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Mairie de Paris
[21/01/2013]

La collection du musée Cognacq-Jay a été léguée par Ernest Cognacq à la Ville de Paris en 1928. D'origine modeste, le couple formé par Ernest Cognacq et son épouse Marie-Louise Jaÿ constitue un remarquable exemple d'ascension sociale liée à l'essor des grands magasins à la fin du XIXe siècle.


Puce culture Une réussite commerciale exemplaire
Théodore-Ernest Cognacq est né le 2 octobre 1839 à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime). À l'âge de 12 ans, la ruine puis le décès de son père le contraignent à quitter l'école pour gagner sa vie comme marchand itinérant à La Rochelle et Bordeaux. Ernest Cognacq tente ensuite sa chance dans plusieurs grands magasins parisiens : rejeté des Magasins du Louvre, il réussit à se faire embaucher à La Nouvelle Héloïse et y rencontre sa future femme, Marie-Louise Jaÿ (1838-1925). Cognacq travaille dans plusieurs maisons parisiennes avant de s'établir à son compte en 1867, rue Turbigo, Au petit bénéfice. Il fait faillite, repart sur les routes de France, puis retente sa chance dans la capitale comme camelot en s'installant dans la corbeille de la seconde arche du Pont-Neuf, à l'emplacement de l'ancienne pompe hydraulique de la Samaritaine (détruite en 1813) où il reçoit alors le sobriquet de Napoléon du déballage.
 
À 30 ans, ses économies reconstituées, Cognacq sous-loue le local d'un café qui occupait la rotonde située à l'angle de la rue du Pont-Neuf et de la rue de la Monnaie, qu'il renomme Au petit bénéfice. Il entend ainsi profiter de la clientèle des Halles et des magasins d'À la Belle Jardinière installés depuis 1867 de l'autre côté de la rue du Pont-Neuf (actuel magasin Conforama). La réussite survient enfin : en 1871, il loue le local transformé en boutique et prend deux employés. L'année suivante, Cognacq s'unit à Marie-Louise Jaÿ, alors première (vendeuse) au rayon confection du Bon Marché.


À force d'économies le couple devient propriétaire de sa boutique, alors baptisée La Samaritaine (magasin n°1 de La Samaritaine, à présent magasins Kenzo, Séphora et Zara), avec un chiffre d'affaires de 300 000 francs. Les affaires prospèrent grâce aux principes de vente novateurs des époux Cognacq (prix fixes et affichés, possibilité d'essayer les vêtements…) : en 1882 leur chiffre d'affaires s'élève à 6 000 000 fr. puis à 40 000 000 fr. en 1895 ; en 1925, le milliard est dépassé.


Puce culture Des magasins à l'architecture novatrice

C'est en mai 1883 qu'Ernest Cognacq fait la connaissance de l'architecte belge Frantz Jourdain (1847-1935), l'un des promoteurs de l'Art nouveau et de l'architecture du fer en France. En 1891, Jourdain intervient dans les aménagements intérieurs du magasin n°1 de La Samaritaine, et dans l'hôtel particulier des Cognacq, situé au 65 avenue du Bois de Boulogne (actuelle avenue Foch). Il est à nouveau désigné en 1905 pour la construction du magasin n° 2 de La Samaritaine inauguré en 1910, de style Art nouveau, à structure métallique apparente, orné de deux coupoles bulbeuses et d'un décor de lave émaillée, de grès et de mosaïque en façade. Les façades latérales de ce bâtiment sont toujours visibles, rue de la Monnaie et rue de l'Arbre Sec. Entre 1926 et 1928, en collaboration avec l'architecte Henri Sauvage (1873-1932), Jourdain agrandit ce bâtiment vers la Seine dans le style Art Déco, contraint par les règles d'urbanisme de masquer l'architecture métallique de Jourdain par une façade en pierre de taille. Jourdain complète l'ensemble du côté de la rue de Rivoli en construisant les magasins n°3 (actuel magasin Etam) et n°4 (aujourd'hui Samaritaine Homme) inaugurés respectivement en 1930 et en 1932.

Puce culture Une œuvre de philanthropes

Forts de leur réussite parisienne, les époux Cognacq n'oublient pas pour autant leurs origines provinciales : aussi, Ernest Cognacq n'hésite-t-il pas à financer la création du musée d'histoire locale de l'Île de Ré  en 1907, tandis que Marie-Louise Jaÿ crée la Jaÿsinia, jardin botanique alpin situé dans sa ville natale de Samoëns (Haute-Savoie). Parallèlement à son activité commerciale, le couple poursuit son œuvre de philanthropie - principalement destinée aux employés de La Samaritaine - en créant la Fondation Cognacq-Jay en 1916. Cette institution - toujours en activité - gérait un pouponnat, une maison de convalescence, une maison de retraite situés à Rueil-Malmaison, un centre d'apprentissage à Argenteuil, une maternité à Paris, un orphelinat et une maison de repos en Haute-Savoie, et un ensemble de logements à Levallois-Perret. En 1920, le couple Cognacq complète son action de bienfaisance en créant le Prix Cognacq, toujours géré par l'Institut, pour récompenser les familles nombreuses.


Puce culture Le musée Cognacq-Jay du boulevard des Capucines

Ernest Cognacq s'éteint le 21 février 1928, à l'âge de 89 ans. Le fondateur de La Samaritaine avait commencé vers 1895 une collection de peintures, arts graphiques, sculptures et objets d'art. Conformément à son testament, la Ville de Paris fut désignée comme légataire de cette collection ainsi que du bâtiment destiné par son donateur pour l'accueillir, au 25 boulevard des Capucines. Le choix de Cognacq s'était porté sur un immeuble mitoyen de La Samaritaine de Luxe. Ce magasin de style Art nouveau, né de la collaboration de Jourdain avec l'architecte Georges Bourneuf, était ouvert depuis 1917 pour une clientèle plus aisée que celle de La Samaritaine du Pont-Neuf. Le musée Cognacq-Jay fut inauguré le 4 juin 1929 par le président de la République Gaston Doumergue, en présence de Gabriel Cognacq, petit-neveu et héritier d'Ernest Cognacq. La Samaritaine de Luxe, fermée depuis 1981, a été vendue en 1985. Peu après fut décidé en 1986 du transfert des collections du musée vers l'hôtel Donon qui devait être rénové. Le musée du boulevard des Capucines a donc fermé ses portes le 27 juin 1988. Situé dans le quartier du Marais, le nouveau musée Cognacq-Jay est ouvert au public depuis le 18 décembre 1990.

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