Évènement

Découvrez la programmation du Mémorial de la Shoah pour la Nuit Blanche 2024

Du samedi 1er au dimanche 2 juin 2024
Avec Miroslaw BALKA, Roland FUHRMANN, Dani GAL, Laurent GOLDRING, Yannick N. KAMANZI, Rachel LABASTIE, Tania MOURAUD et Régis PERRAY
Un programme duquel se dégage une thématique commune, celle de la persistance malgré la disparition, sur les murs comme dans les mémoires, comment garder, comment perdre, comment oublier, comment faire disparaitre, comment commémorer…

Ce soir-là au Mémorial de la Shoah, on pensera aux victimes de l'Holocauste, mais aussi aux Tutsi, aux exilés d'hier et d'aujourd'hui, on ira du Rwanda à la Pologne, de Paris à Kigali en passant par Lublin, de Birkenau à Natzwiller.

Marie Deparis-Yafil
Commissaire de la Nuit Blanche 2024 au Mémorial de la Shoah, Paris

Le programme

19h : présentation de la soirée

Rendez-vous à l'auditorium Edmond J. Safra pour une présentation de la soirée en présence des artistes : Laurent Goldring, Rachel Labastie, Régis Perray et, sous réserve, Yannick N. Kamanzi et Tania Mouraud.

19h45 : lancement de la soirée de projections en boucle jusqu'à 2h du matin

Video-DVD PAL – 3,33 mn, 2006 – Bande sonore: Schellackplatte « Die mißglückte Jugendzeit » Beka-Records, Original-Lachaufnahme, 1920

Un hallucinant album photo, celui d'une famille allemande ordinaire, dans les années 30 puis pendant la guerre - la fameuse "banalité du mal" qui s'immisce dans le quotidien : Roland Fuhrmann témoigne avec force et sans aucun détour de cette part de mémoire, sombre, et parfois encore occultée. Lui, enfant des années 70, brisant l’omerta et le silence à laquelle furent réduits tous les enfants de sa génération, et cherchant à percer le mystère de la banalité du mal, ne craint pas de laisser regarder ces images qui sont aussi les siennes, mais peut-être aura-t-il fait le pari qu’en les montrant, comme par un effet de catharsis, il aura trouvé le moyen de se délester de cette culpabilité générationnelle, et de les dissoudre dans l’acidité du rire et de l’absurde.

Roland Fuhrmann est diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Halle, en Allemagne mais a aussi été élève de Tony Brown et de Christian Boltanski aux Beaux-Arts de Paris.

Vidéo HD, boucle 3 x 3 mn, 2010, 1/3 - Volk and Roses - Vidéo HD, 2,05 mn, 2012- Courtesy Galerie Florent Maubert, Paris et l'artiste

Il y a le bâtiment visible et la bâti invisible, la présence entêtante et fantomatique d'un passé qu'aucune volonté occultrice ne parvient à effacer.
La synagogue de Poznan a été transformée en piscine en 1941, pendant l’occupation, mais restée en l’état jusqu’à ce jour, la leçon de natation psalmodiée en polonais par une voix de chantre résonne comme dans une synagogue…

« J'utilise la notion de ‘monument invisible’ pour désigner ce qui se tient là, gigantesque, sans intention claire, lapsus monumental qui oblige à penser à ce qu’on tente d’occulter, qui commémore ce qu’on voudrait oublier, qui rappelle ce qu’on voudrait enfouir et insiste. » (Laurent Goldring)

Le Volksgarten à Vienne est rempli d’évocations des désastres du régime nazi, avoisinant les palais impériaux, dont celui de Sissi, où l’histoire officielle de la ville voudrait s’arrêter, et jouxte Helden Platz, la place des héros, symbole de l’Anschluss triomphant. Cette commémoration reste invisible tant qu’on ne la voit pas, mais devient aveuglante dès qu’on la perçoit.

Laurent Goldring bénéficie d'une exposition personnelle au Centre Pompidou dès 2002, puis lesinterventions se succèdent dans les grandes institutions, en France et à l'étranger.

2003, 20 x 40 secondes, en boucle avec Primitiv, 2003, 20 x 3 secondes, en boucle - Courtesy Dvir Gallery, Bruxelles, Paris, Tel Aviv

Dans la vidéo Winterreise / Bambi (2003), il filme de jeunes chevreuils gambadant dans la neige devant le camp d’Auschwitz-Birkenau. Pour lui, ces images , comme cette réalité à ce moment donné là, dans laquelle l'histoire passée est hors conscience et hors champ sont des « fragments », comme si la réalité que nous pensons connaître ne pouvait être que fragmentaire.

« Je pense que nous ne pouvons voir l’Holocauste que par fragments, et ces fragments sont des vies individuelles et des morts individuelles, et c’est la seule mesure des choses. Je pense donc que la conscience des fragments est le seul moyen de comprendre la vie. » (Mirosław Bałka)

De manière abrupte, la vidéo poétique Bambi est interrompue par deux mots, répétés en boucle : « Primitiv, ja ! » , répétés par un homme en uniforme. 3 secondes extraites de l'interview d'un SS par Claude Lanzmann dans Shoah ( « Auschwitz était une usine, mais Treblinka, à côté, était primitif, oui, primitif, mais efficace comme chaîne de production de la mort » ).

Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, le travail de Mirosław Bałka est interdisciplinaire mais se concentre autour de la sculpture, de l'installation et de la vidéo.

2011 - HD video, 22 mn - Camera : Itay Marom - Production : Jonathan Dowek - Avec : Yaron Mottola, Moris Cohen and John Fulton - Commanditée pour la 54ème Biennale de Venise, 2011

Entre vidéo, documentaire et objet cinématographique, le film de Dani Gal narre un invisible et une disparition : comment les cendres d'Adolf EIchmann, cachées dans un pot au lait, furent dispersées au large de la Méditerranée dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1962, d'après le témoignage recueilli par l'artiste de Michael Goldman, un survivant d'Auschwitz qui fut nommé pour superviser l'opération.

Centré sur une série d’événements se déroulant en marge de nos récits habituels de l’Holocauste, le travail de Dani Gal remet en question ce que nous pensions savoir sur le génocide et ses héritages, en reconstruisant ou en mettant en lumière des « zones grises ».

2004 - Vidéo 3,47mn, Janvier 2004, Lublin, Pologne- Collection musée des beaux-arts de Nantes

Régis Perray est plus connu pour ses actions de nettoyage, de ponçage, de balayage, des rues de Nantes au sable de la route Occidentale de Gizeh, que pour son travail vidéo. Et pourtant, on comprend que le geste qu'il filme, cette tentative à la fois poétique, absurde, désespérée ou au contraire pleine d'espérance, est aussi de l'ordre du nettoyage, consistant non plus à découvrir mais à recouvrir. Cette inscription, il choisit de la combattre de la plus puissante et absurde des manières, en la bombardant de boules de neige, ne la faisant que provisoirement disparaître, interrogeant notre responsabilité dans la durée du temps et de l'histoire.

L'œuvre de Régis Perray, fondée sur des attitudes quotidiennes, ancrées de sens et fondamentalement dans un rapport au monde et à la vie, l'a amené, en un peu plus de vingt ans, a explorer 150 villes et villages.

22h30 : la projection en façade

2002 DV PAL 4/3 + stereo sound - Durée : 6’21” (loop) - Camera, editing et production : Tania Mouraud - Musique : Claudine Movsessian - Courtesy l'artiste et galerie Ceysson-Bénétière, Paris, Saint-Etienne

Derrière une vitre embuée, un paysage de neige se déroule en montant. Sommes-nous dans un train, dans une voiture ? Un son de clarinette aux accents Klezmer pleure et devient de plus en plus triste. La musique s’arrête brutalement tandis qu'apparaît un plan fixe sur une entrée vue de loin au travers d’un pare-brise. Il dure 8 secondes dans le silence, le temps de passer, pour le spectateur, par de multiples pensées, déductions et suppositions.

Puis un travelling lent sur des cheminées, de la fumée, des barbelés confirme la première impression. Le film s’achève sur un plan silencieux, avec l’image d’un portail et de fils de fer barbelé, révélant précisément ce que l’on ne voudrait pas voir. Nous sommes devant l’entrée du camp de concentration du Struthof, à Natzwiller (Alsace).

La vidéo tout entière est comme une sombre rêverie à laquelle la musique – le solo déchirant de clarinette interprété par Claudine Movsessian – confère une portée épique. Dans le langage courant, sightseeing se traduit par « tourisme ». Tania Mouraud, interpellée sur ce qui peut paraître comme un oxymore, explique : « Le titre n'est pas ironique mais cinglant, dur comme une gifle. Il s'agit bien du mot tourisme. Cependant avec la nuance de 'digne d'être vu', 'ce qu'il faut voir absolument' ou 'incontournable'. » Apparaissant puis disparaissant comme dans un cauchemar, l'espace réel d'un camp de concentration peut-il jamais devenir pittoresque ?

Pour Tania Mouraud, la typographie est en elle-même porteuse de sens, et de secret. L'artiste travaille ains la malléabilité et la plasticité de l’écriture, système de représentation, avec ses mises en évidence et ses invisibilités.

Mise à jour le 31/05/2024

À lire aussi

Vous ne connaissez toujours pas ?

Sélection des bons plans intemporels, mais qui valent le coup toute l'année !