Monsieur le Ministre,
Je souhaite, par ce courrier, revenir sur l’organisation, le déroulement et la réaction des forces de l’ordre lors de la manifestation qui a eu lieu le samedi 8 octobre devant le siège de « l’église de scientologie », 7, rue Jules César 75012 PARIS. Cette manifestation a eu lieu à l’instigation d’élus parisiens de toutes les formations politiques représentées au Conseil de Paris et participant au Comité de pilotage de lutte contre les dérives sectaires, mis en place par Bertrand DELANOE, Maire de Paris, et que je préside.
Notre volonté était de manifester devant le siège de « l’église de scientologie » afin de montrer la vigilance des élus parisiens à l’encontre de la dangerosité des mouvements sectaires et d’alerter nos concitoyens sur la présence de ce type de lieux.
Or, avant l’heure de la manifestation, il a été signalé à un de nos collaborateurs présents sur place que les élus ne pourraient pas pénétrer dans la rue Jules César mais seraient relégués à l’angle de la rue Jules César et du boulevard de la Bastille. Au même moment et pendant toute la durée de la manifestation, seuls les contre-manifestants ont eu le droit d’aller et venir sur la voie publique, et non les élus du suffrage universel.
Si je suis consciente de la configuration exiguë des lieux et de la nécessaire protection des manifestants et des contre-manifestants, nous ne nous expliquons pas pourquoi les élus présents ont été empêchés de manifester sur la voie publique, avant que plusieurs contacts avec Monsieur Pierre MUTZ, Préfet de Police, puissent faire évoluer la situation.
Par ailleurs, je tiens tout particulièrement à signaler que les forces de l’ordre présentes ne nous ont laissé exercer notre droit à manifester qu’« à nos risques et périls » selon leur propre dire. Et, effectivement, lorsque nous avons traversé la rue Jules César, les scientologues ont infiltré notre manifestation.
Ceci est un manquement aux principes républicains. Les forces de l’ordre auraient dû contenir la contre-manifestation plutôt que d’empêcher les élus d’accomplir leur mandat. Mais peut-être considérez-vous les élus plus dangereux que la scientologie : c’est malheureusement la fâcheuse impression qui nous a été donnée.
« L’église de scientologie » n’est pas une église mais bien un mouvement sectaire. Nous ne souhaitons donc pas la banalisation de ces mouvements qui vont à l’encontre de la liberté des personnes et sont porteurs de dangers pour les fondements de notre République. L’ambiguïté à l’égard de ces mouvements ne nous paraît pas être la bonne stratégie. Chacun doit assumer clairement sa position. Si vous considérez que « l’église de scientologie » s’apparente à une religion et non à une secte, il est nécessaire d’assumer publiquement cette position pour que le débat public et politique s’engage dans le respect de la démocratie et de nos concitoyens.
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de ma haute considération.
Anne HIDALGO
Monsieur Nicolas SARKOZY
Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement
du Territoire
Place Beauvau
75008 PARIS