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L'appartement
Salle 1
Thèmes
Le vert paradis des Feuillantines (1809 - 1811)
Au début de 1809, Sophie Hugo et ses enfants s’installent 12, impasse des Feuillantines, près du Panthéon. Ils y séjourneront jusqu’en mars 1811 puis d’avril 1812 à décembre 1813. Il s’agit d’un ancien couvent devenu bien national à la Révolution et à ce titre vendu et divisé en logements destinés à la location.
Victor et ses frères jouent avec les enfants de la famille Foucher, amie et voisine. Adèle Foucher, la future Madame Hugo, fait partie de ce petit cercle enfantin, dont les jeux se déroulent dans le jardin abandonné du couvent. Au fond de ce jardin, vit caché Victor Fanneau de Lahorie ami des époux Hugo, qui a participé en 1804 à un complot contre Bonaparte. On lui prête une liaison avec Sophie Hugo. Présenté comme un parent, il se fait éducateur des enfants en les initiant aux auteurs latins. Une mésentente profonde entre les époux Hugo semble avoir éclaté très tôt, probablement peu de temps après leur mariage. Cependant Victor et ses frères furent heureux pendant ces années au cours desquelles les jeux alternaient avec les leçons d’un prêtre, M. de la Rivière.
Ce «vert paradis» a inspiré plusieurs poèmes à Victor Hugo pour lequel la découverte de la nature va de pair avec une sensibilité poétique précoce et féconde.
Enfants, beaux fronts naïfs penchés autour de moi,
Bouches aux dents d’émail disant toujours : Pourquoi ?
Vous qui, m’interrogeant sur plus d’un grand problème,
Voulez de chaque chose, obscure pour moi-même,
Connaître le vrai sens et le mot décisif,
Et qui touchez à tout dans mon esprit pensif ;
- Si bien que, vous partis, enfants, souvent je passe
des heures, fort maussade, à remettre à leur place
Au fond de mon cerveau mes plans, mes visions,
mes sujets éternels de méditations,
Dieu, l’homme, l’avenir, la raison, la démence,
Mes systèmes, tas sombres, échafaudage immense,
Dérangés tout à coup, sans tort de votre part,
Par une question d’enfant, faite au hasard ! -
Puisqu’enfin vous voilà sondant mes destinées,
Et que vous me parlez de mes jeunes années,
De mes premiers instincts, de mon premier espoir,
Ecoutez, doux amis, qui voulez tout savoir !
J’eus dans ma blonde enfance, hélàs ! trop éphémère ?
Trois maîtres : - une jardin, un vieux prêtre et ma mère.
Le jardin était grand, profond, mystérieux,
Fermé par de hauts murs aux regards curieux,
Semé de fleurs s’ouvrant ainsi que les paupières,
Et d’insectes vermeils qui couraient sur les pierres ;
Plein de bourdonnements et de confuses voix ;
Au milieu, presque un champ, dans le fond, presque un bois.
Le prêtre, tout nourri de Tacite et d’Homère,
Etait un doux vieillard. Ma mère – était ma mère !
Ainsi je grandissais sous ce triple rayon.
[…]
"Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813".
Les Rayons et les Ombres. 1840
On retrouvera les Feuillantines transfigurées sous la forme de la maison et du jardin de la rue Plumet dans Les Misérables (4ème partie, livre troisième).
Beaucoup plus tard revenant sur son enfance, l’écrivain note :
Aujourd’hui ces arbres, cette chapelle et cette maison ont disparu. Les embellissements qui ont sévi sur le jardin du Luxembourg se sont prolongés jusqu’au Val-de-Grâce et ont détruit cette humble oasis. Une grande rue assez inutile passe là. Il ne reste plus des Feuillantines qu’un peu d’herbe et un pan de mur décrépit encore visible entre deux hautes bâtisses neuves, mais cela ne vaut plus la peine d’être regardée si ce n’est par l’œil profond du souvenir. En janvier 1871, une bombe prussienne a choisi ce coin de terre pour y tomber, continuation des embellissements, et M. de Bismarck a achevé ce qu’avait commencé M. Haussmann. C’est dans cette maison que grandissaient sous le premier empire les trois jeunes frères. Ils jouaient et travaillaient ensemble, ébauchant la vie, ignorant la destinée, enfances mêlées aux printemps, attentifs aux livres, aux arbres, aux nuages, écoutant le vague et tumultueux conseil des oiseaux, surveillés par un doux sourire. Sois bénie, ô ma mère !
« Le Droit et la Loi ». Introduction au livre : Actes et Paroles. 1875



