sur le sujet*. Certains produits sont ainsi
commercialisés pendant des années avant que l’on ne démontre leur dangerosité.
Cela s’avère souvent très difficile car les facteurs susceptibles d’avoir une
influence s’entremêlent. »
Nombre d’associations citoyennes réclament des mesures de la
part des pouvoirs publics pour légiférer différemment quant à la mise sur le
marché de ces substances et pour développer la recherche sur ces sujets.
Prévention et dépistage : deux leviers pour réduire la mortalité
Parmi les clés pour réduire la mortalité liée au cancer, la
prévention et le dépistage constituent des outils de choix. Si le dépistage
organisé s’adresse à l’ensemble des personnes d’une classe d’âge donnée, des
programmes innovants ont vu le jour pour les personnes qui n’y sont pas encore
éligibles et/ou qui présentent des facteurs de risque spécifiques.
À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, la Pre Catherine Uzan a
ainsi créé une Plateforme de gestion des risques en cancérologie mammaire.
Ouverte à toutes les femmes, cette consultation permet, grâce à un entretien détaillé
et des questionnaires scientifiquement validés, de déterminer leur risque de
développer un jour un cancer du sein. « L’évaluation de ce risque permet
d'aboutir à des recommandations personnalisées pour réduire les facteurs de
risques modifiables identifiés et pour mettre en place un suivi adapté qui
permettra le cas échéant de détecter le cancer à un stade précoce »,
détaille la Pre Uzan. Une étude est en cours pour évaluer l’efficacité de cette
consultation unique sur la réduction des facteurs de risque (observance et adhésion au plan personnalisé de prévention et de surveillance). Une nouvelle étude débute dédiée au personnel de nuit car le travail de nuit pourrait être un facteur de risque de cancer du sein..
A Gustave-Roussy, la Dre Suzette Delaloge et Hélène Caron,
infirmière, ont mis en place le programme Interception de prévention
personnalisée des cancers, destiné aux personnes à risque élevé de divers
cancers. Après avoir identifié chez un ou une de ses patients une situation de
risque grâce à l’algorithme Scorisk en ligne, le médecin traitant peut lui
proposer de participer au programme Interception. En une journée de type
« hôpital de jour » un diagnostic précis de la situation sera établi,
ainsi que les moyens personnalisés pour dépister tôt la survenue d’un éventuel
cancer, réduire les risques de cancer et éviter les cancers graves. Il s’agit
d’examens, consultations, et ateliers de groupe. Un programme personnalisé de prévention et
dépistage est établi pour chacun, puis un suivi et d’une prévention
personnalisés sont mis en place, coordonnés par le médecin référent de ville,
avec l’appui de l’application et plateforme « MyInterception ».
« Ce programme existe désormais dans 7 endroits en France et bientôt une
dizaine de plus », se réjouit la Dre Delaloge.
En savoir plus
*« Classé cancérogène. Enquête sur un processus entravé », Valentin Thomas, Presses de Sciences Po, 2025
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