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Paris insurgé, Paris libéré

La libération de Paris

La mémoire de Paris
Les plaques commémoratives

Soixante ans après, Paris conserve toujours sur les murs de ses immeubles les traces de la Seconde Guerre mondiale. La toponymie a aussi intégré, dès la fin 1944, les noms des héros, Français libres, résistants et résistantes. Plaques, stèles et monuments honorent la mémoire de ses acteurs, de ses martyrs et leurs actions. Et quelques jours seulement après les combats pour la Libération de Paris, les Parisiens eux-mêmes rendaient hommage à leurs combattants.

 
Très vite apposées sur les murs de la capitale, les plaques commémorent des faits de guerre, des actes de résistance, des rafles, des déportations et actions liées à l’insurrection et à la Libération de Paris. Elles honorent le souvenir des disparus.


Rendre hommage…
L’inventaire du Bureau des monuments de la Ville de Paris indique 1060 plaques commémoratives de la Seconde Guerre mondiale. 45 % des plaques correspondent à la semaine de l’insurrection et de la libération. Recensées et entretenues par la Ville de Paris, elles ont été apposées le long des rues, sur les façades d’immeubles publics et privés, sur les grilles d’enceinte ou au sol à l’intérieur des squares, dans les halls d’accès d’immeubles, les escaliers ou les couloirs de circulation du métro, les abords des gares ou sur des bordures de pont.

Mais avant même d’être institutionnalisées, les traces ont été spontanées. Au carrefour d’Alésia (14e), une croix rehaussée d’un bouquet de fleurs a été improvisée sur le lieu même où est tombé un FFI dans la semaine de l’insurrection (19-26 août 1944). A l’angle de la rue de Rivoli et de la place de la Concorde, des bouquets ont été posés sur les lieux où sont tombés des FFI et soldats de la division Leclerc. La famille de l’étudiant Bailly, tué à cet endroit, comme le comité de libération de l’Haÿ-les-Roses pour Marcel Bizien, chef du char Douaumont tombé lors de l’attaque du Crillon, agissent pour faire reconnaître leurs actions. Au lendemain de la Libération de Paris, de nombreuses plaques à la mémoire des combats et des combattants ont été apposées spontanément sur les lieux ou se sont déroulés les événements d’août 1944, prenant parfois le relais d’une inscription provisoire. C’est le cas de celle de Raymond Bonnand, 105 bd Saint-Michel (5e) inscrite tout d’abord sur le mur à la peinture noire.

Mais très vite l’apposition des plaques résulte de demandes. Elles ont pour origine des démarches d’autorités civiles, d’associations, de cheminots, de la RATP et autres organisations professionnelles… Devant l’afflux des demandes, la mise en place de plaques devient un acte constitutionnel et institutionnalisé. Un décret pris par le ministre de l’Intérieur du 12 avril 1946 fixe les conditions d’attribution et d’apposition : les demandes doivent être motivées, témoignages à l’appui, et l’autorisation d’apposer une plaque doit être donnée par le propriétaire. Depuis le changement de statut de la Ville de Paris en 1977 , c’est le Maire de Paris qui prend l’arrêté d’hommage public correspondant. L’une des premières plaques apposées dans ce cadre réglementaire est celle du 16 rue de l’Université (7e ) à la mémoire de Berty Albrecht disparue en juin 1943, cofondatrice avec Henri Frenay du mouvement Combat. Cependant, dans de nombreux cas, les plaques apposées entre 1944 et 1954 l’ont été sans autorisation préfectorale, notamment celles qui honorent les résistants, le plus souvent communistes ou étrangers.

Les demandes, aujourd’hui encore, sont transmises par les familles, les associations ou les élus au cabinet du Maire, instruites par les services compétents et soumises au Conseil d’arrondissement puis au Conseil de Paris.

Les plaques sont libellées simplement et jouent un rôle funéraire : "Ici est tombé... Ici a été fusillé...Ici a été assassiné". Elles portent une ou deux palmes ou souvent, pour les morts de la Libération, deux drapeaux tricolores entrecroisés ou une cocarde. Pour les résistants avant 1944, elles portent généralement la Croix de Lorraine, symbole de la France libre. Les plaques sont de loin la forme d’hommage la plus répandue pour la période de la Seconde Guerre mondiale.

… aux Juifs déportés

A l’exception d’une plaque commémorative apposée en juillet 1946 sur la façade du Vel' d’Hiv, 8 bd de Grenelle (15e), dont le texte laconique a été enrichi en 1974, les demandes liées aux rafles et à la déportation des Juifs n’apparaissent qu’à partir des années 1950. Ce n’est qu’en 1994, conformément au décret du 3 février 1993, qu’un monument commémoratif réalisé par le sculpteur Walter Spitzer, est érigé à proximité sur la promenade plantée en bordure du boulevard de Grenelle. Il est inauguré le 17 juillet 1995 par Jacques Chirac, Président de la République, qui, dans un discours fort, reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la mise en œuvre de la "Solution finale" contre les Juifs. Cette responsabilité sera réaffirmée par Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, lors de la cérémonie commémorative du 21 juillet 2002.

… aux résistants

Elles rendent hommage aux cheminots, agents du métro, PTT, lycéens et professeurs, corps médical, policiers, pompiers, FFI, FTPF, soldats de la 2e DB. Les 35 plaques du 11e arrondissement et les 62 du 20e concernent essentiellement des résistants étrangers, des syndicalistes et des membres du parti communiste. Les principales personnalités de la Résistance et de la Libération de Paris ont leur plaque. Pierre Brossolette au 89, rue de la Pompe, au lycée Janson de Sailly 106 rue de la Pompe (16e) et au 123 rue de Grenelle (7e) ; Jean Moulin au 48 du Four (6e) ; Raoul Nordling le consul de Suède, au lycée Janson de Sailly.

… aux martyrs

Les plaques traduisent la géographie de la souffrance aux anciens sièges de la Gestapo et de l’Abwehr : dans le 16e arrondissement, 57 boulevard Lannes, 72 et 80-84 avenue Foch (où Jean Moulin et Pierre Brossolette vécurent leurs supplices, le premier fin juin-début juillet 1943, le second en mars 1944), 101 avenue Henri Martin, rue de la Pompe et 93 rue Lauriston et dans le 8e arrondissement, 11 rue des Saussaies et 42 rue Bassano ; à Boulogne, les massacres du 16 août 1944 de 35 jeunes résistants ; et le 17 août de 7 autres, 14 rue Leroux (16e). Elles rappellent aussi les nombreux anonymes tombés dans les combats pour la libération de la capitale.

…sur les lieux des combats

Les plaques traduisent aussi la géographie de la guerre dans Paris. La forte concentration de plaques dans les 1er, 6e, 7e, 10e, 13e, 14e, 15e et 18e arrondissements reflète les combats de la Libération. Ces 73 plaques indiquent les endroits où les principales barricades ont été érigées : boulevard Saint-Michel, boulevard d’Italie, avenue des Gobelins, rue de Tolbiac et les axes des combats : rue de Rivoli, place de la Concorde.

Les lieux de combat sont aussi rappelés, comme le char de combat Quimper de la 2e DB, détruit lors de l’assaut du ministère des Affaires étrangères, 1 rue Esnault Peletier (7e). La plaque de la reddition du général von Choltitz au général Leclerc, commandant la 2e DB, et au colonel Rol-Tanguy est apposée sur les lieux mêmes de l’ancienne gare Montparnasse face à la rue de Rennes. Cette plaque, reformulée, a été apposée sur l’emplacement actuel en 1974 et rénovée en 1994. D’autres actes sont rappelés tel celui de Léo Hamon, place Fontenoy (7e) qui a détruit le fichier du STO.

… et de commandement

Les postes de commandement de l’insurrection de Paris ont été presque tous honorés : celui d’Alexandre Parodi, 35 avenue de Ségur (15e), les bureaux du CNR et du CPL réunis chez un ami de Bidault, 41 rue de Bellechasse (7e), le PC du colonel Lizé, 1 rue Guénégaud, celui du colonel Rol-Tanguy 19 rue Schoelcher (14e) où la plaque qui se trouvait dans une maison du service des Eaux a été démontée et apposée place Denfert-Rochereau, celui du général Hary, commandant les forces gouvernementales qui s’est installé avec son état-major, 53 boulevard de la Tour Maubourg (7e).

C’est en 1954, pour le 10e anniversaire de la Libération de Paris, que le Conseil de Paris prend la décision de protéger et d’honorer dignement la mémoire de toutes les victimes. Les plaques de la Seconde Guerre mondiale, qu’elles soient d’origine publique ou privée, seront donc remises en état et fleuries aux frais de la Ville lors des fêtes commémoratives. Enfin, la loi du 18 juillet 1985 prévoit qu’en cas de démolition d’immeubles, les plaques soient déposées puis réinstallées sur un nouveau support.

Télécharger la liste des plaques commémoratives (1939-1945) au format PDF (229,7 Ko)

Mise à jour le : 13 août 2012
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