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Entretien

« Il faut créer davantage de zones où le piéton devient prioritaire »

Mise à jour le 14/09/2020
Sonia Lavadinho, géographe, chercheuse, est spécialiste des questions de mobilité et de leur implication dans les transformations urbaines. Fondatrice de l’agence Bfluid, elle accompagne les villes comme Paris, Buenos Aires ou Montréal.

Paris est l’une des métropoles les plus denses d’Europe. Comment relever le défi de la mobilité et du partage de l’espace public ?

Dense ou pas, les enjeux du partage de l’espace sont toujours présents. La vraie question est de savoir quelle attitude on adopte. Soit on a une approche notariale, dans laquelle vous dites que vous allez partager en part plus ou moins égal le gâteau, soit on accepte le principe d’autonomie et on laisse les individus se débrouiller et se partager le gâteau qui leur est offert.
Les villes ont généralement une façon notariale de distribuer l’espace, mais qui n’est pas liée à l’usage réel. Exemple : la part modale de la voiture à Paris est d’environ 17%, mais l’on voit bien qu’elle occupe beaucoup plus de place. Les piétons, les cyclistes, ont alors l’impression de devoir se partager les miettes du gâteau.
C’était un problème avant et cela va l’être de plus en plus avec l’arrivée de nouveaux modes de déplacements, trottinettes, gyropodes, et bientôt robots de livraison, etc. On ne peut pas continuer dans une logique de partage notariale de l’espace. Ça ne marchera pas. Nous n’avons pas assez de « bande passante » pour tous les usagers.

Quelles solutions préconisez-vous ?

De mon point de vue, il faut remettre à plat la question du gâteau. De combien de mètres carrés dispose-t-on ? Combien de kilomètres de réseaux a-t-on ? On ne peut pas avoir du respect quand on n’a pas assez d’espace. Ce n’est pas une question morale. C’est simplement inévitable. Il faut être généreux dans l’espace et faire confiance aux gens dans leur capacité à gérer celui-ci. Or aujourd’hui, on essaie de caser dans une même rue, un même trottoir, des différentiels de vitesse qui sont trop élevés pour une bonne cohabitation, des marcheurs aux cyclistes en passant par les joggeurs. Sans parler des immobiles.

Ne peut-on pas aussi verbaliser plus sévèrement pour transformer les comportements ?

J’ai plutôt tendance à dire que l’on devrait suivre les règles sociales, en laissant aux gens le soin de gérer eux-mêmes l’espace public. À condition d’être généreux ! Les conflits viennent souvent du fait que l’aménagement dit une chose et la règle sociale autre chose. Par exemple, une piste cyclable qui va sur un trottoir, cela génère forcément du conflit.

Comment fait-on pour modifier les comportements ?

Il faut une sensibilisation forte. À Berne, les cyclistes descendent spontanément de leur vélo lorsqu’ils arrivent dans le centre-ville historique. Rien ne les y oblige. C’est logique pour eux du fait de la densité du centre. Une règle sociale s’est installée qui dit que c’est plus confortable pour eux et pour tout le monde.
Dans le respect, il y a l’idée que l’on fait attention aux autres, mais aussi qu’on y gagne nous-mêmes, maintenant ou plus tard. Il faut selon moi créer plus de zones de rencontres également où le piéton devient prioritaire sur tous les autres et où la vitesse pour tout le monde est limitée à 20 km/h. C’est beaucoup plus clair pour tout le monde et la question de l’aménagement de l’espace par les pouvoirs publics ne se pose plus.

Au-delà des questions de déplacements, peut-on parler de bouleversement majeur dans la réappropriation de l’espace public ?

Oui, il y a depuis quelques années une reconquête de l’espace extérieur. On mange dehors, on regarde des matches de foot dehors, on court dans la rue, etc. Les usages se sont multipliés, le midi, après le travail, le week-end avec ses enfants. Il y a une appétence plus grande dont découlent des enjeux de propreté. À Berne, la municipalité a ainsi mis en place une troisième tournée de ramassage des poubelles dans le centre historique. Non pas car les gens étaient sales, mais parce que les poubelles débordaient.
La question n’est donc pas celle du respect mais bien de l’entretien de la ville par rapport à son usage. Le taux de remplissage des poubelles est à ce titre un très bon indicateur du succès d’un espace. In fine, n’est-ce pas le but d’une ville d’offrir le plus d’espace et de temps heureux à ses citoyens. Et surtout de maintenir de la diversité, de ne pas réserver tel endroit à telle pratique. Les problèmes naissent quand des lieux ne sont utilisés que par certains groupes. Les endroits laissés libres sont souvent ceux où cela se passe le mieux entre les gens. La biodiversité des usages génère le respect mutuel.
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