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L'appartement
Salle 1
Thèmes
Le voyage et le séjour en Espagne (1811 - 1812)
En 1810, le général Hugo, qui a rejoint Joseph Bonaparte devenu roi d’Espagne est nommé gouverneur de plusieurs provinces. L’année suivante, le roi tente un ultime rapprochement entre les époux Hugo. Sophie et ses enfants se rendent à Madrid. Ce voyage marque profondément Victor Hugo. A son arrivée, la famille est logée dans le Palais Masserano. Mais les dissensions reprennent entre le Général et son épouse. Sur ordre de leur père, Eugène et Victor sont mis en pension au Collège des Nobles. Abel entre chez les pages du Roi. La famille revient en France en mars 1812, au moment où les Français doivent quitter l’Espagne. Victor et ses frères voient tout au long de la route des échafauds, des suppliciés, des morts : une première vision proche du monde de Goya et de ses Désastres de la guerre.
L’enfant engrange ainsi les matériaux qui transcendés reparaîtront dans l’œuvre littéraire et graphique.
L’Espagne me montrait ses couvents, ses bastilles ;
Burgos, sa cathédrale aux gothiques aiguilles ;
Irun, ses toits de bois ; Vittoria, ses tours ;
Et toi, Valladolid, tes palais de familles,
Fiers de laisser rouiller des chaînes dans leurs cours.
Mes souvenirs germaient dans mon âme échauffée ;
J’allais, chantant des vers d’une voix étouffée ;
Et ma mère, en secret observant tous mes pas,
Pleurait et souriait, disant : «C’est une fée
Qui lui parle, et qu’on ne voit pas!»
1823
« Mon enfance ». Nouvelles Odes. 1824
Palais Masserano
Il arrive, dans ces cours des maisons espagnoles, qu’à force de chercher la fraîcheur, on trouve l’humidité. La cour du palais Masserano avait ses pavés verdis de moisissures. Les enfants ne la séchaient pas par leurs aspersions. Elle avait, en outre, la tristesse de l’ombre des quatre murs qui l’enfermaient. Ils s’en dégoûtèrent, et préférèrent la galerie des portraits qui était admirable pour jouer à cache-cache, à cause des portières, des piédestaux des bustes, et surtout des deux colossaux vases de Chine dans l’intérieur desquels la petite Pepita se fit hisser plus d’une fois. Victor avait pris cette galerie en affection. On l’y trouvait seul, assis dans un coin, regardant en silence tous ces personnages en qui revivaient les siècles morts ; la fierté des attitudes, la somptuosité des cadres, l’art mêlé à l’orgueil de la famille et de la nationalité, tout cet ensemble remuait l’imagination du futur auteur d’Hernani et y déposait sourdement le germe de la scène de don Ruy Gomès.
[Adèle Hugo] Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. 1863.
et la jeune Pépita qui sera évoquée dans plusieurs oeuvres de Victor Hugo, jusque très tard :
Pépita... - Je me rappelle !
Oh ! le doux, passé vainqueur,
Tout le passé, pêle-mêle
Revient à flots dans mon cœur ;
Mer, ton flux roule et rapporte
Les varechs et les galets.
Mon père avait une escorte ;
Nous habitions un palais ;
Dans cette Espagne que j’aime,
Au point du jour, au printemps,
Quand je n’existais pas même,
Pepita - j’avais huit ans -
Me disait : - Fils, je me nomme
Pepa ; mon père est marquis.-
Moi, je me croyais un homme,
Etant en pays conquis.
[...]
« Pepita ». L’Art d’être grand-père. 1877



