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DISCOURS

Interview de Bertrand Delanoë au journal "La Tribune" le 27 mars 2006

30/03/2006

"Il s'est créé 24.000 entreprises à Paris en 2005"


Cinq ans après son élection, Bertrand Delanoë défend son bilan économique. Le maire de Paris met en avant l'aménagement de 10 % du territoire parisien. Il juge prioritaires deux secteurs : les services et les nouvelles technologies. Et confirme vouloir mener de grands projets avec les communes riveraines.



Les créations d'entreprises à Paris

Les créations d´entreprises à Paris


Vous venez de participer pour la première fois au Mipim (Marché international des professionnels de l'immobilier) à Cannes, où vous avez donné une conférence avec le maire de Londres sur l'attractivité des villes. Vous n'en voulez plus à Londres d'avoir été préférée à Paris pour l'organisation des jeux Olympiques de 2012 ?

- Je n'en ai jamais voulu à Ken Livingstone, le maire de Londres, qui est resté un ami très proche, y compris pendant cette compétition. Et je suis très content que Paris et Londres soient les deux villes les plus attractives du monde, comme le confirment toutes les études réalisées auprès des décideurs internationaux.

Votre présence au Mipim signifie-t-elle que vous comptez vous impliquer davantage dans la promotion de Paris ?
- Je m'y suis toujours impliqué, notamment au côté d'Europlace, pour la promotion de la place financière de Paris. Peut-être cet investissement est-il plus visible, mais il est constant depuis que je suis maire. Prenez le plan local d'urbanisme (PLU) que nous allons voter en juin, à l'issue d'un processus de trois ans conduit sous l'impulsion de Jean-Pierre Caffet, adjoint au maire chargé de l'urbanisme : nous favorisons la création d'activités économiques à l'est de Paris, avec un potentiel de plus de 2 millions de mètres carrés constructibles. La promotion de Paris à l'étranger mobilise aussi une bonne part de mon temps, puisque je copréside la plus grande organisation internationale regroupant des collectivités territoriales. Et prochainement, à San Francisco puis à Montréal, je rencontrerai de grands opérateurs de la vie économique, qui interviennent notamment dans les nouvelles technologies.
Quels sont les atouts de Paris que vous faites valoir auprès des investisseurs ?
- Nous réaménageons 940 hectares, soit 10 % du territoire parisien, qui donnent lieu à des opérations d'urbanisme d'envergure. C'est là un potentiel extraordinaire pour les investisseurs. Notre démarche consiste également à développer des projets d'aménagement communs avec nos voisins. Je n'en prends qu'un exemple. Nous sommes propriétaires de 9 hectares à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Nous pourrions les vendre à cette ville. Mais avec l'équipe municipale de Saint-Ouen, nous avons plutôt décidé de les aménager ensemble, afin d'offrir des activités économiques, des espaces verts, des équipements publics et des logements aux habitants de Saint-Ouen et de Paris. Car il est clair que nous ne pourrons pas concrétiser notre ambition économique si nous nous enfermons dans nos 105 kilomètres carrés. Cette volonté de retisser des liens au sein de l'agglomération s'exprime aussi dans des projets comme la couverture du périphérique, porte des Lilas, porte de Vanves ou porte de Champerret, si l'État tient ses engagements.
En quoi votre approche du développement économique est-elle différente de celle de vos prédécesseurs ?
- Au cours des vingt-quatre ans où le RPR a dirigé Paris, notre ville a perdu 171.000 habitants, dont 26.500 entre 1990 et 1999. Et sur cette dernière période, 130.000 emplois ont disparu. Or, depuis quatre ans, la ville a regagné près de 20.000 habitants. Quant au chômage, il y est en diminution constante depuis octobre 2003 : en 2005, la baisse a même été de 12 %, contre seulement 5 % au niveau national. Nos choix d'urbanisme depuis cinq ans visent précisément à servir cette dynamique pour les habitants, le logement et l'activité économique.
Votre objectif est de retrouver d'ici à 2010-2015 le niveau d'emploi qui prévalait en 1990 ?
- Je l'espère ! Car je souhaite que les Parisiens qui le veulent puissent rester chez eux. Ce qui implique une vraie volonté pour l'emploi, même s'il ne s'agit pas là de notre compétence propre. Nous entendons d'ailleurs, avec Christian Sautter, adjoint au maire chargé des finances et du développement économique, développer des rendez-vous comme Paris pour l'emploi, qui permettent de faire bouger les lignes : la dernière édition, en octobre, a permis plus de 5.300 embauches, dont 63 % en CDI.
Sur quels secteurs d'activités comptez-vous vous appuyer pour favoriser le développement économique de Paris ?
- D'abord sur les services et sur les nouvelles technologies. Paris est partenaire dans trois pôles de compétitivité : Systematic, dans le domaine de l'électronique et des logiciels, Meditech santé, dans celui de l'innovation thérapeutique et des biotechnologies, enfin Image multimédia et vie numérique qui porte sur les nouveaux contenus multimédias. S'y ajoutent le bâtiment et le tourisme, deux domaines dans lesquels les entrepreneurs parisiens ont souvent du mal à trouver les salariés dont ils ont besoin. Avec eux, nous tentons donc d'améliorer à la fois les formations et l'information.
L'Île-de-France concentre à peu près la moitié de la recherche publique et privée nationale. Malgré tout, elle perd du terrain dans les hautes technologies. Vous allez inaugurer un Bio Park, le premier du genre à Paris. N'est-ce pas un peu tard ?
- Un projet de cette ampleur exige du temps. D'ailleurs, si la précédente équipe municipale s'en était préoccupée, nous n'aurions pas eu à partir de presque rien. À Paris, la surface consacrée aux pépinières d'entreprises - dont les nouvelles technologies - est passée de 5.000 mètres carrés en 2001 à 40.000 mètres carrés fin 2006. Paris Bio Park, ce sont 18.000 mètres carrés qui ouvriront dès septembre, mais dont 35 % sont déjà réservés, ce qui confirme l'attractivité de ce site.
Le départ de grandes entreprises de Paris se poursuit. Outre les emplois perdus, cela fait moins de rentrées de taxe professionnelle (- 220 millions d'euros entre 2000 et 2005). N'est-ce pas inquiétant pour les finances de la ville ?
- Bien sûr, il faut être vigilant, mais tout est question d'équilibre. Car pendant que des sièges sociaux s'installent en proche banlieue, beaucoup d'entreprises, et donc d'emplois, se créent dans la capitale. Je vous rappelle que la création nette d'entreprises y a été de plus de 24.000 en 2005. Et en janvier 2006, le greffe de Paris a annoncé une hausse de 12,5 % du nombre de ces créations par rapport à janvier 2005. En outre, quand Bouygues ou Merck installent leur siège chez nous, c'est aussi la preuve d'une dynamique.
Les droits de mutation immobiliers sont en plein boom. N'y a-t-il pas un risque énorme pour les finances de la ville, en cas de retournement du marché immobilier ?
- Effectivement. J'étais élu d'opposition en 1992, quand le retournement du marché immobilier a eu des effets catastrophiques pour les finances de la ville. À l'époque, Paris a emprunté, non pour investir, mais pour financer des déficits. Depuis 2001, les droits de mutation nous ont permis de développer une politique de solidarité sans précédent, avec une hausse de 70 % pour les dépenses sociales, d'insertion et de formation. Ils ont également contribué à notre action dédiée au logement, notamment en alimentant le compte foncier pour acquérir des terrains et des immeubles. Mais on ne dessine pas des perspectives budgétaires à cinq-dix ans, sur ces droits de mutation. Avec Christian Sautter, nous veillons donc à ce que nos prévisions de fiscalité immobilière soient très prudentes : elles reposent toujours sur la moyenne des dix dernières années.
Vous êtes en mesure de tenir votre promesse de laisser inchangés les taux des impôts locaux durant cette mandature. Vous avez annoncé que, si vous étiez réélu, vous les augmenteriez. Comment comptez-vous procéder ?
- D'abord, oui, nous tiendrons cet engagement pris devant les Parisiens. Ce n'est pas par esprit d'orthodoxie, mais parce que, sous les quatre précédentes mandatures, les impôts avaient systématiquement augmenté, par exemple de 7,2 % entre 1995 et 2000. Il fallait donc impulser une nouvelle manière de gérer l'argent public, en réalisant notamment de vraies économies sur le train de vie de la ville. Nous avons mis en place une politique d'achats performante, modernisé nos méthodes et nos outils de gestion. À la fin de ce mandat, il me semble que le chef de file de la gauche, quel qu'il soit, devrait dire clairement aux électeurs de combien et selon quel calendrier une hausse maîtrisée de l'impôt pourrait s'effectuer pendant la mandature suivante. En veillant, bien sûr, à ce que cette démarche serve en priorité l'investissement et la solidarité.
Propos recueillis par Pascal Gateaud et Stéphanie Tisserond

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