L'Art d'être grand-père - Paris.fr
 

«« retour

Partager | Imprimer | A+ | A- | A=

L'appartement

Salle 6

Thèmes
L'Art d'être grand-père

Les deux petits-enfants du poète, Georges et Jeanne, forment le contrepoint heureux du décès de ses deux fils, Charles en 1871 puis François-Victor en 1873. Ce sont les enfants de Charles et d’Alice Lehaëne respectivement nés en 1868 et 1869.


L’écrivain est désormais seul avec eux. Madame Hugo s’est éteinte à Bruxelles en 1868 et sa seconde fille, Adèle, est internée à la maison de santé de Saint-Mandé.

Le recueil L’Art d’être grand-père est publié en 1877. Outre les poèmes consacrés à l’enfance à travers Georges et Jeanne, ce recueil propose d’autres thèmes tel l’anticléricalisme ou le scandale de la pauvreté chez les enfants. Mais la mémoire collective a choisi de retenir ces poèmes où Jeanne est souveraine :


Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S’indignèrent, et Jeanne a dit d’une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s’est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. A chaque instance
L’ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L’enfant n’a plus rien qui l’arrête.
Vous démolissez tout. – Et j’ai baissé la tête,
Et j’ai dit : - Je n’ai rien à répondre à cela,
J’ai tort. Oui, c’est avec ces indulgences-là
Qu’on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. – Jeanne alors, dans son coin noir,
M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l’autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.


L’Art d’être grand-père
. 1877. Poème VI, «Grand âge et bas âge mêlés».


Les enfants gâtés


En me voyant si peu redoutable aux enfants
Et si rêveur devant les marmots triomphants,
Les hommes sérieux froncent leurs sourcils mornes.
Un grand-père échappé passant toutes les bornes,
C’est moi. Triste, infini dans la paternité,
Je ne suis rien qu’un bon vieux sourire entêté.
Ces chers petits ! Je suis grand-père sans mesure ;
Je suis l’ancêtre aimant ces nains que l’aube azure,
Et regardant parfois la lune avec ennui,
Et la voulant pour eux, et même un peu pour lui ;
Pas raisonnable enfin. C’est terrible. Je règne
Mal, et je ne veux pas que mon peuple me craigne ;
Or, mon peuple, c’est Jeanne et Georges ; et moi, barbon,
Aïeul sans frein, ayant cette rage, être bon,
Je leur fais enjamber toutes les lois, et j’ose
Pousser aux attentats leur république rose. […]


L’Art d’être grand-père,
1877. Poème I, « Laus Puero ».

Mise à jour le : 26 octobre 2005
La carte de Paris - nouvelle fenêtre

La carte de Paris