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Les personnages de La Comédie humaine dessinés par Charles Huard (1874-1965)
Les personnages
Ginevra di Piombo
"De toutes les jeunes filles venues jusqu'alors dans l'atelier de Servin, elle était la plus belle, la plus grande et la mieux faite. Sa démarche possédait un caractère de noblesse et de grâce qui commandait le respect. Sa figure empreinte d'intelligence semblait rayonner, tant y respirait cette animation particulière aux Corses et qui n'exclut point le calme. Ses longs cheveux, ses yeux et ses cils noirs exprimaient la passion. Quoique les coins de sa bouche se dessinassent mollement et que les lèvres fussent un peu trop fortes, il s'y peignait cette bonté que donne aux êtres forts la conscience de leur force. Par un singulier caprice de la nature, le charme de son visage se trouvait en quelque sorte démenti par un front de marbre où se peignait une fierté presque sauvage, où respiraient les moeurs de la Corse. Là était le seul lien qu'il y eût entre elle et son pays natal: dans tout le reste de sa personne, la simplicité, l'abandon des beautés lombardes séduisaient si bien qu'il fallait ne pas la voir pour lui causer la moindre peine.(...) Elle s'était refusée au mariage, par amour pour son père et sa mère, en se sentant nécessaire à leurs vieux jours. Son goût pour la peinture avait remplacé les passions qui agitent ordinairement les femmes."
La Vendetta, La Pléiade, tome I, p. 1046-1047
Fille de riches propriétaires des environs de Bastia, Ginevra quitte la Corse avec ses parents en 1800, car son père a tué les membres de la famille Porta par vengeance. De ce carnage, seul subsiste un fils, Luigi Porta, dont Ginevra tombe amoureuse et qu'elle l'épouse, contre la volonté de son père. Rapidement sans ressources, elle exploite ponctuellement ses dons de dessinatrice, cultivés dans un atelier à la fin de l'Empire, avant de mourir de faim avec son enfant en 1820.



