La longue naissance du jardin Louis Blanc

Trois ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour construire un jardin où nul n'est exclu. Voté au budget participatif 2015, le projet de jardin partagé sur la « friche Louis Blanc», près de la place du Colonel-Fabien (10e), prend forme patiemment. Et tout le monde a son mot à dire.

Le passant qui longe la parcelle en friche du 6, rue Louis-Blanc (10e) est tout de suite intrigué par l’énorme panneau de bois accroché à la grille d’accès. Ce panneau est une sorte de dessin géant naïf et rigolo, peinturluré de grandes lettres annonçant que là, derrière les grilles, c’est le jardin partagé Louis Blanc. Que le projet a été voté au budget participatif. Que tout le monde peut participer à sa conception ou déposer son idée dans la boîte, là, juste à côté.

Beau programme. Mais la grille franchie, point de jardin. Seulement une parcelle vide, cernée d’immeubles sévères et ouverte sur la rue, tout près d’une zone de manœuvres pour camions. Au fond, de grands arbres semblent se tenir à distance de cet espace étrange et vide, presque à l’abandon.

Pourtant, ce terrain vague a suscité bien des convoitises. Paris Habitat, propriétaire du terrain, a projeté un temps d’y bâtir son siège social. Mais le bailleur a dû contrarier ses projets : l’idée du jardin partagé est votée au budget participatif 2015. Suite à ce vote, le bailleur s'est vu attribuer une enveloppe de 180 000 euros pour réaliser l’aménagement, en concertation avec les habitant.e.s. L’équipe retenue pour cette mission est un collectif d’artistes transdisciplinaires portant le beau nom de Jardin d’Alice. Le jardin Louis Blanc semble lancé sur la bonne voie.

Concilier les envies

Oui, mais pas si simple. Les habitant.e.s du quartier ne s’entendent pas sur le sens à donner à ce jardin partagé : certains veulent un jardin ouvrier, c’est-à-dire un carré de légumes. D’autres veulent un jardin d’enfants, c’est-à-dire un square. D’autres encore veulent un lieu festif, c’est-à dire une guinguette. Et puis il y a ceux qui refusent carrément de participer au projet, parce qu’ils ne veulent pas de nuisances.

« La difficulté, c’est de concilier toutes ces envies » explique Sara Renaud, du collectif Jardin d’Alice. « C’est pourquoi nous avons opté pour une concertation étalée dans le temps, pour que chacun ait le temps de se construire puis de donner sa vision ».

Cinq ateliers ont eu lieu au printemps 2017. Au fil des rencontres et des prises de paroles, par le biais de questionnaires et de recueils d'idées, la mayonnaise a pris :

« Nous avons réussi à créer un noyau d’habitants porteurs mais ouverts aux nouveaux arrivants » dit Sara. « Les envies récoltées ont été confrontées aux contraintes du terrain ; ce qui a permis de faire émerger un imaginaire collectif autour de ce jardin, imaginaire adapté au contexte propre à cet emplacement ».

Oui, mais qui entretiendra le jardin ? Qui décidera de quoi faire et quand ? Là encore, des solutions émergent progressivement d'un atelier à l'autre : constitution d’une association, prises de décisions par consensus, création de référents par pôles d’activités, rotation de ces référents d’un pôle à un autre, pour ne cantonner personne dans les mêmes tâches et diffuser les fruits de l'expérience...

Selon Sara, « ces modes de fonctionnement correspondent à l’identité du groupe d’acteurs de ce projet. Elles ne marcheraient sans doute pas ailleurs… »

Peu à peu, le jardin Louis Blanc prend forme. D’autres ateliers ont eu lieu cet automne pour en dessiner les plans. Il ouvrira ses portes en 2018, près de trois ans après le vote du projet au budget participatif. Et Sara de résumer : « Un projet bâclé, c’est un projet raté. Nous avons choisi de prendre notre temps pour que tout le monde, sans exception, se sente chez lui dans ce jardin ». Patience et longueur de temps...

Dernière mise à jour le mercredi 29 novembre 2017
Crédit photo : Maire de Paris - Nicolas BENARD

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