« Alaïa avant Alaïa » est une exposition inédite et originale, conçue et réalisée par la Fondation dont le couturier avait souhaité la création plusieurs années avant sa disparition.
À travers une somme de documents d’archives, de photographies et de dessins, l’exposition analyse les années d’apprentissage qui séparent le jeune couturier en herbe sur le point de quitter Tunis pour Paris dans les années 1950, jusqu’à l’éclosion du phénomène Alaïa à l’orée des années 1980.
Une sélection rigoureuse de robes et de créations de ses débuts, un choix de modèles qui ont révélé au public plus qu’un style, une œuvre fondatrice dès la fin des années 1970 dialoguent avec des vêtements intemporels, véritable géographie intime de ses inspirations inchangées.
« Alaïa avant Alaïa » met en évidence le portrait d’un couturier aussi talentueux que pudique sur ces années de jeunesse durant lesquelles pendant plus de vingt années, les femmes ont constitué sa véritable école. Quand d’autres de sa génération affinaient leur création au sein d’écoles, d’ateliers ou de studios dans les maisons de mode, Azzedine Alaïa perfectionnait une technique devenue inégalable au contact d’une assemblée de femmes, tour à tour protectrices, soutiens, clientes privilégiées avant de devenir les chemins inspirationnels de son œuvre.
Durant ces trois décennies édificatrices, véritables archéologies souterraines de ses ambitions, Azzedine Alaïa a rencontré les figures qui devaient rester fidèles tout au long de sa vie. De sa sœur Hafida à sa grande amie Latifa, de Leila Menchari à Nicole de Blégiers, ce sont des rencontres que seul le destin favorise lorsque le talent et l’amitié se conjuguent. Ce sont aussi des itinéraires croisés que seuls le négoce et l’épanouissement de l’art en soi souhaitent encourager.
A son chevet de couturier, les plus grandes accourent. Greta Garbo lui suggère de grands manteaux d’hommes dans lesquelles elle aime s’envelopper d’anonymat. Arletty lui voue une admiration inconditionnelle. Sa proximité avec la femme de lettres Louise de Vilmorin l’ouvre aux cercles des artistes et à l’exercice de la mondanité. Il sera son miroir.
Aux commandes qui s’amoncellent rue de Bellechasse, Azzedine multiplie les expériences, dort peu, travaille toujours. Chez les grands fourreurs il perfectionne sa technique. Une collection de cuirs rivetés, sanglés est refusée chez Charles Jourdan mais paradoxalement lance l’éclosion du phénomène Alaïa. Les pionnières de la mode ne jurent que par lui. New York l’invite et l’acclame. Le créateur Thierry Mugler avec lequel Azzedine entretient une relation amicale forte l’encourage tant et plus. Azzedine est désormais Alaïa.
Sous la grande verrière, au sein même de sa Fondation posthume là où il souhaitait que ses expositions deviennent lieu de rencontres du plus grand nombre, « Alaïa avant Alaïa » distribue les témoignages rares, les récits subtils, les documents d’archives. Les robes d’hier, nées de ces trois décennies fondatrices, les créations plus récentes aux thèmes d’inspiration demeurées immuables révèlent une galerie de portraits de celles et ceux qui convaincus de son talent singulier l’ont accompagné dans l’épanouissement de son art.