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Les dessinateurs de l'édition Furne de la Comédie Humaine
Les dessinateurs
Traviès de Villers
Charles-Joseph Traviès des Villers
né à Wulffling, canton de Zurich (Suisse), le 21 février 1804
mort à Paris le 13 août 1859
Traviès né en Suisse, se fait rapidement naturaliser français. Apôtre du Saint-Simonisme, il s'intéresse aussi aux théories de Fourier et se converti à l'Evadisme, nouvelle religion philanthropique fondée sur l'égalité des sexes.
Elève de François-Joseph Heim (1787-1865), il prend également des leçons à l'Ecole des Beaux-Arts et commence à exposer au salon de 1823 comme peintre de genre. Malgré les tentatives répétées de l'artiste, ses peintures ne seront jamais reconnues par la critique. Traviès expose tout de même aux différents salons entre 1848 et 1855, notamment une commande de l'Etat en 1853, Jésus et la Samaritaine.
Son travail d'illustrateur, également critiqué, est, par contre, très populaire. Au début de sa carrière, Traviès propose des dessins d'art industriels pour des tissus ou papiers peints. Puis, il se lance dans la caricature politique et collabore au côté de Charles Philipon à La Caricature (1831) et au Charivari. L'artiste est influencé par Nicolas-Toussaint Charlet et Jean Ignace Isidore Gérard dit Grandville qui deviendront ses amis. Traviès est le créateur du bossu Le Mayeux. Ce personnage prétentieux, farceur, licencieux incarne les défauts de la bourgeoisie et des représentants politiques. Les Petites affiches du Charivari de 1832 annoncent l'arrivée de ce type populaire : " Charge un peu graveleuse, mais très plaisante. " Le Mayeux fait l'objet d'une dizaine d'articles. Balzac écrit deux articles sur ce personnage pour La Caricature : "M. Mahieux au bal de l'Opéra", publié le 3 février 1831 sous le pseudonyme d'Alfred Coudreaux et "M. Mahieux en société", publié le 6 janvier 1831 sous le pseudonyme d'Eugène Moriseau. Plus de deux cents lithographies* d'après Traviès, Grandville, Daumier, Robillard et Delaporte (et de nombreux autres artistes) mettent en scène Le Mayeux. La popularité de la série du bossu est ainsi souvent comparée par les chercheurs à celle des Robert Macaire de Daumier. En 1839, Traviès réunit les deux personnages sur une même planche mais sa suite d'estampes sera un échec.
Après la loi du 9 septembre 1835, les caricatures politiques sont interdites. Traviès s'oriente vers les dessins de mœurs comme Daumier. Observateur des comportements populaires, des métiers ou du Paris pittoresque, il propose des types comme le Chiffonnier ou l'Ivrogne. L'artiste participe également à l'illustration du Journal pour Rire ou de La Sihouette. Dans la presse, il présente entre 1833 et 1846 des gravures sur bois* et entre 1822 et 1854 des lithographies. On compte parmi ces dernières un grand nombre d'épreuves coloriées*.
Les talents du dessinateur sont célébrés par Baudelaire : "Sa muse est une nymphe du faubourg, palotte et mélancolique. A travers toutes ses tergiversations, on suit partout un filon souterrain aux couleurs et au caractère assez notables. Traviès a un profond sentiment des joies et des douleurs du peuple ; il connaît la canaille à fond, et nous pouvons dire qu'il l'a aimée avec une tendre charité. C'est la raison pour laquelle ses Scènes bachiques resteront une œuvre remarquable. Ses chiffonniers d'ailleurs sont d'ailleurs généralement très ressemblants." (Curiosités esthétiques, Béraldi, p.152)
L'artiste travaille pour Les Français peints par eux-mêmes (1840-1842) et propose surtout des planches de vignettes pour Les Physiologies (1840-1842). Il réalise notamment le Buveur, le Chicard, les Demoiselles de magasin, la Femme honnête, le Goût et l'Usurier.
C'est sans doute grâce à ses contributions dans la presse qu'il rencontre Balzac et qu'il commence à illustrer ses romans. Pour l'édition Furne, Traviès ne participe qu'au tome III (1842). Quichon est l'unique graveur avec lequel l'artiste travaille. Seules quatre gravures sur bois sur les cent seize illustrations de cette édition portent la signature de Traviès. Elles correspondent assez bien aux "types" que l'artiste crée habituellement.
La Maison de Balzac conserve une lithographie de Traviès tirée du Charivari (25 juillet 1845) représentant un couple de rentiers devant une enseigne qui annonce : "Comme on dîne à Paris. Une trouvaille difficile. Pension bourgeoise des deux sexes", formule que l'on trouve dans Le Père Goriot à propos de la pension Vauquer.
Son frère cadet, Edouard Traviès, peintre d'oiseaux et d'insectes a également fait quelques lithographies dans ce même genre. Charles Joseph Traviès de Villers a réalisé quatre dessins pour l'édition Furne de La Comédie humaine.
Liste des oeuvres de Charles Joseph Traviès de Villers conservées à La Maison de Balzac (recensement en cours)
- Fonds graphique :
"Comme on dîne à Paris. Une trouvaille difficile. Pension bourgeoise des deux sexes", Le Charivari, 25 juillet 1845 [inv.399].



