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Partager sur Facebook | Partager sur Twiter | Partager | Imprimer | A+ | A- | A=Histoire de l’eau

Flicker - Razmataz
[14/11/2011]

L'eau à Paris est une histoire au long cours ! La Seine est au cœur de notre ville : Paris est née et s'est développée avec l'eau. Découvrez l'histoire passionnante de l'eau et de l'assainissement à Paris.

 Dans l'Antiquité...

 

Population de Paris : 8 000 habitants. La ville comprend l'île de la Cité et l'ouest de l'actuel 5e arrondissement.

L'eau est directement puisée dans la Seine ou ses affluents (la Bièvre sur la rive gauche).

 

Au cours des IIIe et IVe siècles, les Gallo-Romains construisent l'aqueduc d'Arcueil, qui transporte l'eau des sources de Rungis pour alimenter les thermes publics de Lutèce. On peut encore, aujourd'hui, admirer ces thermes, qui abritent le musée national du Moyen-Age.

 

En l'absence d'égouts, les eaux usées sont rejetées à la rue. Les terres jouent donc le rôle de filtre naturel. Néanmoins, la faiblesse de la population évite la pollution.



 

 Le Moyen Age ( 476-1453)

 

Après une période de décadence liée aux invasions normandes, on assiste à un essor démographique : la population est alors évaluée à 100 000 ou 150 000 habitants. La ville se développe surtout sur la rive droite, en particulier dans les quartiers du Louvre, des Halles et du Marais. En 1190, Philippe Auguste l'enserre dans un rempart fortifié, rapidement débordé. La rive gauche devient le quartier des étudiants.

 

A titre d'œuvre pieuse, les religieux prennent en charge la construction d'aqueducs et de fontaines. A la fin du XIIe siècle, deux nouveaux aqueducs sont construits :


· Aqueduc du Pré-Saint-Gervais : construit par les religieux du Prieuré des Hospitaliers à l'emplacement du carrefour actuel du boulevard Magenta et de la rue du Faubourg Saint-Martin.
· Aqueduc de Belleville : construit par les religieux de l'Abbaye de Saint-Martin des Champs, à l'emplacement de l'actuel conservatoire des Arts et Métiers.

 

Ces adductions alimentent pour la première fois plusieurs fontaines publiques. Paris compte alors 18 fontaines, dont une seule sur la rive gauche. Les plus célèbres sont la Fontaine des Halles (ou du Pilori), la Fontaine des Innocents et la Fontaine Maubuée (ou Mauvaise lessive).

 

Cependant, le ravitaillement demeure étroitement tributaire du fleuve et des puits . Il existe une corporation de porteurs d'eau, active jusqu'à la fin du XIXe siècle, qui approvisionne les maisons en eau de Seine. De même, on recueille l'eau de pluie.

En l'absence de système d'assainissement, l'insalubrité s'installe.

 

Pendant des siècles, l'écoulement des eaux sales se fait par simple ruissellement. Les eaux ménagères sont déversées dans les rues - dont quelques unes seulement sont pavées - et s'accumulent pour former des mares putrides et des bourbiers. Les citoyens prennent conscience de la nécessité d'évacuer les immondices hors de la ville, sans pourtant faire le lien avec les redoutables épidémies qui sévissent régulièrement.


Il faut ouvrir des fossés à ciel ouvert pour évacuer les eaux : ce sont les premiers égouts. L'air de Paris est chargé d'odeurs pestilentielles, les rues sont envahies par la boue. En 1370, sous Charles V, Hugues Aubriot, prévôt des marchands, fait construire le premier égout couvert rue Montmartre.

 

 De la Renaissance à la Révolution

 

La population passe de 200 000 à 600 000 habitants et la ville s'étend sur 3 370 ha au XVIIIe siècle. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, il n'existait pas de service public distribuant de l'eau. Les moyens d'alimentation en eau restent proches de ceux du Moyen-Age : les particuliers s'alimentaient à partir de puits et de fontaines ou grâce aux porteurs d'eau.En revanche, les techniques évoluent. Les premiers égouts sont construits.

 

Pour répondre à des besoins sans cesse croissants, Henri IV donne une vigoureuse impulsion à l'amélioration de l'alimentation en eau de la ville et fait construire sur la Seine la pompe hydraulique (c'est-à-dire mue par le fleuve) dite de la Samaritaine (1608). C'est un ensemble de quatre pompes à pistons entraînés par une roue hydraulique. Accolée au Pont-Neuf, elle a un débit de 700 m3 d'eau/jour, destinés au Louvre, au jardin des Tuileries et à quelques fontaines publiques.

 

Marie de Médicis, sa veuve, fait réaliser l'aqueduc de Rungis (1623). Son tracé est sensiblement le même que l'ancien aqueduc d'Arcueil, et son débit est de 500 à 1 000 m3/jour. Il alimente le Palais du Luxembourg et 14 fontaines publiques.

 

Louis XIV fait installer la pompe hydraulique du Pont Notre-Dame (1671).

 

C'est à partir de 1782 qu'apparaît le premier service public et commercial de distribution de l'eau à domicile exploité par les frères Perier : ceux-ci furent autorisés, par lettres patentes de Louis XVI du 7 février 1777, à créer une société par action chargée d'établir à ses frais des " pompes à feu ", des réservoirs et un réseau de conduites en fonte permettant de distribuer l'eau à titre onéreux chez les particuliers qui souscrivaient un abonnement. Ce réseau alimentait les quartiers de Chaillot sur la rive droite et le quartier du Gros Caillou (actuel quai d'Orsay) sur la rive gauche. Ces pompes fournissaient respectivement 4 100 et 1 300 m3 d'eau par jour.

 

 

Les avancées en matière d'assainissement demeurent timides. Afin de lutter contre une insalubrité croissante, François Ier impose les fosses sous immeuble. La corporation des " maîtres Fifi " a pour tâche de vider ces fosses et de transporter leur contenu vers les fossés d'enceinte.

 

Quelques égouts sont construits : Paris en compte 24 à la fin du règne de Louis XIII (1643). Obstrués par des boues épaisses et encombrés d'immondices, ils empestent le voisinage. Sur la rive gauche, les eaux usées sont canalisées sur la rivière Bièvre qui joue le rôle d'égout. L'engorgement de l'égout Moustard (Mouffetard) est tel que les eaux qu'il reçoit refluent jusqu'au carrefour de la rue de Lourcine (Broca).

 

Dès le début du règne de Louis XIV commencent les travaux du grand égout de ceinture. A la fin du règne de Louis XVI, les égouts parisiens mesurent 26 km. Le réseau ne cesse de s'étendre, mais toutes les eaux usées se jettent en Seine, en plein Paris, où est puisée l'eau consommée. Les rues de Paris demeurent sales, et la qualité de l'eau se dégrade.

 

 Le XIXe siècle

 

On assiste au XIXe siècle à une hausse significative et brutale de la population due à l'amélioration générale de l'état sanitaire et de l'alimentation. De plus, vers la moitié du siècle, s'amorce le phénomène d'exode rural. Paris passe d'environ 650 000 habitants à près de 2 millions.

 

Les besoins en eau ne cessent de croître. Par arrêté consulaire du 6 Prairial an XI (25 mai 1803) et décret organique du 4 septembre 1807, le Service des Eaux qui comportait les Eaux de Paris (adductions de Belleville et du Pré-Saint-Gervais) et les Eaux du Roi (adduction de Rungis, pompes hydrauliques et pompes à vapeur) devient entièrement municipal.

 

Napoléon Ier décide en 1805 la réalisation d'un projet plus important : amener à Paris, par un canal, une partie des eaux de l'Ourcq, affluent de la Marne. Ce canal, achevé en 1822, représente un apport de 100 000 m3/jour pour le Service des Eaux, permettant ainsi à la Ville de Paris de disposer pour son alimentation de 800 000 m3 d'eau par jour. Suivent le canal Saint-Denis, mis en service en 1821, et le canal Saint-Martin (1825).

 

Mais si les besoins quantitatifs des Parisiens sont satisfaits, la qualité de l'eau distribuée est mauvaise et provoque de nombreuses épidémies. Ainsi, l'épidémie de choléra de 1832 qui décime la population parisienne doit être mis en relation avec le caractère insalubre des eaux de surface (Seine et Ourcq) et des eaux de la nappe phréatique, à laquelle les Parisiens ont recours par de nombreux puits.

 

En 1841, le premier puits artésien est foré à l'emplacement de l'abattoir de Grenelle (au carrefour des actuelles rues Valentin Haüy et Bouchut). Le puits de Grenelle capte l'eau à 550 mètres de profondeur, mais des problèmes de qualité de l'eau, de pression et d'ensablement le font peu à peu tomber en désuétude, et il est finalement comblé. D'autres puits du même type sont construits à Passy (1861), Hébert (1888), la Butte aux Cailles (1904), Blomet (1926).

 

Après l'Empire et la Restauration, le rythme de construction des égouts va s'accélérer Alors qu'on a construit en quatre siècles moins de 30 km d'égouts, 1 km par an est édifié entre 1824 et 1831, et 8 km par an entre 1832 et 1836. L'assainissement reste toutefois insuffisant. Une politique de grands travaux s'impose.


Au milieu du XIXe siècle, grâce au préfet Haussmann et à l'ingénieur Belgrand, Paris se dote des équipements et des services municipaux indispensables.


En 1854, le Préfet de la Seine Haussmann et le Directeur du Service des Eaux, l'ingénieur Belgrand, appuyés par Napoléon III, établissent et font approuver par le Conseil Municipal un programme d'alimentation en eau de Paris et d'évacuation des eaux usées dont la réalisation va s'échelonner jusqu'en 1924.

 

Pour assurer l'alimentation de Paris en eau, Belgrand décide la création de deux réseaux d'alimentation en eau indépendants:


- l'un destiné à l'alimentation des habitants
- l'autre, d'eau non potable, destiné à l'entretien des voies publiques et alimenté par l'eau de l'Ourcq et de la Seine

 

Deux types de mesures sont pris dans le but d'améliorer la qualité de l'eau :


· la recherche d'eaux de source dans le bassin parisien, leur captage et leur amenée vers Paris dans des aqueducs fermés, à l'abri des pollutions
· la filtration lente sur sable des eaux de Seine et Marne prélevées en amont de Paris. Deux établissements filtrants furent réalisés dans les premières années : Ivry-sur-Seine (1900) et Joinville (anciennement dénommée Saint-Maur) (1896), soit 600 000 m3 par jour jusqu'en 1960.

 

Des réservoirs sont construits aux altitudes convenables pour alimenter en pression tous les étages des immeubles dans Paris. L'eau consommée par les particuliers est payée à la Ville.

 

En savoir plus…

 

1860 : rattachement à Paris des communes périphériques (Passy, Auteuil, Grenelle, Belleville). Le service commercial des canaux est confié à la Compagnie Générale des Eaux.

1865 : mise en service de l'aqueduc de la Dhuis et du réservoir de Ménilmontant.

1874 : mise en service de l'aqueduc de la Vanne et du réservoir de Montsouris.

1889 : mise en service du réservoir de Montmartre.

1893 : mise en service de l'aqueduc de l'Avre.

 

 

 

En matière d'évacuation des eaux usées, Belgrand fait prévaloir une conception totalement nouvelle qui consiste à rejeter les eaux usées loin en aval de la ville. Autre révolution, chaque rue est dotée d'un égout.

Ainsi débute la construction d'un réseau d'égouts unique au monde: des égouts élémentaires se jettent dans des collecteurs secondaires qui rejoignent les collecteurs principaux.

 

Le réseau d'égouts est réalisé selon les principes suivants :


· il est unitaire, c'est-à-dire qu'il reçoit à la fois les eaux pluviales et les eaux usées
· il est entièrement visitable dans la mesure où ses dimensions permettent à un homme de stature moyenne (inférieure à 1,80 m) d'y circuler aisément
· il est gravitaire car il utilise la pente naturelle de bassin parisien pour obtenir l'écoulement des eaux usées vers le nord-ouest de Paris ; des usines de pompage relèvent les eaux des quartiers bas de Paris situés à une altitude trop faible pour intégrer ce système.

 

Belgrand met également au point les outils de curage des ouvrages : bateaux et wagons-vannes, réservoirs de chasse, bassins de dessablement

 

Le réseau évolue rapidement : 620 km en 1878, 964 km en 1894. Parallèlement, des mesures sont prises pour organiser l'évacuation des eaux usées des habitations :


· raccordement obligatoire des immeubles à l'égout pour les eaux de cuisine (1852)
· loi du Tout à l'égout permettant l'évacuation de toutes les eaux usées à l'égout, supprimant ainsi les fosses d'aisance (1894).

 

Dans un premier temps, les eaux polluées sont rejetées en Seine à l'aval de Clichy, chassant les riverains. Par la suite, la Ville de Paris aménage dans les secteurs de Gennevilliers puis d'Achères de vastes terrains d'épandage où les eaux des égouts irriguent des terres sablonneuses en même temps qu'elles s'épurent avant de rejoindre le fleuve par des ouvrages de drainage.


Depuis, la maîtrise de l'eau et de l'assainissement est une préoccupation constante de la Ville de Paris.

 

  Du XXème siècle à aujourd'hui

 

Paris s'inscrit dans l'agglomération parisienne dont la superficie est de 12 012 km2. Le tissu urbain est très dense : Paris et sa couronne comptent 10 millions d'habitants, la plus forte densité de France (+200h/km2).

 

Pour répondre à l'évolution de l'hygiène et à l'augmentation de la population, de nouvelles sources sont encore captées au XXe siècle. 48 sources réparties autour de Paris fournissent 50% de l'alimentation générale, le reste provenant des eaux de la Seine et de la Marne, filtrées dans les usines de Joinville, Orly, Ivry…

 

Des changements dans les conditions de vie naissent de nouveaux besoins en assainissement. Dès 1929, un schéma d'assainissement général du département de la Seine est mis en place. Echelonné sur 50 ans, il est déclaré d'utilité publique en 1935 : c'est l'ère de l'épuration industrielle. L'objectif est de transporter toutes les eaux usées de Paris vers la station d'Achères au moyen de quatre grands émissaires d'une longueur totale de 120 km et d'un diamètre intérieur de 4 m. Le site d'Achères s'est fortement développé : à la fin des années 70, il est l'un des plus importants d'Europe. Il peut traiter plus de 2 millions de m3 d'eaux usées par jour. Ce programme a été progressivement réactualisé : modernisation des installations d'Achères et de Noisy-le-Grand, petite station en amont, construction d'une nouvelle usine à Valenton et agrandissement de l'installation expérimentale de Colombes.

 

  En savoir plus…

 

1900 : mise en service de l'aqueduc du Loing. Mise en service de l'établissement filtrant d'Ivry.

1925 : mise en service de l'aqueduc de la Voulzie.

1935 : création du Service de Contrôle des Eaux de la Ville de Paris.

1936 : création du captage complémentaire des Val d'Yonne. Celui-ci permet d'augmenter progressivement la capacité de production des établissements filtrants de Joinville et d'Ivry.

1950 : mise en service du Barrage Panessière-Chaumard.

1953/1957 : création de captage complémentaire dit des Vals de Seine : 50 000 m3/jour.

1965/1969 : construction de l'usine de traitement d'eau de Seine d'Orly : 300 000 m3/jour.

1966 : mise en service du Barrage Seine.

1968/1975 : création de captages complémentaires de Vert-en-Drouais et Montreuil : 50 000 m3/jour.

1969 : création de l'Institution Interdépartementale des Barrages Réservoirs du Bassin de la Seine (IIBRBS). Cette entente interdépartementale, regroupant la Ville de Paris et les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine Saint-Denis et du Val-de-Marne, a pour mission de gérer et construire des barrages réservoirs en amont de la région parisienne afin de réguler le cours de la Seine.

1974 : mise en service du Barrage Marne.

1979 : mise en service de la station-pilote de Joinville.

1983 : mise en service du Port de l'Arsenal.

1994: inauguration de l'usine d'Ivry rénovée et de la nouvelle usine d'eau non potable d'Austerlitz.

1998: mise en service de l'usine d'eau potable de Joinville-le-Pont


La mise en service de trois nouveaux champs captants de Sens (1963), Montereau (1960) et Dreux (1927) a bénéficié du faible coût d'utilisation de l'énergie électrique. En 1955, après la réparation des dommages de guerre, les capacités de production étaient les suivantes :


- 280000 à 450000 m3/ jour (selon les saisons) d'eau de source
- 450000 m3/jour d'eau de Seine et de Marne
- environ 500000 m3/jour d'eau non potable.


Depuis, la capacité de production n'a cessé d'augmenter par la réalisation de grands travaux.

 

Le dispositif de gestion du service en régie directe a été maintenu jusqu'au 31 décembre 1984. Au 1er janvier 1985, la Municipalité a délégué la gestion de la distribution de l'eau potable et non potable à deux sociétés privées :
- la Compagnie des Eaux de Paris pour la rive droite de la Seine
- la Société Parisienne des Eaux (intégrée au groupe Eau et Force en 1992) pour la rive gauche.

De plus, la nécessité d'engager rapidement un programme de modernisation et de renforcement des moyens de production et de transport des eaux a conduit à la création en février 1987 d'une société d'économie mixte : la Société Anonyme de Gestion des Eaux de Paris (SAGEP).

 

Cette délégation à des opérateurs privés prend fin le 1er janvier 2010 avec la création d'un service public confié à un opérateur unique, EAU DE PARIS.

 

 

 

 

 

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