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DISCOURS

Inauguration du mur des Justes

15/06/2006

Mesdames et Messieurs les survivants de la Shoah,

Mesdames et Messieurs reconnus « Justes parmi les Nations »,

Messieurs les Premier ministre,

Monsieur  le ministre,

Monsieur le Président du Mémorial de la Shoah,

Chers amis,

 

En ce lieu imprégné par la force de l’Histoire, comment distinguer entre nos émotions ? L’horreur et la honte qui affluent, mais aussi une admiration inouïe, face à l’héroïsme des Justes.

Soixante ans déjà. Soixante ans, seulement. Une monstrueuse coalition de la haine et de l’indifférence, a arraché des millions d’êtres à l’affection des leurs, à cet humble écheveau de sentiments, de contraintes et de joies, qui font tout simplement la vie.

Ici, dans notre vieille Europe, ils furent traqués et condamnés à disparaître de la communauté humaine.

Car le dessein impitoyable de l’idéologie nazie consistait à détruire leur dignité en même temps qu’on les assassinait.

Par ce crime, c’est notre civilisation tout entière qui voyait s’effondrer les piliers de sa propre existence. Je veux parler de cet édifice patiemment construit, cet univers fécond inspiré des Lumières, auquel la mémoire du génocide oppose, désormais, le plus terrifiant des points d’interrogation.

Six millions d’enfants, de femmes et d’hommes exterminés, coupables d’être nés Juifs...

Depuis, le souvenir de ce peuple martyr nous hante, obsédant comme un remords, ardent comme une brûlure, présent comme une menace. Ils sont partis dans l’enfer des camps et aujourd’hui, ils nous observent de ce regard que décrivait Albert Cohen : « avec ces tristes yeux qui savent, ces yeux élargis par l’épouvante, ces yeux ouverts sur le néant ».

 

Ils sont morts, parce que la lâcheté et la collaboration ont été les instruments serviles du projet terrifiant de leurs bourreaux.

La France a alors perdu une part de son âme.  Complice de l’indicible, elle a livré ses propres enfants.

Elle les a abandonnés, eux qui avaient tant cru en elle. Cette France, où les Hommes, un jour, avaient déclaré que tous, naissent et demeurent libres et égaux. Cette France qui, avant tous les autres pays en Europe, avait dit aux Juifs, « Vous êtes des citoyens ! ».

 

Oui, c’est dans le Paris des trois grandes Révolutions et de la République que les Juifs, après avoir traîné leurs attentes, de ghetto en ghetto, de siècle en siècle, avaient enfin, selon le mot de l’abbé Grégoire, « reposé leurs têtes et séché leurs larmes ». Pourtant, ici, dans cette ville séculaire dont le nom exalte à lui seul l’idée même de Liberté, le pire s’est produit. Ce que les Justes ont évité à la France, c’est donc la perte intégrale de sa propre identité. Les Justes, c’est cette étincelle d’humanité au sein d’un monde plongé dans l’indifférence. Cette capacité, magistrale, à demeurer debout, dignes, lucides. Pourtant, en ces années de chaos, au milieu des brumes de la peur, comment discerner le bien du mal ? Peu à peu, quand l’hiver se prolonge, cauchemar insoutenable qui annihile les sens, durer, manger, dormir, suffisent à remplir tant d’existences. Dans cette quête épuisante, comment trouver alors un autre chemin que celui du renoncement ? Les Justes ont répondu. Ils savaient que l’épreuve trace toujours une frontière rigoureuse entre l’honneur et la honte.

Malgré les périls et la mort, omniprésente, ils ont choisi l’honneur. Dans le visage des Juifs persécutés, ils n’ont rien vu d’autre que la souffrance de leurs frères humains. Pour eux, ces êtres innocents, humiliés, brutalisés, incarnaient l’essence même de la condition humaine. Et le plus bouleversant dans les témoignages des Justes, c’est qu’ils considèrent toujours leurs actes, comme normaux, évidents.

 

En réalité, parce qu’ils ont tendu la main à celui qui chavire, entendu son cri, apaisé sa douleur, ils sont exceptionnels, sentinelles admirables de notre conscience collective.  Guidés par le refus de l’insupportable, les Justes ont permis que les trois quarts des Juifs de France fussent sauvés, alors que les trois quarts des Juifs d’Europe ont péri.

Après cette tragédie imprescriptible de la Shoah, plus que jamais, les Juifs ont  pensé que seule une terre, un refuge ultime, dessinerait pour eux les contours de l’avenir.

Nous savons désormais, avec Elie Wiesel, que « les Juifs peuvent vivre en-dehors d’Israël, mais qu’ils ne pourraient pas vivre sans Israël ». Et je suis heureux, Monsieur le Premier ministre, de pouvoir l’affirmer devant vous.

Les Justes, partout à travers le monde, ont permis que la diaspora ne se conçoive pas comme un exil. Ils sont la revanche de la faiblesse sur la barbarie.

Et le mur qui leur est dédié, forme désormais une constellation magnifique.

Tous ces noms, auxquels chacun de nous, est forcément redevable.

Parce qu’en sauvant une vie, c’est, pour paraphraser l’enseignement talmudique, l’humanité entière que les Justes ont sauvée.

 

Merci au Mémorial de la Shoah, merci, cher Eric de Rothschild, d’avoir su, ainsi, exprimer l’immensité de notre reconnaissance en donnant aux Justes, la place qui leur revient, ici même, dans ce lieu symbolique. Notre respect est à la mesure de la grandeur de leur âme et de leur courage.

Leur message nous donne cette force qui laisse intactes, les chances de la civilisation. Parce qu’il nous dit que chaque Homme, quand il sait puiser dans sa propre quintessence, révèle une promesse qui éclaire la vie…

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