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Reportage

William Amor : l’homme qui métamorphose le plastique en fleurs

Mise à jour le 12/12/2019
William Amor, artiste plasticien, érige le plastique en matière noble et le transforme en fleurs. Il vient de recevoir le prix Talent émergent, catégorie métiers d'art, des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Et il a déjà séduit de grands noms de l'industrie du luxe. Rencontre.
Parce qu’il ne regarde pas le monde de la même façon que les autres, William Amor a focalisé un jour sur un sac plastique. Il y a vu la transparence, la gracilité et la légèreté des pétales d’une fleur. « Je viens de la campagne. J’ai toujours été inspiré par la nature. Puis, je suis arrivé à Paris et j’ai rencontré un sac plastique ! raconte-t-il en souriant. De ceux qu’on jetait partout dans les années 2000 et 2010 où il y avait moins de réglementations que maintenant. J’ai fait une focale sur ce sac et j’y ai vu la transparence des pétales. Alors j’ai réalisé plein de tests , fait vivre au plastique des tas d’expériences pour voir la réaction du matériau et comment je pouvais le traiter »
Sa première création a été un coquelicot à partir de sac en plastique rouge. Mais sa fleur préférée, c'est plutôt la rose à laquelle il rend un hommage émouvant par ses créations de roses anciennes qu'on croirait réelles. Aujourd’hui, il se présente comme un "ennoblisseur de matières délaissées". Il a inscrit son activité dans le secteur des métiers d’art et réinvente en quelque sorte le métier de parurier floral, en tout cas de la création de fleurs artificielles. Sa spécificité : ne traiter que des matériaux délaissés. Sa signature artistique s’exprime sur les matériaux de la pollution plastique: sacs, bouteilles, filets de pêche, cordage jusqu’à dernièrement les mégots de cigarette.
"Je cherchais comment faire les étamines et dans les Landes je vois tous ces bouts de filets de pêches abandonnés sur la plage. En les façonnant d’une certaine manière, je suis parvenu à les transformer. C'est aussi comme ça que j’ai regardé les mégots qui sont également des dérivés de plastique. De la matière fibreuse, j'ai voulu faire du mimosa. J’ai nettoyé, enlevé les toxines, blanchi et après un travail de colorisation j'ai réalisé un prototype. C'est monté comme de la joaillerie sur des tiges qui font à peine quelques millimètres."
A force d'expérimentation et d'imagination, William Amor a mis au point un véritable savoir-faire, avec des gestes et des techniques pour pouvoir métamorphoser les déchets et leur donner une noblesse. "Je les travaille comme les matériaux déjà considérés comme nobles dans l’industrie du luxe. Car c’est vrai que dans les métiers d’art, notre clientèle reste le secteur du luxe qui est sensible aux gestes de la main et la capacité de l’artiste à appliquer sa vision et son esthétisme. Je trouve qu’il n’y a rien de plus poétique : quelque chose de vilain peut devenir ce qu’il y a de plus joli : des fleurs, ces véritables séductrices de la nature. "
William Amor dans son atelier Villa du Lavoir
Emilie Chaix / Ville de Paris
William a lancé son activité en 2015. "Au lendemain de la COP21, je voulais apporter ma petite fleur à l'édifice", sourit-il. Il a été soutenu par la BGE PARIF et a été en résidence aux Ateliers de Paris pendant deux ans. Ils l'ont accompagné pour qu'il puisse vivre de son métier. Depuis septembre 2019, il est à la Villa du Lavoir, transformée après une importante rénovation en village d'artisans dans le 10e. Il a pu développer sa société Créations Messagères et y est en location, avec un bail de neuf ans. "J’ai réalisé cela grâce à la Fondation Banque Populaire dont j’ai été lauréat. Il y a une bourse, mais aussi un soutien important".
Par ailleurs, il a aussi été lauréat de la Fondation EY qui l'a accompagné pour ses statuts. Enfin, tout récemment, il a reçu un des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Tout modestement, il raconte: "C'est une merveilleuse reconnaissance de mon savoir-faire et du processus comme métier d'art. Je suis un artisan autodidacte alors cela va me donner des ailes. Cela valide aussi ma démarche et que tous ces matériaux ont bien leur place là où je les emmène."
l'Atelier de William Amor Villa du Lavoir
Emilie Chaix / Ville de Paris
Et comme il avait envie d'une activité "créative mais aussi humaine", il forme des personnes handicapées de l'ESAT des ateliers du moulin de la Fondation franco-britannique de Sillery. "Comme je me sentais déjà en marge avec ce que je proposais, j'ai voulu aussi que des personnes différentes m'accompagnent dans mon travail. Aussi parce que je crois beaucoup à l'art thérapie" Tous les mardis, il forme à ses gestes 5 à 6 personnes rémunérées par l’ESAT.
Entre-temps, il aura monté à Hong Kong en 2018, le projet A Year of New au Mall Landmark : 3 500 heures de travail et une quinzaine de variétés de fleurs, lianes et pétales installés en suspension (à 13 mètres de hauteur) au-dessus d’un bassin de 25 mètres de circonférence. En avril 2019, il est sélectionné par la galerie italienne, Rossana Orlandi pour laquelle il réalise Railway Flowers : des coquelicots et des bleuets en déchets plastiques installés sur les rails de chemin de fer du musée Léonard de Vinci à Milan. En mai 2019, pour le salon Révélation au Grand Palais à Paris, il réalise une "Envolée Poétique" suspendue sur le stand des Ateliers de Paris et fait virevolter ses déchets métamorphosés.
Les coquelicot messager Kenzo Parfums x William Amor.
Emilie Chaix / Ville de Paris
Dans son objectif de créer du sens et d’imaginer un métier d’art vertueux, sa dernière association est un projet solidaire. Il a réalisé une installation poétique et éphémère d’un champ de 250 coquelicots pour Flower by Kenzo au Palais Brongniart à Paris en avril 2019, créant par là "le coquelicot messager Kenzo Parfums x William Amor". Puis, des personnes du public ont écrit un vœu pour un monde plus beau sur un ruban de papier porté par chaque coquelicot.
Du 25 novembre au 31 janvier est organisée une vente solidaire de ces coquelicots, tous signés et numérotés. 50% du prix de chaque coquelicot (80 euros) sera versé au programme "Orange Blossom pour un monde plus beau" qui œuvre pour le sourcing responsable de la fleur d’oranger et "l’empowerment" des femmes au Maroc.
Atelier de William Amor
Emilie Chaix / Ville de Paris
On ne se lasserait pas d'écouter les mille et un projets de William Amor, qui conclut : "J’ai envie de n’avoir aucune limite dans mes créations et de regarder tous les matériaux qui circulent en me demandant ce qu’on peut en faire. Même dans le façonnage, il y a toujours des déchets, cela peut être de la matière transformable. En fait je veux être celui qui se spécifie sur les matériaux destinés à la poubelle, de n’importe quel type. Mes créations messagères sont des fleurs rares, des pièces d’art uniques. Elles racontent une histoire et si elles provoquent une émotion, c’est mon but. C'est bien sûr une ode à la nature mais elles veulent aussi dire respectons notre milieu de vie."

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