5 questions à Aïssa Maïga, comarraine du Refugee Food Festival 2026
Mise à jour le 16/06/2026
Mettre la cuisine à l’honneur à travers la rencontre de chefs réfugiés et français, c’est le concept aussi savoureux qu’engagé du Refugee Food Festival. Pour cette 11e édition, du 6 au 28 juin, c’est l’actrice et réalisatrice Aïssa Maïga qui a été choisie pour être comarraine de l’événement, au côté de la cheffe étoilée Manon Fleury. Entre militantisme et gourmandise, elle nous raconte son enfance, ses combats, sa vision de la cuisine… À table !
1 > Que représente votre rôle de comarraine du Refugee Food Festival ?
C’est l’occasion pour moi d’apporter un soutien – qui reste humble, évidemment – à une initiative qui me parle. D’abord, parce qu’elle réunit autour des compétences des chefs français. Mais aussi des chefs réfugiés ayant quitté leur pays pour différentes raisons et qui ont, au moyen de différentes actions menées, la possibilité de rencontrer leurs homologues français, de se perfectionner lorsqu’ils en ont besoin, de trouver un emploi en France, où le secteur de l’hôtellerie et de la restauration est en demande.
Et puis, je souhaite contribuer aussi en tant que citoyenne. Parfois, on ne sait pas vers quoi se tourner, comment participer, que faire. Après avoir joué dans Promis le ciel, d’Erige Sehiri, qui parle de la question des réfugiés en Tunisie, c’était une suite logique pour moi de donner corps à des sujets que l’on défend dans le film.
2 > Selon vous, comment sensibiliser celles et ceux qui sont réfractaires au sujet de l’immigration et au sort des réfugiés ?
Je pense que des initiatives comme celle du Refugee Food Festival sont importantes pour tout le monde, y compris pour les gens qui sont déjà sensibilisés à ces questions, mais dont les valeurs de solidarité, d’ouverture, de respect et de dignité sont un peu écrasées par le poids de l’actualité.
Ce genre d’événement peut être une passerelle, notamment parce qu’elle permet de se retrouver autour de la nourriture, qui est universelle.
actrice, réalisatrice et comarraine du refugee food festival
Que l’on soit militant ou pas, dès lors que l’on est conscient et que l’on veut participer à sa mesure à l’amélioration du monde qui nous entoure, je pense que c’est essentiel de se réunir dans des moments de joie, dans une énergie positive. Enfin, pour les autres, celles et ceux qui sont profondément réfractaires à la question de l’immigration, je souhaite qu’ils prennent en grandeur d’âme… (sourires)
3 > Comment expliquer le pouvoir fédérateur de la nourriture ? Peut-on considérer que la cuisine est politique ?
Il faut rappeler que la France est un pays modelé par son rapport à l’extérieur, que ce soit d’un point de vue culturel ou culinaire. Il est traversé par de nombreuses influences étrangères. Ces cuisines font partie de l’histoire de notre gastronomie ! Le Refugee Food Festival s’inscrit dans ce métissage que l’on retrouve dans nos assiettes.
En ce sens, bien sûr que la cuisine est politique, ne serait-ce que la question de l’accès à la nourriture. En France, des millions de personnes ne peuvent pas se nourrir correctement, faute de moyens financiers. C’est évidemment une question d’intérêt général. Et puis, il y a l’aspect éthique : d’où proviennent les aliments que l’on mange, quelles sont les filières, est-ce que les producteurs et productrices sont respectés, la vie animale et l’environnement le sont-ils aussi ? L’assiette, c’est un composé hybride de questions politiques.
4 > Née d’un père malien et d’une mère sénégambienne, vous êtes arrivée en France à l’âge de 4 ans. Vous avez également été en partie élevée par une grand-mère adoptive française d’Indochine. Comment ce bouillon culturel a-t-il éveillé votre goût pour la gastronomie ?
Cela a décuplé ma gourmandise ! Déjeuner de la sauce mafé à la maison, puis aller chez ma pote dans l’après-midi pour manger des crêpes avec beaucoup de beurre et de sucre, puis, le lendemain, aller à la cantine avant de me rendre chez cette dame qui cuisinait des plats français, mais aussi vietnamiens… Pour moi, c’était quelque chose de totalement naturel, même si j’avais conscience de ma chance. C’était un privilège que tous les autres enfants n’avaient pas. Cela a évidemment éveillé mon appétit et ma conviction que le bon goût est partout, que chaque monde est valable.
5 > Quels sont vos plats préférés ?
Le fakoye, un plat que l’on trouve dans le nord du Mali (à base de feuilles de corète potagère). Mais il faut qu’il soit bien préparé ! J’adore aussi la blanquette de veau, la pasta di Roma et, évidemment, un bon thiéboudiène, une recette sénégalaise (à base de riz et de poisson).
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