Stop Dépigmentation, la campagne qui alerte sur les dangers du blanchiment de la peau

A l'occasion de la journée nationale du dépistage du cancer de la peau le 22 mai prochain, l’Association parisienne Esprit d’Ébène relance sa campagne de sensibilisation à la pratique de la dépigmentation artificielle de la peau.

Attablé devant son ordi, veste de sport Muhammad Ali sur le dos, Moshamed Yaffa, surnommé Mam's, nous accueille dans les locaux de l'association Esprit d’Ébène dans le quartier de la Goutte d'or. Ce collectif a lancé en 2017 la campagne "Stop dépigmentation", qui dénonce les dangers de la dépigmentation volontaire de la peau, pratique culturelle taboue.

Mam's Yaffa Président de l'association Esprit d’Ébène

Cette pratique, qui sévit dans la capitale, notamment dans les quartiers Nord-Est, a des conséquences dramatiques et irréversibles sur la santé. De nombreuses boutiques proposent en toute illégalité produits capillaires et crèmes éclaircissantes non seulement prohibées, mais très dangereuses.

A l'occasion de la journée dédiée aux cancers de la peau du 22 mai prochain, Esprit d’Ébène a prévu des ateliers et une campagne d'affichage coup de poing au métro Château Rouge.

Stop dépigmentation

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Un constat amer et un fléau mondial

Mam's explique: "L'idée de la campagne "Stop dépigmentation" a germé lors de l'élection Miss Mali France en 2009. Des jeunes filles qui souhaitaient y participer se dépigmentaient la peau. Après réflexion, nous avons refusé leur candidature, au vu de ce que ça véhiculait comme valeur d'estime de soi, sans compter le danger pour la santé".

Puis je me suis rendu compte que des copines de ma fille, à douze ans, se dépigmentaient

Mam's Yaffa,
Président de l'association Esprit d’Ébène

C'était il y a trois ans. Il décide de réagir et l'association lance un étude sur Facebook. Les résultats sont accablants.

20% des personnes interrogées ont déjà eu recours à ces produits éclaircissants, crèmes, lotions, gélules et même injections. Et 72% ont au moins une personne dans leur entourage qui les utilise, parfois même très jeune. Malgré les risques de brûlures, démangeaisons, infections, vergetures, voir de cancer de la peau. "C'est pour inverser cette tendance que nous avons lancé cette première campagne de sensibilisation, axé sur l'estime de soi plus que sur la culpabilisation".

Campagne Stop dépigmentation de l'association Esprit d’Ébène

"On ne le sait pas forcément mais les asiatiques sont premiers consommateurs. C'est une pratique qui est liée à une problématique de lutte des classes. En Inde, les Intouchables qui sont mis au banc de la société sont les plus foncées. Aux Etats-Unis, c'est ancré à la ségrégation raciale, car les enfants les plus clairs trahissaient les relations illégitimes des maîtres blancs avec leurs esclaves noires. Aux Antilles, au Vietnam, dans tous ces pays, la blancheur est associée à un positionnement sur l'échelle sociale. En Afrique de l'Ouest, certaines croyances ont la vie dure, par exemple avoir une femme blanche est censée apporter la chance dans une maison". 

Le passage à l'acte est aussi lié aux critères de beauté de la société, une tendance qui s'affiche dans la communication des marques de produits cosmétiques en Afrique noire, en Asie, en Inde et au Maghreb, avec des mannequins qui véhiculent un idéal de beauté au teint très clair.

Une campagne ambitieuse

Mam's a des connexions et les utilise. Il contacte la boite de production Iconoclast et c'est David Uzochukwu, un de leurs photographes, qui shoote les quatre visuels de la campagne.  
Grâce à une série de partenariat, Esprit
d’Ébène parvient à s'offrir une véritable campagne de communication: affichage dans une quarantaine de stations de RER et métros parisiens, spots de pub et campagne sur les réseaux sociaux: "On a reçu des centaines de messages de soutien, des jeunes filles qui hésitaient à se dépigmenter, subissaient des pressions de leur entourage, et surtout nous remerciaient de ne pas avoir montré que des noirs. Notre campagne a même servi à l'APHP". 

Campagne Stop dépigmentation de l'association Esprit d’Ébène

L'association a lancé récemment une campagne de crowdfunding pour le financement de la seconde phase de sa campagne. L'affichage doit être étendu dans des villes de la région parisienne. Des rencontres sont prévus dans des villes partenaires désireuses de sensibiliser leurs populations, avec des professionnels de santé tels que des psychologues et dermatologues. Ils seront accompagnés par des sociologues et des professionnels de la beauté qui proposeront des ateliers ludiques permettant de valoriser les participants.

Pour conclure cette campagne française, l’association organisera un forum qui résumera l’ensemble des échanges, rencontres, témoignages, retours, photos et chiffres récoltés. Il servira de point de départ d’un plaidoyer en faveur d’une meilleure représentation de toute la population française dans les médias, le milieu de la mode et les instances représentatives. Un documentaire et une fiction sont également prévus dans la foulée.

Une association qui rassemble de multiples talents 

"J'ai eu des difficultés à trouver un stage intéressant et dans le quartier, je n'étais pas le seul. L'association est ainsi née de ce constat, en 1998. C'est un collectif de photographes, réalisateurs, journalistes, rappeurs, habitants du quartier. qui s’est donné pour objectif d’accompagner l’insertion sociale et professionnelle des jeunes des quartiers populaires, en partenariat avec des entreprises et des institutions. "Nous sommes parrainés par Vincent Cassel. L'association assure la production d'événements citoyens, d'actions culturelles et événementiels qui permettent justement à ces jeunes d'accéder à des stages".

Campagne Stop dépigmentation de l'association Esprit d’Ébène

Ce collectif hybride s'engage sur de multiples projets, des campagnes de lutte contre le paludisme, car "la mortalité infantile est de nouveau en hausse", ou sur des projets artistiques telle qu'une exposition avec la photographe Martine Barrat: "elle m'a photographié quand j'étais petit, on ne s'est jamais quitté, elle m'a ouvert au monde...".

Dernière mise à jour le jeudi 24 mai 2018
Crédit photo : Esprit d'ébène

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