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DISCOURS

Conseil de Paris : communication sur les effets et enseignements à tirer de la canicule

22/09/2003

Paris, comme le reste de la France, a été confrontée cet été à une catastrophe sanitaire sans précédent liée à la canicule : son coût humain est particulièrement lourd, se traduisant par un doublement du nombre de décès enregistrés au cours de cette période, comparativement à l'année précédente.

Cette crise a frappé les plus fragiles de nos concitoyens, en particulier des personnes âgées ou handicapées.
Elle révèle malheureusement une réalité trop souvent occultée dans notre société : l'enjeu que représente le vieillissement de la population, la montée de la dépendance, mais aussi l'isolement dans lequel vivent de nombreuses personnes âgées, au sein d'un espace urbain qui exacerbe cet " anonymat ".

La crise a mobilisé fortement l'ensemble des pouvoirs publics : les services de la Ville dans leurs champs de compétences, les services de l'Etat, en particulier les pompiers et les policiers et bien entendu l'AP-HP : au nom de tous les Parisiens, je tiens, une fois encore, à rendre hommage au professionnalisme et au dévouement exemplaires de ces agents.

A ce stade, nous ne disposons sans doute pas encore de tous les éléments pour analyser cette crise avec acuité, ainsi que ses effets et les enseignements à en tirer.


C'est notamment pourquoi j'ai accepté la proposition consistant à créer une mission d'information et d'évaluation émanant du Conseil de Paris : composée d'élus, à la proportionnelle des groupes politiques de notre instance, elle a d'ores et déjà entamé ses travaux. Elle remettra ses conclusions en novembre prochain, ce qui contribuera à ouvrir des pistes concrètes pour éviter qu'un tel drame ne frappe à nouveau à l'avenir.

Mais dès à présent, parce qu'il était nécessaire de rendre des comptes sur l'action de la Ville durant cette période et de nourrir la réflexion qui s'engage, cette communication vise précisément à susciter un débat auquel chacun à vocation à participer.
En effet, le drame que notre cité vient d'affronter, sollicite l'esprit de responsabilité, l'imagination et la volonté de chaque responsable public. C'est aussi le sens de cette contribution.

Une situation de crise sans précédent


La canicule qui s'est installée sur Paris en juillet s'est accentuée dès les premiers jours du mois d'août avec des températures progressant sans discontinuer jusqu'à son point extrême du 11 au 13 août. Pendant ces trois jours, elle a atteint des températures record diurnes (+ de 40° à l'ombre) et surtout nocturnes (minimas de + de 25°).

Parallèlement, la Ville subissait des dépassements répétés des seuils d'alerte à la pollution par l'ozone et le dioxyde de carbone depuis mi-juillet. Selon le rapport de l'INVS, la canicule subie par Paris du 4 au 12 août est unique dans les annales de la capitale, de par son intensité et sa durée.


Le retour à des températures moyennes pour la saison s'est opéré d'abord par un rafraîchissement nocturne à compter du 14 août suivi d'une diminution plus lente des maximales diurnes qui s'est étalée du 15 au 25 août.

Il en a résulté une situation de crise majeure, cumulant trois phénomènes :


- une catastrophe sanitaire qu'illustre le doublement des décès: 2336 enregistrements à l'état civil au mois d'août 2003 contre 1175 en 2002 ; la surmortalité liée à la canicule serait donc de l'ordre de 1 161 décès dont plus de la moitié survenus entre le 11 et le 13 août ;
- des atteintes à l'environnement engendrant un danger direct (bris et chutes de branches d'arbres en particulier) ou diffus et invisible comme la pollution.
- une fragilisation de certaines installations stratégiques, comme l'alimentation en électricité;

Face à ces défis, les services municipaux ont naturellement assuré la continuité du service public, participant à l'effort collectif dans des conditions pourtant très difficiles. Leur rôle a notamment consisté à agir face à l'événement - fut-il inédit - pour informer, prévenir, aider ou secourir, mais aussi, malheureusement, pour prendre en charge les victimes décédées.
Les trois compétences les plus sollicitées ont concerné, pour l'essentiel, le secteur social et de santé, les directions techniques ainsi que le service funéraire.


De plus, il convient de rappeler qu'Alain LHOSTIS, adjoint à la Santé, a représenté notre collectivité au sein de la cellule de crise de l'AP-HP, dont l'action s'est avérée déterminante face à la catastrophe sanitaire à laquelle ont été confrontés les hôpitaux.

Les actions menées


2.1 Les actions de prévention et de soins aux personnes


- en direction de la population parisienne
La sous-direction de la santé (DASES) a, dès le 6 août, diffusé cinq messages distincts de prévention à travers les panneaux lumineux de Paris (songer à s'hydrater, éviter de trop longues expositions au soleil etc…)

- recherche de locaux climatisés
Le lundi 11 août l'AP-HP recherchait des locaux climatisés permettant d'accueillir des personnes souffrant de la chaleur et ne justifiant que de soins légers, pour désengorger les urgences saturées. Une recherche a été diligentée auprès de toutes les directions de la Ville. Elle n'a pas eu de suite, faute de locaux adaptés et parce que parallèlement l'AP-HP renonçait à sa demande, à défaut de personnels qualifiés aptes à gérer de tels lieux.

- dans les résidences de personnes âgées du centre d'action sociale
Les résidences du centre d'action sociale de la Ville accueillent 8 300 personnes âgées (2500 en résidences-santé médicalisées, 1600 en résidences-services, 4200 en résidences-appartements correspondant à des logements autonomes).

Les personnels des résidences-santé ont anticipé dès les chaleurs de juin la mise en place des protocoles de prévention (hydratation notamment) avec une surveillance médicale et paramédicale accrue, allant parfois jusqu'à la pose de perfusions, et une adaptation des prescriptions médicales et des régimes alimentaires. Ce sont les mêmes personnels qui, les premiers, ont constaté, au sein des services de la Ville, la montée brutale et l'ampleur des problèmes de santé.

Pendant la période la plus chaude, les mesures ont été renforcées, au-delà même de la diffusion le 11 août des consignes de l'AP-HP en matière d'hyperthermie: rafraîchissement des résidents à l'aide de poches de glace, linges mouillés, draps congelés, brumisations, rafraîchissement des locaux par tous moyens (ventilateurs, draps mouillés aux fenêtres), adaptation des menus.

La mise en œuvre de ces mesures s'est avérée très exigeante, qu'il s'agisse de l'approvisionnement en urgence de matériel adapté (ventilation, matériels médicaux) que de la nécessité, pour le personnel, d'affronter la masse des besoins dans des conditions d'intervention extrêmement pénibles. La tension a été particulièrement forte sur les personnels médicaux qui, au cours de cette crise, ont dû réaliser des actes médicaux très nombreux et pour certains inhabituels, car liés à l'aspect inédit de la canicule.

Face à l'aggravation de la situation observée le week-end du 9-10 août, la décision a été prise le 11 août de procéder au recrutement de renforts exceptionnels dans les résidences-santé qui accueillent les personnes les plus dépendantes : du 13 au 31 août, 35 personnes sont ainsi venues renforcer les équipes en place, afin de pouvoir mieux répondre à la tâche, notamment en matière d'hydratation et de rafraîchissement des personnes âgées.


Dans les résidences-appartements, qui accueillent 3500 personnes, ont été organisés le passage des gardiens deux fois par jour dans les appartements, le dépôt de bouteilles d'eau à la loge, ainsi que la diffusion des conseils de l'AP-HP. Pour les 500 occupants des résidences sans gardien, les passages de travailleurs sociaux, d'animateurs de clubs proches, d'agents d'entretien, couplés à des appels téléphoniques ont été systématiques Des propositions de port de repas ou de courses par les aides-ménagères ont été faites. Des petits travaux ont également été réalisés en urgence (réparation de volets par exemple).
Malgré la forte mobilisation et le professionnalisme de l'ensemble du personnel, 194 décès ont été enregistrés au cours du mois d'août dans l'ensemble des résidences du CAS dont 123 concernant des établissements localisés à Paris. Soulignons que le niveau élevé de dépendance des personnes accueillies dans nos résidences santé, n'a pu qu'influer négativement sur ce lourd bilan humain.

- auprès de l'ensemble des personnes vulnérables connues des services


Pour les personnes en grandes difficultés :
Les centres d'hébergement d'urgence du CAS-VP ont assuré la distribution de bouteilles d'eau auprès des personnes sans domicile quittant l'établissement. Celles-ci ont été destinataires d'un plan des fontaines Wallace, également affiché sur le camion de " Cœur de Paris ". La mobilisation des associations, le souci d'ouverture des dispositifs d'accueil de jour, le maintien de distributions alimentaires ainsi que le travail de coordination des maraudes mené au début de l'été sous l'égide de Mylène STAMBOULI, adjointe chargée de la lutte contre l'exclusion, ont certainement contribué à limiter l'impact d'une telle crise au sein de cette population.


Le maintien en activité des bains douches par la DJS dans un contexte de saturation brutale liée à l'afflux des entrées a, là aussi, permis l'accès de ce service crucial à un public en grande majorité défavorisé, contribuant à préserver les personnes des risques de déshydratation.

. Tous les usagers du service social départemental ainsi que de la PMI se sont vu proposer de l'eau dans les locaux d'accueil, et un rappel des consignes de prévention concernant les adultes et les enfants a été systématique.

. Les femmes enceintes et les mères de jeunes enfants accueillies en centre maternel (320 femmes et 280 enfants) ainsi que les 160 enfants des pouponnières ont fait l'objet d'une attention accrue, ces établissements départementaux bénéficiant de la présence de personnels de santé expérimentés. Le médecin de permanence a rappelé dès le 8 août les consignes de prévention et établi des contacts téléphoniques réguliers pour s'assurer de l'absence de difficultés.

. En ce qui concerne les crèches et haltes-garderies, le médecin-chef de PMI a adressé à tous les établissements des consignes détaillées tant de prévention que de conduite à tenir face à un coup de chaleur. Aucun incident particulier n'a été signalé, les personnels ayant repensé les activités des enfants pour les protéger (siestes plus longues, jeux d'eau plus nombreux, etc.). La vigilance de l'ensemble des personnels s'est accompagnée d'une écoute particulière des parents très demandeurs de conseils.


Les mêmes consignes ont été données dès le 6 août par les médecins de la DASES à la DASCO, en direction des responsables de centres de loisirs.

- auprès des personnes âgées n'habitant pas en résidence


L'alerte donnée pendant le week end du 9-10 août, découlant à la fois de l'afflux de personnes âgées en direction des services des urgences et de l'augmentation du nombre de décès à domicile signalés par les pompiers, a souligné la menace que représentait l'hyperthermie pour les personnes âgées.


Le 11 août, consigne a été donnée au CAS de systématiser les contacts avec les personnes âgées à domicile répertoriées par les services. Sur la base des fichiers disponibles, plus de 8 500 personnes identifiées (bénéficiaires de téléalarme, de port de repas ou d'aide ménagère) ont été contactées, par les sections locales du CAS-VP. De même, les services sociaux polyvalents ont appelé systématiquement les personnes âgées suivies habituellement.

Des visites à domicile ont été effectuées par des travailleurs sociaux ou des administratifs en l'absence de réponse au téléphone ou s'il semblait qu'un contact de visu s'imposait. Les aides-ménagères ont assuré des visites supplémentaires et les usagers des restaurants Emeraude qui ne se présentaient pas pour le repas ont également été joints.

Dans un souci de coordination renforcée, la liaison avec tous les partenaires a été renforcée, qu'il s'agisse des associations d'aide à domicile, des sociétés de port de repas ou des entreprises de téléalarme.


Plus généralement, chaque fois que la situation le nécessitait, les services ont fait appel aux familles, à des médecins, aux pompiers ou au SAMU et plusieurs personnes ont ainsi pu être hospitalisées.


Le 14 août, le CAS a élaboré et communiqué à la préfecture de police un fichier de 7 000 noms de personnes âgées, afin que des contacts puissent se poursuivre pendant le week - end, grâce à la mobilisation de la police de proximité et d'associations.

- sorties d'hospitalisation des personnes âgées


La Ville a pris l'initiative d'une coordination entre ses services sociaux (notamment chargés de l'allocation personnalisée d'autonomie), l'AP-HP et les associations d'aide à domicile afin d'assurer le retour des personnes âgées à leur domicile après hospitalisation.


Cela s'est traduit par une procédure d'ouverture des droits à l'APA en urgence et la mobilisation systématique avant la sortie de l'hôpital, d'une association d'aide à domicile, chargée d'assurer à la personne âgée l'aide nécessaire à un retour confortable à domicile.


Ce travail devrait se prolonger par la mise en place de protocoles permanents d'accompagnement des sortie d'hospitalisation.


2.2. l'action menée face aux atteintes aux installations techniques et à l'environnement

- désordres dans l'alimentation électrique


La situation à Paris s'est avérée très critique pour le service public communal, dont EDF est le concessionnaire.
Ainsi, des ruptures d'isolants et de câbles souterrains de moyenne tension ont provoqué la coupure de 14 postes de distribution entre le 8 et le 17 août, touchant au total 60 000 abonnés dont 20 000 dans les 17e et 18e arrondissements (dont l'hôpital Bichat, seul hôpital climatisé) et 6 000 pour la seule journée du 13 août.


La Direction de la voirie et des déplacements a géré cette crise technique en relation permanente avec EDF afin de coordonner en temps réel les mesures opérationnelles, donner les autorisations et dérogations nécessaires et informer la population et les autorités.


Cette collaboration a permis le rétablissement de l'alimentation site par site dans un délai compris entre une et cinq heures, avec le concours de groupes électrogènes.
Priorité absolue a été donnée aux abonnés sensibles (personnes dyalisées ou nécessitant une assistance respiratoire) dont EDF détient la liste en lien avec les autorités sanitaires.


Chutes inopinées de branches d'arbres

La DPJEV signalait le 7 août un phénomène anormal de chutes de grands branchages pouvant rendre dangereux le stationnement du public dans les bois et parcs concernés.
Les actions ont porté immédiatement sur des mesures d'urgence à titre conservatoire (fermeture de parcs, visites techniques de tous les secteurs ), la mise en sécurité des publics sous responsabilité de la ville (enfants accueillis en centre de loisirs), puis enfin le traitement lui même (mobilisation des bûcherons pour sciages préventifs des branches fragilisées y compris de nuit et le week-end du 9-10 août).

Ces actions ont permis de rétablir rapidement l'accès à la majorité des parcs en limitant les interdictions à des périmètres de sécurité autour des arbres identifiés à risque.

Le rapatriement des centres de loisirs d'été installés dans les bois a été accompagné par une réorganisation logistique permettant de maintenir la qualité de l'accueil et de l'animation (jeux d'eau en intérieur), délivrance intensive d'eau aux enfants, augmentation des créneaux et places réservés dans les piscines.


Les espaces nature des bois ont finalement réouvert le 18. Quant aux écoles, elles ont été sécurisées par un contrôle systématique des 828 établissements scolaires, suivies de sciages préventifs réalisés avant la rentrée.

- accueil dans les piscines


La DJS a eu à faire face pendant toute cette période à un afflux massif dans ses piscines et ses bains douches. Ainsi, pendant la semaine la plus chaude il a été enregistré 75 373 entrées dans les piscines municipales parisiennes contre 34 225 à la même période en 2002.
La sécurité du public et la régulation des entrées ont été assurées par un rapprochement opérationnel avec la direction de la protection et de la prévention.


2.3. Une crise et une action concentrées sur quelques jours

Tous les exemples cités montrent l'apparition brutale des désordres et leur concentration sur quelques jours cruciaux compris entre le 8 et le 14 août, avec un paroxysme du 11 au 13 août . Dans ces conditions, l'initiative individuelle, la réactivité collective et l'exceptionnelle mobilisation des agents, ont constitué des atouts incontestables et probablement contribué à la sécurité du plus grand nombre.

Toutefois, l'une des principales caractéristiques de cette crise sanitaire étant le faible délai observé entre l'apparition du pic de chaleur et la mortalité engendrée, ces actions d'urgence - à l'instar de ce qui s'est vérifié à l'échelon national - n'ont pu pallier l'absence d'un dispositif d'alerte suffisamment précoce et d'un plan de gestion de ce type de crise, qui auraient permis en amont des actions de prévention et de prise en charge, coordonnées entre l'ensemble des acteurs concernés.


2.4 - la mobilisation exceptionnelle des services funéraires de la Ville de Paris

Depuis la fin du monopole communal des pompes funèbres en 1998, la Ville a conservé avec la SAEMPF, SEM funéraire de Paris, un outil privilégié qui intervient en partie dans le domaine concurrentiel en tant que société de pompes funèbres mais exerce également une mission de service public comportant trois volets :
- le service funéraire administratif par nécessité sociale ou d'hygiène publique ;
- le service funéraire du plan ORSEC en cas de catastrophe ;
- la gestion du crématorium municipal de Paris.
En matière sanitaire et de catastrophe, la SEM agit sous l'autorité opérationnelle du Préfet de police dans le cadre de la compétence de police municipale exercée par ce dernier.


Le directeur de la SEM a fait état au Secrétaire Général le 12 août de ses propres difficultés et des premières mesures prises. Les problèmes se sont révélé critiques sur deux points :
- l'augmentation des demandes de convoi face à des moyens réduits en période estivale ;
- la saturation des funérariums gérés par les entreprises funéraires de la région, mais aussi et surtout celle de l'Institut Médico-Légal qui recueille habituellement les corps des personnes isolées décédées sur la voie publique ou à domicile, dans l'attente de l'identification par la famille ou de l'inhumation administrative.
En complément du renforcement de ses propres moyens, la SEM a demandé le renfort de la Ville en personnels.


Des agents volontaires de la Ville (DMG, DPJEV, DASES, DPP) ont rejoint les équipes de la SEM pour un travail extrêmement pénible. La Direction de la prévention et de la protection a également établi un lien entre la SEM et une société de sécurité sous marché avec la Ville, ce qui a permis un renfort décisif de 24 agents. En trois jours, les effectifs " opérationnels " sont ainsi passés de 20 à 60, avec des équipes travaillant de jour comme de nuit.


La mission première a consisté à répondre aux demandes des commissariats pour des décès à domicile. Ces réquisitions ont décuplé à partir du 11 août : 4 en moyenne par jour en 2002, 40 lundi 11, 50 mardi 12, 40 mercredi 13, 120 jeudi 14, 90 vendredi 15.
Il est peu de dire que les équipes ont fait face à des situations particulièrement éprouvantes psychologiquement et physiquement.


Parallèlement, des moyens exceptionnels de conservation des corps ont dû être mis en place. Le mercredi 13 au soir, le Préfet de police sollicitait le concours de la Ville pour soulager l'Institut Médico Légal, saturé à un point tel qu'il mettait en cause la dignité même des personnes et des familles, voire la santé des personnels.
La DMG a identifié un garage des TAM à Ivry suffisamment isolé des habitations pour prévenir tout risque sanitaire et limiter les nuisances sur l'environnement, et apte à accueillir des véhicules autorisés par la préfecture pour conserver des corps en température négative. Dès la décision prise, ce lieu a été mis en condition et a permis de reprendre les enlèvements de l'Institut Médico-Légal à compter du jeudi 14 en libérant 100 places immédiatement, puis jusqu'à 200.
Le personnel du service municipal d'hygiène et de salubrité (SMASH) est également intervenu pour des actions de désinfection, aux côtés de la SEM, du site d'Ivry et de l'Institut Médico Légal, y compris à travers des interventions d'urgence de nuit sur la base du volontariat des équipes du docteur SQUINAZI. Des renforts ont été mis en place pendant le week end du 15 août.
Le site d'Ivry ne permettant pas d'organiser les visites des familles identifiées, la DPJEV a organisé l'accueil d'une antenne de la SEM au cimetière de THIAIS en raison de sa proximité et des compétences de son personnel puisque ce site organise en temps normal les inhumations administratives des indigents . Des chambres ardentes ont été mises en place et deux bus installés pour permettre les formalités administratives en urgence. L'association Vivre son deuil était également présente sur place pour un soutien psychologique aux familles concernées.
Le personnel de la DPJEV a opéré 1340 inhumations en août avec le personnel présent, y compris le 15 août et les dimanche, puis elle a assuré la cérémonie d'inhumation du 3 septembre à THIAIS.

2.5. L'appui à la recherche des familles

Dans la gestion des problèmes funéraires évoqués ici, il est apparu que dans de nombreux cas, aucun proche ou membre de la famille du défunt ne se manifestait. Les arrêtés préfectoraux du 21 août ayant fixé, pour des raisons de santé publique, une limite de dix jours pour les inhumations, les services de la Ville ont tout mis en œuvre, comme le souhaitait le Maire, pour éviter le plus grand nombre possible d'inhumations par la voie administrative.

Le lundi 25 août, une cellule de recherche a été mise en place en parfaite coordination entre la DASES et le CAS. A partir des listes fournies par l'Institut médico-légal, la SEM funéraire et l'AP-HP, elle a recherché dans les fichiers sociaux la présence éventuelle des personnes décédées, et la mention de coordonnées de proches. Dans plus de 40 situations sur les 160 recherches, un contact a effectivement pu être noué. Plusieurs ont abouti et se sont conclus par l'organisation des obsèques de 20 personnes par les familles elles-mêmes.
Par ailleurs, pour faciliter l'accès des familles aux données détenues par la Ville, un numéro vert a été mis en place le 27 août, ce qui a amplifié le nombre d'appels déjà très important reçus depuis le lundi 25 à Paris-Info-Mairie. Cette ligne, pour laquelle 30 agents du PIM ont travaillé, est restée ouverte le week-end des 30 et 31 août.
Du 25 août au 4 septembre, 1816 appels ont été reçus. Sur ce total, 460 appels correspondaient à des situations précises qui ont permis d'indiquer dans 36 cas où se trouvait le défunt recherché.
Enfin, une ultime tentative pour favoriser cette recherche s'est traduite par la publication dans la presse le 2 septembre de la liste des personnes non encore réclamées. 11 appels utiles ont été reçus à la suite de cette publication et les inhumations reportées. 5 personnes ont pu être inhumées par leur famille ou par leurs proches.

Malgré la relative efficacité de ce dispositif, 57 inhumations ont eu lieu le 3 septembre à THIAIS. J'ai tenu à ce qu'une cérémonie placée sous le signe de la dignité et de la sobriété, rende un ultime hommage à ces Parisiens partis dans la solitude. Le Chef de l'Etat a souhaité assister à ce rendez-vous, de même que de nombreux élus du Conseil de Paris.

Tirer les enseignements de la canicule

Paris a vécu une véritable catastrophe sanitaire dont il faut tirer tous les enseignements afin qu'à l'avenir, une nouvelle canicule - toujours possible - ne puisse se traduire par un coût humain aussi considérable. Ces enseignements se situent à deux niveaux : les modalités de gestion de crise et la place des personnes âgées dans la cité.

3.1 - C'est le sens de la mise en place rapide de la commission d'information et d'évaluation, présidée par Gisèle STIEVENARD, qui a entamé ses travaux dès le 8 septembre, anticipant, avec l'accord de tous les groupes politiques, le passage de la délibération correspondante au Conseil de Paris. D'ores et déjà un plan de travail dense a été défini. Elle remettra ses conclusions lors du Conseil de Paris de novembre prochain. Ses travaux s'articulent autour d'un triple objectif :

- mieux comprendre le phénomène de la canicule et ses effets : qui sont les victimes de la canicule ? Où ont eu lieu les décès (hôpital, domicile, maisons de retraite) ? Comment expliquer les disparités par arrondissement ? Il y a-t-il eu des facteurs aggravants à Paris (caractéristiques de l'habitat, tissu social, filières de soins et de prise en charge…) ? Que sont devenues les personnes hospitalisées pendant la canicule ?

- analyser l'intervention des pouvoirs publics dans la gestion de la crise : les travaux de la commission porteront ainsi sur les services municipaux au sens large, et aussi sur leur articulation avec les services de l'Etat et les principaux acteurs sanitaires et sociaux concernés qui nous seront invités à être auditionnés.

- proposer des pistes d'action pour mieux prévenir et mieux gérer ce type de crise à l'avenir : de ce point de vue, il sera particulièrement important de tirer des enseignements des expériences menées par des villes françaises ou étrangères (comme Rome, Chicago ou Athènes) qui ont mis en place des dispositifs de gestion de crise, à l'issue d'épreuves comparables.

Les réponses au questionnaire adressé par Danielle HOFFMAN RISPAL, adjointe chargée des personnes âgées, le 3 septembre à l'ensemble des acteurs du secteur des personnes âgées apporteront des éléments utiles à cette démarche collective. Pour pousser plus loin l'analyse résultant des travaux de la commission, j'accueille volontiers la proposition de Alain LHOSTIS, consistant à mener en partenariat avec l'INVS, une étude de santé publique spécifique à Paris, sur le phénomène de la canicule. Les travaux nationaux ou régionaux en cours ou déjà remis devraient pouvoir aussi éclairer.

3. 2 - D'ores et déjà, en matière de gestion de crise plusieurs pistes peuvent être évoquées, qui doivent être perçues comme autant de contributions aux travaux de la commission.

- Définir un dispositif d'alerte, de coordination et d'action efficace en cas de crise

Dès le début du mois de septembre, j'ai proposé au préfet de région et au préfet de police de travailler en commun à l'élaboration d'un plan " chaleur extrême ". A l'instar de la démarche mise en œuvre pour le plan inondation, l'objectif est d'améliorer la coordination de l'action de tous les intervenants concernés (services de l'Etat, services de la Ville, secteur sanitaire et secteur médico-social, associations).

Un tel plan définirait d'une part un système d'alerte en lien avec Météo France afin de pouvoir agir le plus en amont possible, et d'autre part des protocoles d'action, permettant de préciser qui doit faire quoi, en direction de quels publics et avec quels moyens, sans perte de temps. Les travaux qui s'engagent au niveau national pourront sans doute servir de points d'appui à une telle démarche.

D'ores et déjà, nous devons avancer sur ce qui relève des compétences de la Ville : c'est pourquoi le travail s'est engagé au sein du CAS en vue de l'élaboration de protocoles d'intervention au sein de nos résidences en cas de chaleur extrême et d'hyperthermie. Une approche comparable a également été décidée avec nos partenaires du secteur de l'aide à domicile.

- Se donner les moyens d' intervention à titre préventif auprès des populations les plus vulnérables.

A Paris vivent 175 000 personnes âgées de plus de 75 ans, dont certaines isolées et non identifiées par nos services sociaux. La catastrophe sanitaire que nous avons vécue, marquée par le nombre important de décès à domicile, confirme la nécessité de diffuser plus largement les messages de prévention et surtout d'être capables d'identifier et de contacter, le plus en amont possible, les personnes vulnérables.
Elaborer une méthodologie de repérage des personnes âgées non connues de nos services est complexe mais néanmoins indispensable à la mise en place de plans d'action de proximité. Un travail de recensement de données a d'ores et déjà débuté.

Sur ce registre aussi, et même si ce chantier est totalement ouvert à la réflexion, trois actions peuvent dès à présent être envisagées :

- diffuser chaque année un document pédagogique aux Parisiens âgés, récapitulant les conseils pratiques et les numéros utiles

- renforcer le réseau des Points Paris Emeraude pour constituer dans les arrondissements, des réseaux gérontologiques de proximité actifs, auprès des personnes âgées et des professionnels ; à ce titre l'effort engagé dès 2002 sera amplifié et leur budget sera porté à 1.65 millions d'euros au cours des trois ans à venir.
- développer la télé-assistance : les tarifs de la prestation proposée par le CAS-VP seront sensiblement réduits afin d'accroître le nombre des bénéficiaires.


- Climatiser certains lieux dès 2004 :

J'ai souhaité que soit étudiée la climatisation de pièces de vie au sein de nos résidences-santé, ainsi que dans d'autres lieux, comme les clubs Emeraude, qui pourraient, en cas de canicule, accueillir dans la journée des personnes âgées vivant à domicile. Une subvention exceptionnelle d'investissement au CAS sera intégrée au budget modificatif de la Ville à la fin d'année, afin de permettre la réalisation des travaux dès 2004.

- améliorer la prise en charge des personnes âgées à l'hôpital

La situation de crise vécue dans les hôpitaux au mois d'août, doit conduire à accélérer les différents chantiers de rénovation des urgences (Tenon, ST Antoine) et surtout à améliorer, conformément au plan stratégique de l'AP-HP la filière de soins des personnes âgées à l'hôpital, à travers notamment l'installation de lits de gériatrie aux urgences et le développement des lits de suite.

3.3 - Cette crise a confirmé la vulnérabilité, et parfois le grand isolement des personnes âgées dans une ville de la dimension de Paris. Plus que jamais, elle a placé au cœur du débat public, la question de la place de nos aînés dans la cité. Elle nous conforte dans l'approfondissement de chantiers lourds que nous avons engagés depuis 2001.

- En matière d'hébergement, Paris accuse un retard en équipements, cumulé au fil des années, tant en termes quantitatifs que qualitatifs : en 2000, l'Observatoire Régional de la Santé estimait ainsi ce taux d'équipement à 93.7/1000 personnes âgées de plus de 75 ans alors qu'il s'élève à 136/1000 en Ile de France. Nous avons également hérité de résidences santé dont certaines, comportant encore plusieurs lits par chambre, aucune douche individuelle, bien qu'accueillant des personnes âgées très fortement dépendantes.

Face à cette situation difficile, nous avons lancé un plan d'humanisation de nos 13 résidences-santé qui mobilise un budget de près de 50 millions d'euros. 250 places en unités de vie protégées et à encadrement renforcé, destinées à accueillir des personnes atteintes de démence, ont été d'ores et déjà crées depuis 2001 et 500 au total le seront d'ici 2007. Du fait de cette politique, le ratio de personnel par résident est d'ores et déjà passé de 0,7 à 0,8 depuis 2001.
S'agissant de la création de l'offre nouvelle, et en dépit de disponibilités foncières limitées, trois nouveaux projets de résidences du CAS seront engagés d'ici 2007 (Hérold, la ZAC de la gare de Rungis, Broussais), et je souhaite que soit étudiée la faisabilité d'une quatrième résidence. A travers des subventions d'investissement, nous soutenons également la création de plusieurs établissements à but non lucratif portés par d'autres opérateurs (deux projets associatifs ont d'ores et déjà été subventionnés dans le XIème et le XVIème arrondissements).

Par ailleurs, en 2002, une démarche unique en France a été lancée dans les 13 résidences santé afin d'améliorer la qualité du service rendu et de moderniser leur fonctionnement. L'ensemble des personnels, des familles et des résidents qui le souhaitaient ont été interrogé pour formuler leurs attentes, leurs critiques et leurs points de satisfaction. Conduite en lien avec les syndicats et des personnalités extérieure, cette enquête a donné lieu à un audit sans concession qui sera rendu public. Il s'inscrit dans une démarche participative et donnera lieu à des groupes de travail chargés de me faire des propositions pour le début de l'année 2004. Mais d'ores et déjà des mesures concrètes sont envisageables à court terme.
Cet audit souligne la tradition hospitalière de ces établissements ; il confirme en outre que l'animation y demeure insuffisamment prise en compte. Dès le budget 2004, des minibus seront mis à disposition des résidences pour permettre les sorties. 13 postes d'animateurs seront crées et 8 postes d'emplois-jeunes seront pérennisés. Il met également en évidence l'isolement des résidents qui peut provoquer une vraie détresse. Des postes de psychologues permettront une prise en charge de ces situations. Il souligne enfin le manque de communication entre les familles et les équipes ; des conseils de la vie sociale associant famille, résidents et personnels seront donc très rapidement mis en place.

- L'autre apport majeur de ces derniers mois est celui de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA) et du maintien à domicile. L'APA qui représente pour notre collectivité un effort de 92 ME, concerne près de 20 000 Parisiens, dont 9 000 pour l'APA à domicile. 85 % de ces derniers, ne bénéficiaient d'aucune aide à domicile auparavant, ce qui est bien compréhensible compte tenu du faible nombre de bénéficiaires de la PSD (900).
Parallèlement à la mise en place de l'APA, un partenariat fort a été engagé avec les associations d'aide à domicile, afin d'améliorer la qualité du service. La canicule qui a servi de révélateur à l'isolement de nombreuses personnes âgées, nous incite à persévérer dans cette voie difficile, notamment du fait des problèmes aigus de recrutement rencontrés dans ce secteur. Le CODEV aura d'ailleurs pour prochain thème de travail, l'emploi dans ce secteur d'activité.
Par ailleurs, toujours pour faciliter le maintien à domicile, un appel à projet destiné à créer des structures innovantes telles que des centres d'accueil de jour pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et les hébergements temporaires facilitant les sorties d'hôpitaux et le répit des familles, a été approuvé par votre assemblée en décembre 2002. 6.2 millions d'euros y sont affectés pour la mandature.


3. 4 - Un effort de solidarité et une vigilance citoyenne qui est l'affaire de tous

Les pouvoirs publics ont, bien entendu, pour devoir d'assumer toutes leurs responsabilités et de tenter d'accroître l'efficacité de leurs moyens d'intervention face à ce type de crise.
Il n'en demeure pas moins que chacun peut jouer un rôle de prévention et d'entraide en cas de crise. Cette solidarité citoyenne revêt sans doute deux dimensions :

l'action des associations : pendant la crise, les associations se sont mobilisées pour aller au contact des populations les plus vulnérables, malgré la baisse du nombre de bénévoles qui caractérise malheureusement les périodes d'été. Cette action des associations, en particulier en direction des personnes âgées isolées et des SDF, est essentielle tout au long de l'année ; elle l'est plus encore durant la période estivale, lorsque le risque d'isolement s'accentue. Il est donc souhaitable que nous puissions engager avec les associations des réflexions communes autour des questions suivantes : comment, en cas de crise, conjuguer l'action des pouvoirs publics et celle du monde associatif ? Comment contribuer à plus de cohérence et de synergie au sein des ressources humaines disponibles pendant l'été ? Enfin, dans le prolongement des actions déjà en cours, comment la Ville peut-elle soutenir les associations dans leurs campagnes de recrutement de bénévoles ? L'objectif ici, est de disposer à terme d'un réseau significativement plus dense en terme de bénévolat - y compris autour du CAS - à l'instar d'une ville comme Rome.

- la vigilance et la solidarité de proximité : Etre attentif à la situation d'un voisin âgé, prendre de ses nouvelles, signaler aux services sociaux des situations pouvant justifier une aide, sont autant d'actes de solidarité concrets qui peuvent aider et éviter parfois une issue dramatique. Force est néanmoins de constater que cette " chaîne solidaire " fonctionne mal en milieu urbain. La restaurer constitue un défi, un véritable enjeu de société, puisque c'est le rôle et la citoyenneté de chacun qui est au cœur de cette problématique.

La réflexion est exigeante et les réponses passent sans doute par la confrontation d'expériences et de visions diverses. Pour tenter de la mener aussi utilement que possible, j'ai décidé de créer un groupe qui sera composé d'urbanistes, de sociologues, de praticiens, de représentants du monde associatif, et à qui je demanderai de me faire des propositions pour contribuer à renouer dans la cité, ces fils essentiels malheureusement distendus. La composition de cette entité sera prochainement rendue publique et ses conclusions adressées, le moment venu, à chaque élu du Conseil de Paris.

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