Le point sur Autolib

L’exécutif municipal réunira prochainement une commission de travail associant tous les groupes politiques du Conseil de Paris pour discuter de l'avenir du service Autolib'. Quelle est la situation actuelle du service ?

Né en 2011, Autolib' est alors un service très novateur et une première mondiale. Les voitures sont disponibles dans 110 communes d’Ile-de-France, unies dans un syndicat mixte métropolitain, et le service est opéré par une filiale du groupe Bolloré dans le cadre d'une délégation de service public (DSP).

Que prévoit la délégation de service public?

Au moment de la signature de cette DSP, il est anticipé que le service fonctionne sans aucun fonds public, sauf pour les dépenses d’investissement liées à l’installation des stations. Le plan d’affaires initial, soumis par l’entreprise, prévoyait même un bénéfice net de 56,3 millions d'euros au terme de la concession (2023).

En cas de déficit, le contrat stipule que celui-ci serait à la charge intégrale de l’entreprise gestionnaire, dans la limite de 60 millions d’euros. Au-delà de ce montant, le déficit serait à la charge intégrale des collectivités.

Que s’est-il passé depuis 2011?

Dès les premières années, le nombre de trajets en Autolib' et leur durée sont en deçà des prévisions. Le service s’est aussi très vite heurté à d’importantes évolutions dans le domaine de la mobilité: l’émergence des VTC, des scooters en libre-service, des vélos à assistance électrique...

L’entreprise gestionnaire a toutefois longtemps laissé entendre qu’elle allait redresser elle-même le service. Dans les plans d’affaires actualisés adressés au syndicat métropolitain, en 2014 puis en 2015, elle ne faisait état d’aucun déficit à la charge des collectivités locales.

C'est seulement à la rentrée 2016, dans un nouveau plan d’affaires actualisé, que l’entreprise a annoncé pour la première fois la possibilité d’un résultat net prévisionnel déficitaire au terme de la concession, à hauteur de 179,3 millions d'euros. Mais elle exprimait toutefois sa confiance dans la possibilité de ramener ce déficit en dessous du seuil de 60 millions d'euros grâce à des mesures correctives.

Quelle a été la réaction des communes?

Paris, comme toutes les communes adhérentes, a été surprise de cette détérioration soudaine des comptes. Il est compréhensible que les collectivités financent une partie d’Autolib’, puisqu’il s’agit d’un service public utile aux Franciliens, mais la somme alors annoncée par l’entreprise a semblé particulièrement excessive.

Le syndicat métropolitain a donc refusé de donner son agrément à ce plan d’affaires. Dès fin 2016, il a diligenté un audit pour comprendre précisément la situation, quelle devait être la répartition des charges financières entre l’entreprise et les communes, et quelles pourraient être les mesures correctives pour redresser la barre et rendre le service à nouveau bénéficiaire.

En quoi consiste la procédure de conciliation?

À la suite de cet audit, en raison de désaccords persistants, le syndicat métropolitain et l’entreprise gestionnaire ont décidé d’un commun accord, en mars 2017, d’engager une procédure de conciliation.

La conciliation est une procédure courante et simple, par ailleurs prévue au contrat : les deux parties décident de désigner des experts indépendants, définissent ensemble quel sera leur champ d’action, et ces experts sont mandatés pour trouver une solution.

La conciliation a débuté à la rentrée 2017. Les experts indépendants ont émis les propositions suivantes en mars 2018 :

• les collectivités prendraient à leur charge 88 millions d'euros du déficit passé ;

• les collectivités et la société délégataire mettraient en œuvre des mesures permettant de redresser le service Autolib’ ;

• l’entreprise serait responsable de l’éventuel déficit à venir, retrouvant ainsi un intérêt à redresser le service.

Quelle a été la réaction du prestataire?

Cette solution aurait pu sembler assez équitable, malgré l’ampleur de la contribution publique demandée. Mais, avant même que les collectivités aient débattu entre elles, le délégataire – qui avait pourtant accepté cette conciliation – a annoncé au syndicat par courrier qu’il rejetait les conclusions des conciliateurs. Ce courrier fixe contractuellement un délai d’un mois pour parvenir à un accord, faute de quoi le contrat est résilié.

Le délégataire demande aux collectivités de prendre à leur charge 46 millions d'euros par an, soit 233 millions d'euros d’ici le terme du contrat, en 2023. "La somme demandée par l'entreprise est extravagante", estime Anne Hidalgo. Par ses méthodes, en rompant la procédure de conciliation et en exigeant le versement de sommes astronomiques, le groupe Bolloré a rendu la résiliation inéluctable.

Où en sommes-nous?

Un conseil syndical s’est tenu le 31 mai dernier : il a confirmé la détermination des 110 communes adhérentes à Autolib’ à défendre l’intérêt de leurs habitants face à l’entreprise gestionnaire. Il est hors de question de faire porter sur le contribuable des coûts qui seraient de la responsabilité de l’entreprise. Celle des élus de la Ville de Paris et du syndicat métropolitain est de défendre les contribuables et habitants de la métropole. Ils ne peuvent accepter de maintenir à flot le service déficitaire du délégataire, alors même que le service se dégrade et que les usagers s’en plaignent.

Quelle est la position de la Ville de Paris?

La Ville de Paris a toujours eu l’espoir de trouver une solution équilibrée avec le délégataire et regrette que cela n’ait pu être possible. Les communes de la métropole ne verseront donc pas les 233 millions d’euros que le groupe Bolloré exige. Payer ces sommes astronomiques pourrait mettre en péril leur équilibre budgétaire. Ces sommes doivent pouvoir être utilisées à bon escient au service des habitants.

Le syndicat métropolitain estime par ailleurs que la délégation de service public accordée au groupe Bolloré est obsolète dans sa forme au regard des nouveaux usages. C’est la raison pour laquelle le syndicat appelle au vote de sa résiliation lors du conseil syndical qui aura lieu le 21 juin.

Combien la résiliation va-t-elle coûter?

Les experts juridiques du Syndicat sont en train d’évaluer précisément les choses. Leurs premières estimations chiffrent le coût de la résiliation à plusieurs dizaines de millions d’euros, soit un montant considérablement moins élevé que les 233M€ exigés par le groupe Bolloré.

Le service va-t-il s’arrêter?

Le service Autolib’ ne s’arrêtera pas du jour au lendemain. Le Syndicat et la Ville de Paris font le maximum afin que le service ne s’arrête pas du jour au lendemain et en appellent à la responsabilité du groupe Bolloré de prendre pour prévoir une transition acceptable pour les usagers du service.

Aucun.e abonné.e ne doit être lésé.e. Des mesures compensatoires seront mises en place. Nous serons en mesure d’en dire plus à l’issue de la négociation avec le groupe Bolloré.

Quel avenir pour les mobilités partagées?

Si une page se tourne, une autre s’ouvre et nous sommes très optimistes pour l’avenir. Autolib' a prouvé que le véhicule électrique en autopartage fonctionne. Quelle que soit l'issue des discussions entre le syndicat mixte et le délégataire, Autolib' a atteint un objectif fondamental : il a prouvé que le véhicule électrique fonctionne, et en particulier le véhicule électrique en autopartage.

Autolib’ a ouvert la voie à une multitude d'offres nouvelles et de propositions qui émergent actuellement chez les opérateurs et chez les constructeurs automobiles, pour un nouveau rapport à l’usage de la voiture en ville.

De nouveaux services d’autopartage, sur lesquels la Ville de Paris n’a cessé de réfléchir, verront le jour. Le Conseil parisien de la mobilité, récemment créé par Anne Hidalgo, est une des manifestations de cette réflexion permanente. La résiliation d’Autolib’ est l’opportunité de mettre au service des usagers de nouvelles solutions qui répondront mieux leurs attentes, en étant plus souples, plus performantes et plus évolutives. Ces dernières années, l’autopartage a connu des évolutions majeures venant aussi bien des constructeurs, que de startups. Tous nous l’ont dit lors d’une réunion à l’Hôtel de Ville lundi : ils veulent investir à Paris et en Ile-de-France, car il y a un formidable potentiel. Et il ne s’agira pas de remplacer Autolib’ par un seul acteur, mais par plusieurs qui proposeront des solutions complémentaires, adaptées à chacun : pour des trajets intramuros, pour des trajets petite couronne – Paris, pour des locations longue durée quand on veut partir en week-end, etc.

La Ville de Paris et le syndicat métropolitain sont d’ores et déjà en discussion avec de nombreux acteurs pour déployer très vite de nouvelles solutions d’autopartage. Constructeurs, loueurs et startups : tous étaient reçus à l'Hôtel de Ville par Anne Hidalgo le 11 juin. De nouvelles offres verront le jour avant la fin de l’année.

Autopartage et nouveaux services

L’autopartage de véhicules électriques fait partie des solutions pertinentes pour l'avenir, Le modèle d'Autolib’, qui fonctionnait dans les premières années après son lancement, doit être désormais revu, avec des services adaptés aux nouveaux besoins et comportements de mobilité en ville. 

Parmi les présents à l'Hôtel de Ville : Renault, PSA, BMW, Volkswagen, Daimler, Drivy, Ubeeqo, Zipcar, Citiz, Communauto, Car2Go, Vulog, Zencarz, Sixt, Hertz et Clem’.

Ils ont présenté à la municipalité la diversité de leurs services et souligné leur enthousiasme à l’idée de travailler dans l’agglomération parisienne. Selon leurs premières analyses, Paris a les atouts pour devenir la ville leader de l’autopartage, grâce notamment à une infrastructure de bornes de recharge unique au monde par sa densité

Une potentiel de 20.000 véhicules en autopartage

Les professionnels estiment que jusqu’à 20.000 véhicules en autopartage pourraient être déployés intra-muros et en petite couronne : un moyen d'éviter 120.000 véhicules personnels (1 véhicule en autopartage remplace entre 6 à 10 véhicules personnels).

Ces initiatives seraient portées par les acteurs privés, sans fonds publics. La collectivité jouerait son rôle de régulation : par exemple en élaborant une charte de bonnes pratiques qui veillerait notamment au respect du partage de l’espace public et s’imposerait aux entreprises.

"Paris a un formidable potentiel en matière d’autopartage et les entreprises ont un vrai intérêt économique à y développer ce type de services, comme elles le font déjà avec succès dans d’autres villes d’Europe, comme Madrid", a souligné Jean-Louis Missika, adjoint chargé de l'urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, à la sortie de cette réunion.

Dernière mise à jour le vendredi 15 juin 2018
Crédit photo : Mairie de Paris

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