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L'appartement
Salle 2
Thèmes
La rencontre avec Juliette Drouet
L’écrivain fait la connaissance de l’actrice en février 1833, alors qu’elle interprète le rôle de la princesse Negroni dans Lucrèce Borgia, au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Cette relation est le prélude à une liaison de cinquante ans, entrecoupée de ruptures et de réconciliations. Dépassant le côté convenu de la situation - un homme de lettres rencontrant une actrice - cette liaison deviendra mythique par sa durée exceptionnelle et par le degré de passion absolue éprouvée par Juliette Drouet ; celle-ci emménage dans le Marais dès 1832 rue des Tournelles puis rue Sainte-Anastase. Sa vie se partage alors entre la joie des visites du poète et les déceptions engendrées par ses fréquentes absences.
Juliette Drouet écrira à Victor Hugo entre 15 000 et 20 000 lettres. Par amour pour l’écrivain, elle abandonnera définitivement le théâtre et sa vie de courtisane, obtenant ainsi en un contrat tacite son «rachat» moral.
Hier, la nuit d’été..., écrit environ trois mois après le début de leur liaison, inaugure la longue série des poèmes que Juliette Drouet inspire à Victor Hugo :
Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,
Était digne de toi, tant elle avait d’étoiles !
Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
Tant elle répandait d’amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous !
Moi, j’étais devant toi, plein de joie et de flamme,
Car tu me regardais avec toute ton âme !
J’admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu’un mot révélât ta pensée,
La tendre rêverie en ton cœur commencée
Dans mon cœur s’achevait !
[...]
Poème XXI. Les Chants du crépuscule. 1835
En septembre 1834, Victor Hugo séjourne comme il le fait souvent avec sa famille chez les Bertin, dont le domaine des Roches est situé dans la vallée de la Bièvre. Juliette s’installe non loin de là, au hameau des Metz. Les deux amants se rencontrent à mi-chemin dans la forêt. Un châtaignier creux sert de boîte aux lettres :
Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée,
Tandis que tu m’attends, par la marche lassée,
Sous l’arbre au bord du lac, loin des yeux importuns,
Tandis que sous tes pieds l’odorante vallée,
Toute pleine de brume au soleil envolée,
Fume comme un beau vase où brûlent des parfums ;
[...]
Que le bois, le jardin, la maison, la nuée,
Dont midi ronge au loin l’ombre diminuée,
Que tous les points confus qu’on voit là-bas trembler,
Que la branche aux fruits mûrs ; que la feuille séchée,
Que l’automne, déjà par septembre ébauché,
Que tout ce qu’on entend ramper, marcher, voler,
Que ce réseau d’objets qui t’entoure et te presse,
Et dont l’arbre amoureux qui sur ton front se dresse
Est le premier chaînon ;
Herbe et feuille, onde et terre, ombre, lumière et flamme,
Que tout prenne une voix, que tout devienne une âme,
Et te dise mon nom !
Enghien, 19 septembre 1834,
Poème XXIV. Les chants du crépuscule. 1835
On trouve les cinq vers suivants, dédicacés à Juliette Drouet, au dos d’un daguerréotype représentant Victor Hugo lisant, conservé à la Bibliothèque nationale de France ainsi que sur un exemplaire de Lucrèce Borgia (ancienne Bibliothèque de Louis Barthou) :
Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée :
Le monde a sa pensée,
Moi, j’avais son amour
LXIX. Dernière Gerbe.



