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Partager sur Facebook | Partager sur Twiter | Partager | Imprimer | A+ | A- | A=La Recherche Médicale avec l’étude d’une cohorte de nouveau-nés franciliens

[18/06/2012]

Le département a lancé avec l’Université Paris Descartes une étude sur une cohorte de près de 4 000 nouveau-nés recrutés dans cinq maternités, suivis pendant huit ans afin d’évaluer la relation entre leur santé respiratoire, les allergies et leur mode et cadre de vie, en particulier les caractéristiques des milieux où ils vivent. Cette cohorte constitue un véritable observatoire de l’histoire des premières années de vie de jeunes parisiens et les résultats de l’étude devraient permettre la mise en place de stratégies préventives.

Méthodologie de la recherche

Les nouveau-nés ont été recrutés en post-partum dans cinq maternités parisiennes (Necker, Pitié-Salpêtrière, Rothschild, Tenon et Institut Mutualiste Montsouris), entre février 2003 et juin 2006.

Le suivi médical et environnemental s’échelonne depuis le séjour en suite de couches jusqu’au 8ème anniversaire de chaque enfant recruté, avec des points effectués à l’aide d’auto-questionnaires, selon la périodicité suivante : à 1, 3, 6, 9, 12, 18, 24 mois, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 ans. En outre, l’étude comporte deux bilans médicaux, l’un à l’âge de 18 mois, l’autre à l’âge de 8 ans, afin de caractériser, à l’aide d’examens standardisés, la santé respiratoire de l’enfant et de poser un diagnostic d’asthme, ce qui n’était pas possible avant cet âge, compte tenu de l’absence de définition consensuelle de l’asthme et d’outil de diagnostic chez le très jeune enfant.

L’évaluation de l’exposition aux pollutions atmosphériques extérieures s’appuie sur les données fournies par le réseau de surveillance de la qualité de l’air, AIRPARIF et sur le recours à la modélisation pour l’exposition au trafic routier, tandis que celle relative aux pollutions intérieures se fait uniquement par auto-questionnaire. En effet, des mesurages précis au domicile, forcément complexes, ne sont pas envisageables pour l’ensemble des enfants de la cohorte. Une imprécision dans l’estimation des expositions aux multiples contaminants chimiques ou biologiques de l’environnement domestique pourrait résulter de l’utilisation d’un auto-questionnaire.

Pour corriger cette imprécision, une étude environnementale spécifique a été réalisée en partenariat avec le Laboratoire d’Hygiène de la ville de Paris, sur un échantillon aléatoire de 196 nouveau-nés issus de la cohorte, au cours de leur première année de vie. Cette étude associait des questionnaires pour caractériser l’environnement domestique à des mesurages environnementaux répétés d’un certain nombre de polluants potentiellement impliqués dans les allergies.


Etat d’avancement – Premiers résultats

La cohorte était constituée de 3840 nouveau-nés. Au terme de la première année, 13,6% des nourrissons ont abandonné le suivi, une fois sur trois en raison du déménagement de leurs parents hors de l’Ile-de-France. L’étude environnementale est terminée. Les bilans médicaux de 18 mois sont achevés tandis que le bilan de 8 ans est en cours depuis 2010.

L’exploitation statistique porte, à ce jour, sur les données recueillies jusqu’à 4 ans .

L’apport de ce travail est d’abord clinique. Ainsi, il nous apprend qu’au cours des 18 premiers mois de vie, près de 36% des enfants ont présenté des sifflements qui, dans 1 cas sur 5 entraînaient des perturbations du sommeil et une gêne dans les activités quotidiennes de l’enfant. La toux sèche en dehors d’un rhume et la dermatite atopique ont concerné respectivement 10,3% et 15,4% des enfants. Les mesures biométriques révèlent un début précoce du surpoids qui, à 18 mois, touche déjà 8% des enfants, résultat plutôt alarmant. Au moins un marqueur biologique d’atopie (prédisposition à l’allergie) a pu être mis en évidence chez un tiers des enfants, le plus souvent une élévation des immunoglobulines E totales ou une sensibilisation allergénique, majoritairement vis-à-vis d’allergènes alimentaires (lait de vache, blanc d’œuf, …) et plus rarement contre des pneumallergènes, à cet âge. Enfin, nous établissons que la rhinite allergique existe, dès le plus jeune âge.

Nous avons aussi pu identifier des phénotypes respiratoires/allergiques c’est-à-dire des groupes homogènes d’individus non forcément connus, grâce à l’utilisation d’approches statistiques dites non supervisées, des méthodes de classification. Ainsi, nous montrons que parmi les symptômes respiratoires, les sifflements ne sont pas discriminants au cours des quatre premières années de vie, mais que la dyspnée et la toux sèche nocturne correspondent à deux phénotypes distincts, l’un dominé par les infections, l’autre d’allure allergique, d’après l’étude des co-morbidités et des facteurs de risque associés.

Par ailleurs, au sein des sifflements, nous identifions trois phénotypes qui se distinguent par leur sévérité et leur caractère atopique : des sifflements occasionnels légers, des sifflements sévères récurrents non atopiques et des sifflements sévères atopiques.

Le deuxième apport  de ce travail a trait à l’impact sanitaire des expositions environnementales.

A partir des données de l’investigation environnementale, nous modélisons les concentrations environnementales des principaux polluants d’intérêt puis nous appliquons les modèles statistiques ainsi élaborés à l’ensemble des sujets de la cohorte, de façon à quantifier le risque de survenue d’une symptomatologie respiratoire et allergique, en fonction du niveau d’exposition aux polluants considérés au cours de la première année de vie, fournissant ainsi des relations de type « doses-réponses » qui ne sont pas actuellement disponibles dans la littérature. Ainsi, nous montrons que l’exposition domestique au formaldéhyde (issu des panneaux de particules, des parquets vitrifiés et d’autant plus présent que ces matériaux sont récents) majore la survenue des infections respiratoires des voies basses, en particulier des infections sifflantes.

Valorisation

La méthodologie adoptée pour le suivi de la cohorte ainsi que l’exploitation des données recueillies jusqu’à 3 ans et des données issues de l’investigation environnementale ont, à ce jour, donné lieu à :
- 18 publications dans des revues internationales, 14 parues et 4 soumises,
- 38 communications dans des congrès internationaux.

De plus, la cohorte parisienne a rejoint en juin 2009 le réseau GA2LEN (réseau européen d’excellence Global Allergy and Asthma European Network) et est l’une des 14 cohortes européennes qui participent au programme européen de recherche MeDALL sur les mécanismes de développement de l’allergie. Elle est aussi affiliée au groupe 3 (cohortes de naissances) du programme européen ESCAPE (European Study of Cohorts for Air Pollution Effects).       

L’ensemble de ces travaux a fait l’objet de cinq thèses de doctorat de l’université Paris Descartes. Ces travaux ont été distingués par plusieurs Prix : Prix Epidaure 2009 de la recherche en médecine et écologie « Recherche fondamentale, clinique et épidémiologique », Prix de l’Académie nationale de Médecine 2009 (Prix de la référence Santé),  Prix de thèse de l’Académie nationale de Pharmacie 2009, Prix de thèse de l’Université Paris Descartes 2009.

Une recherche ambitieuse avec partenariat multiple

Cette recherche innovante et ambitieuse, placée sous la responsabilité du Professeur Isabelle Momas, est pilotée conjointement par le Laboratoire Santé Publique et Environnement (EA 4064) de l’Université Paris Descartes et par la Mairie de Paris - DASES, Cellule « cohorte ». L’opération associe d’autres services de la DASES, notamment le Laboratoire d’Hygiène de la Ville de Paris (LHVP), le Laboratoire Saint-Marcel et la Mission Communication, en charge des courriers destinés à fidéliser les familles (cartes de vœux et d’anniversaire, Journal de la cohorte). Elle bénéficie également de la collaboration de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) de Paris (examens de santé des enfants à l’âge de 18 mois) et de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris.

Par ailleurs, cette recherche a eu des financements du Ministère en charge de la santé (Direction Générale de la Santé) pour l’élaboration du protocole de la recherche, de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail Afsset (projet retenu dans son Appel à projets de recherche 2003 « Santé environnement Travail »), de l’Institut de veille sanitaire, au titre de la préparation de la cohorte nationale ELFE, de l’Agence  française de sécurité sanitaire de  l’alimentation, de l’environnement et du travail Anses (projet retenu dans son Appel à projets de recherche 2009 « Santé environnement Travail »), de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME.  Enfin, la cohorte perçoit, au titre de sa participation au programme MeDALL, des fonds européens (7ème PCRD 2007-2013).

Résultats attendus

La cohorte de nouveau-nés constitue un véritable observatoire de l’histoire des premières années de vie de jeunes parisiens, en documentant aussi bien l’évolution de leur état de santé que celle de leur cadre et de leur mode de vie. Elle devrait ainsi permettre de mieux comprendre les rôles respectifs des facteurs comportementaux, environnementaux extérieurs et intérieurs dans la genèse des maladies respiratoires, au cours des premières années de vie, années pendant lesquelles l’enfant est le plus vulnérable. De façon plus générale, cette cohorte est un précieux outil épidémiologique qui apportera de très nombreuses informations sur lesquelles la collectivité locale pourra s’appuyer pour prendre des décisions dans le champ de la santé publique, de l’enfance, de l’hygiène publique et de l’environnement.


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