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DISCOURS

Visite d’état de leurs Majestés le Roi et la Reine d’Espagne, Juan Carlos 1er et Sofia

29/03/2006

Sire, Madame,

 

Paris ressent aujourd'hui un immense honneur et une joie profonde en vous accueillant. Permettez-moi, au nom des Parisiennes et des Parisiens, et en mon nom personnel, de vous souhaiter la plus chaleureuse des bienvenues.

Sachez à quel point nous sommes conscients de recevoir en ce lieu un chef d’Etat qui a si profondément marqué l’histoire de notre continent.


Car, il y a plus de trois décennies, l’espoir de tout un peuple s’en remettait à vous pour décider du destin de l’Espagne. D’emblée, vous avez inscrit votre action sous le signe de la démocratie, avec la volonté - je vous cite - « d’assurer à tous les Espagnols l’exercice effectif de toutes les libertés. »


Votre clairvoyance allait ainsi permettre à votre pays, de retrouver la voie de la paix, du progrès et du pluralisme.

Depuis lors, vous incarnez la permanence de l’unité de l’Espagne. Et dans les épreuves les plus intenses - qu'il s'agisse de la tentative de coup d’Etat en 1981 ou des récents et tragiques attentats de Madrid - c’est autour de vous que le peuple d’Espagne et les dirigeants politiques se sont spontanément rassemblés.


Parce vous symbolisez à la fois un héritage prestigieux et un présent dynamique, vous êtes devenu, conformément à vos propres vœux, le Roi et la Reine de l'Espagne tout entière. Terre féconde où se sont entremêlées des influences grecques, latines, maures et séfarades, celle-ci témoigne à elle seule de l'Histoire fascinante de notre continent.


Fidèle à ces racines essentielles, vous avez été un artisan passionné de la construction européenne. L’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne, en 1986, a contribué à stabiliser votre jeune démocratie. Elle a également affirmé aux yeux du monde le sens même du projet européen, autour des idéaux de solidarité, de respect des différences et de prospérité partagée.

A ce titre, comment ne pas évoquer, Madame, votre démarche, votre culture et votre sensibilité, si intrinsèquement européennes ?

Vous dont les origines sont en Grèce, avez su devenir pleinement Espagnole.

 

Je vois d'ailleurs dans votre engagement pour la santé, la promotion des arts, la solidarité internationale, autant de raisons de ne jamais renoncer à poursuivre ensemble le renforcement de l'Europe. Et dans cette perspective qui appelle à la fois courage et pugnacité, nos deux pays ont assurément un rôle à jouer.

L’histoire commune de l’Espagne et de la France est ancienne. Elle puise sa source dans cet écho magnifique qu'engendre la rencontre de nos deux civilisations.

 

Dans le domaine culturel en particulier, c’est d’Espagne que viennent au Moyen Age les écrits de Platon et d’Aristote, mais également l’enseignement des philosophies d’Averroès et de Maïmonide, traduites par les moines de Tolède.

 

Autant de richesses qui ont apporté aux étudiants français la densité de leurs connaissances, l’humilité de leurs savoirs, l’universalité de la tolérance.


Par la suite, combien de liens si puissants ont uni nos peuples ? Ainsi les tableaux de Murillo, Vélasquez ou Goya, les textes de Cervantès ou Gongora ont inspiré les grandes figures de la Renaissance et des Lumières.

Au 20ème siècle, nombre d’artistes espagnols choisissent Paris comme lieu d'inspiration et d'expression : Picasso, Juan Gris, Miro, Dali, Palazuelo, Bunuel, et tant d’autres. Pendant la Guerre d’Espagne, notre capitale devient pour beaucoup un refuge, avant qu’à son tour notre pays n'affronte des heures insoutenables.

 

Paris n’oubliera d'ailleurs jamais qu’au soir du 24 août 1944, les combattants espagnols de la colonne Dronne vinrent se battre dans nos rues pour délivrer notre cité et lui rendre la liberté dont elle était privée. Qu’il me soit permis de vous dire à nouveau toute notre reconnaissance.

Dans la période contemporaine, l’Espagne connaîtra à son tour ce souffle magique que procure le retour à la démocratie. Cette renaissance coïncide avec l'explosion de la Movida, ce mouvement culturel si atypique qui surprend le monde et irrigue largement l'univers de la musique et du cinéma. Ce réveil à la création, si longtemps contenu, nous exhorte à inventer ensemble une suite stimulante, dominée par l'audace et la solidarité.

 

Ainsi, je vois des perspectives très prometteuses dans la volonté commune qu'expriment nos pays de développer leurs relations avec la rive Sud de la Méditerranée, et de mettre cette mer au cœur d’une dynamique vivante de partage et de co-développement.

A l'échelle de nos villes, Madrid et Paris sont également liées par un accord d’amitié et de coopération. L'Histoire récente a d'ailleurs éprouvé cette fraternité entre nos deux cités. Après les attentats tragiques qui ont ensanglanté votre capitale, le 11 mars 2004, j'ai tenu - avec ma première adjointe, Anne Hidalgo, qui possède la double nationalité espagnole et française - à être présent aux côtés de son maire Alberto Ruiz-Gallardon, pour dire la colère, la tristesse et la solidarité de Paris.


Jamais je n'oublierai cet impressionnant cortège dans les rues de Madrid, sous une pluie battante. Une foule compacte qui disait non au terrorisme, non à la peur programmée par ces lâches serviteurs de l'obscurantisme. Dans ces moments d'extrême gravité, le besoin d'Europe s'impose à chaque conscience et c'est assurément l'une des évidences que je retiens de ce choc collectif. La vie des hommes étant ainsi faite, la beauté et l'espoir doivent reprendre leurs droits. Alors, comment ne pas mentionner ici la Nuit Blanche qui connaîtra sa première édition madrilène, le 23 septembre prochain ?

 

Avec Barcelone aussi, les liens sont très féconds. Joan Clos, son maire est un ami proche, et nous l'avons soutenu pour qu'il accueille le siège de la grande association Cités et Gouvernements locaux Unis. J'ajoute Sire, puisque votre goût pour le sport est connu de tous, que nous avons également travaillé de concert pour relancer le Marathon de Barcelone qui s'est tenu ce dimanche.

Mais Paris se nourrit aussi de l'apport puissant des enfants de l'Espagne qui à l'image d'un Jorge Semprun, font battre son cœur et servent intensément sa vitalité.  Paris n’est pas une juxtaposition de communautés qui feraient valoir chacune, leurs aspirations : elle est une ville du monde. Un espace toujours prompt à capter les savoirs et les influences qui nous rendent plus forts et plus libres.


Sire, Madame, je veux donc saisir l’occasion de votre visite pour remercier tous les Espagnols de Paris pour leur contribution essentielle à l’identité de notre ville. Comme tous les Parisiens, ils sont les dépositaires de ses valeurs séculaires.

Je ne saurais terminer mon propos sans partager avec vous une espérance : celle de la Paix. Même si la prudence demeure évidemment de rigueur, des annonces venues récemment du pays basque semblent éclairer l'avenir. Puisse, celui-ci, dessiner les chemins de la concorde et de l'harmonie. C'est ce message sincère que nous adressons à nos amis espagnols et au gouvernement dirigé par José Luis Zapatero.

 

Sire, Madame, au moment de conclure, je voudrais donc vous redire l'attachement et le respect de Paris et exprimer à votre famille nos vœux de bonheur personnel, en célébrant avec vous l’amitié indéfectible de nos peuples frères.

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