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A+ | A- | A=Lettres de Balzac à Madame Hanska
Lettre de Balzac à Madame Hanska, Passy, le 10 avril 1842.
"[...]Faut-il donc vous répéter que depuis que j'ai eu votre cher portrait, je n'ai eu que lui sous les yeux en travaillant, et jamais personne n'ai entré dans l'endroit où je travaille, à moins que la divine image ne fut retirée, et que depuis que j'ai eu Wierzchownia mes yeux ont constamment embrassé ce paysage et vous ; en sorte que je n'ai pas ravaudé de phrase, cherché d'idée, ou trouvé de sujet, que ce ne soit dans vos yeux ou dans l'étang de W[ierzchownia].
A Passy, mon cabinet est tout tendu de velours rouge avec des cordons en soie noire, et vous ressortez sur ce fond riche, dans un cadre d'or sculpté comme une étoile que vous êtes. Wierzchownia est en face.[...]"
Lettres à Madame Hanska (1832-1844), Paris, Editions Robert Laffont, 1990 (Bouquins), p. 571
Lettre de Balzac à Madame Hanska, Passy, le 12 juillet 1842.
"[...]Vous me croyez fastueux et je suis l'homme le plus économe qui existe. Seulement, il y a des calculs que les imbéciles appellent du faste. Exemple : rue Cassini, j'ai acheté pour 1500 fr. de tapis en 1833, ils sont encore neufs et très beaux. On a crié au luxe. Ils couvrent 7 pièces. Depuis 10 ans si j'avais fait frotter mes pièces par un frotteur à 5 fr. par mois, j'aurais dépensé 600 francs dont il ne me resterait rien. Ils dureront encore 10 ans, et seront une magnificence dans une terre, eh ! bien j'aurai eu le luxe, là où un ménage économe aurait eu la pauvreté. Mon cabinet ici est tendu de velours, on a crié au luxe. Les gens qui crient au luxe mettent chez eux du papier à 10 francs le rouleau, un rouleau équivaut à 5 aunes d'étoffe, mon étoffe coûte 2 fr. 50 cent[imes]. Ils laissent leurs 10 francs au propriétaire, et moi j'emporte mes 12 fr. 50 cent[imes] quand je quitte mon appartement. Mais on dira que je me ruine en ameublements. Ici, la chambre de ma mère est tendue en perse qui a duré 10 ans rue Cassini, et qui durera encore 10 ans et qui coûtait 2 francs l'aune.[...]"
Lettres à Madame Hanska (1832-1844), Paris, Editions Robert Laffont, 1990 (Bouquins), p. 591
Lettre de Balzac à Madame Hanska, Passy, le 28 janvier 1844.
"[...]Ceci, ma chérie, a rempli ma journée. Impossible de faire quoi que ce soit. Vous avez fait le premier jour une seconde toilette, la robe était violette ! Vous ne savez pas, et je ne vous l'ai jamais dit ni écrit ; mais depuis ce jour, mon petit salon a été violet, j'ai aimé le violet, et il m'en reste une perse violette, une table couverte d'un drap violet et des torsades violettes qui sont des reliques pour moi ![...]"
Lettres à Madame Hanska (1832-1844), Paris, Editions Robert Laffont, 1990 (Bouquins), p. 795


