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DISCOURS

Discours d'investiture

25/03/2001


Le 25 mars 2001, Bertrand Delanoë, élu Maire de Paris, prononce le discours d'investiture...

Mes chers collègues, je vous remercie pour la confiance que vous venez de me témoigner. Celles et ceux qui me connaissent, savent l'amour et le respect que m'inspire Paris. Chacun mesure donc l'intensité de ce moment.

Je veux d'abord remercier Monsieur Gilbert Gantier, doyen de notre assemblée, qui a présidé à l'ouverture de nos travaux: plus que le privilège de l'âge, c'est la fidélité de votre engagement au service de notre cité, qui justifie, Monsieur le doyen, que je vous exprime toute notre considération.

Au moment d'accéder à mes nouvelles fonctions, je veux également saluer mes deux prédécesseurs, Monsieur Jacques Chirac et Monsieur Jean Tibéri.

Mais en ce jour si particulier, en mon nom et au nom des femmes et des hommes qui ont porté notre projet, c'est aux Parisiennes et aux Parisiens que je veux exprimer ma gratitude: en participant massivement à ce scrutin, ils ont formulé un choix clair, exigeant, et même historique, puisque jamais depuis 1909, les forces progressistes n'avaient été majoritaires au sein de cette assemblée. Paris demeure la capitale du mouvement, de l'audace et de la générosité: du combat d'Etienne Marcel à la Commune, de la proclamation des droits de l'Homme à la Libération, notre ville a écrit, inlassablement, une histoire qui ne s'accommode ni du conformisme, ni de la soumission.
Sereinement, en responsabilité, le suffrage universel s'est prononcé: désormais, il revient à chacun, dans le rôle qui lui a été confié, d'honorer son mandat, au nom de l'intérêt général.

Le pluralisme, la confrontation des idées, l'expression de convictions distinctes, animeront - qui peut en douter!- des débats riches au cours des six années à venir. Tant mieux! Pourvu qu'ils soient dignes, respectueux, utiles à l'action de la ville. C'est ainsi que je conçois la démocratie: parfois passionnée, parce que passionnante, et toujours constructive parce qu'elle décide de la vie de nos concitoyens.

Leurs attentes sont considérables.
Nous en sommes conscients. Et nous serons fidèles au message des 11 et 18 mars.
C'est d'abord un besoin de renouveau qui s'est exprimé, dans la demande d'une véritable démocratie participative. Paris a changé: sa population, ses rythmes, ses activités, son organisation sociale ont évolué. Ayons l'humilité de reconnaître, nous responsables publics, que nous sommes parfois en retard d'un métro citoyen. Combien de fois a-t-on exprimé, sur ces bancs ou ailleurs, la nécessité de "faire de la politique autrement": aujourd'hui, le moment est venu.

La loi sur la parité produit des effets aussi légitimes que spectaculaires: à Paris, donner aux femmes le rôle politique et culturel qui leur est dû, représente à mes yeux, un des enjeux de la mandature. Cet objectif m'a inspiré pour composer l'Exécutif. Dans la capitale de la France, l'initiative est inédite. Je sais qu'elle sera aussi source de renouvellement et de progrès.

Car le changement désigne le plus vaste des chantiers.
Ainsi, il est temps de redonner au monde associatif, aux corps intermédiaires, un véritable pouvoir d'influence et de contrôle. Il est temps de confier aux vingt maires d'arrondissement, les moyens de conduire une politique de proximité qui sera source d'efficacité accrue pour les habitants. Il est temps aussi de créer les conditions d'une co-production avec l'ensemble des acteurs de la cité, sans lesquels toute notion de changement demeurerait illusoire.

Dès avril, ces engagements trouveront une traduction concrète dans le budget que je vous soumettrai et qui sera marqué par la stabilité de tous les taux de la fiscalité. Mais au delà, notre ville a soif de transparence, d'information et d'équité : faire de la politique, c’est aussi rendre des comptes.

J’attends de la nouvelle équipe municipale, qu’elle mène en la matière une action exemplaire. Dans ce domaine, aucune ambiguïté, aucune approximation ne sera tolérée.

Je sais que nul pouvoir n’est à l’abri d’une défaillance : c’est une règle humaine. Précisément. L’éthique exigée par nos concitoyens résultera de la puissance des contre-pouvoirs , et de la vigilance dans la mise en œuvre des principes que nous nous fixons à nous-mêmes.

J’ai pris des engagements très clairs : l’opposition sera représentée dans chacune des commissions d’appel d’offre de la Ville, Sociétés d’économie mixte comprises. L’attribution des places en crèches et celle des logements sociaux reposeront sur des critères incontestables dont l’application sera garantie par des commissions pluralistes, associant des personnalités représentatives de la société parisienne.

Ce même souci de clarté s’appliquera à notre Questure. Nous sommes nombreux à avoir dit qu’elle illustre, en tant que telle, une réalité exorbitante du droit commun. Je souhaite donc qu’au cours des mois à venir, le Parlement puisse voter la suppression de la Questure : à ma demande, une initiative sera prise dans ce sens dès les prochains jours, par des parlementaires présents au sein de notre assemblée.

En outre, vous le savez : lors de la séance d’avril de notre Conseil, je vous proposerai le lancement d’un appel d’offre afin de désigner un organisme indépendant, chargé de réaliser un audit sur l’ensemble de la situation économique et financière de notre collectivité. Dans mon esprit, il ne s’agit ni de régler des comptes, ni d’exhumer les traces éventuelles de pratiques contestables. Il s’agit de dire loyalement la vérité aux Parisiens, avec pour but, d’identifier ainsi les marges de manœuvre qui existent pour l’avenir.

L’avenir : qui, mieux que les enfants incarnent ce futur que nous voulons construire ensemble ? C’est une priorité à mes yeux. Paris, nous le savons, est une cité objectivement hostile aux plus jeunes de ses habitants. Pendant cette campagne, nous avons proposé la création de 2000 places supplémentaires en crèches, auxquelles s’ajouteront 2500 places au sein des haltes-garderies, ou de structures parentales et associatives. Aussi surprenant que cela puisse paraître, s’il est un engagement dont j’accepte qu’il ne bride pas la nouvelle équipe, c’est bien celui ci : car je lui demande de faire plus, d’aller au-delà, de démontrer une ambition, un volontarisme à la mesure des attentes que tant de familles, de jeunes couples, expriment quotidiennement.

Partant du principe que notre collectivité doit aussi donner l’exemple, nous étudierons rapidement la possibilité de créer, au sein même de l’Hôtel de Ville, une crèche destinée aux enfants des personnels municipaux. Des entreprises le font, pourquoi pas la « maison du peuple » ?…

L’enjeu est symbolique : car il s’agit de solidarité, cette valeur si moderne. Ce sera une préoccupation essentielle de la nouvelle majorité.

Il ne doit pas y avoir à Paris de citoyens de seconde zone. Partout dans notre cité, quels que soient sa condition sociale, son âge, sa culture, c’est un même

Je sais bien que la diversité a parfois du mal à franchir le mur de la rhétorique : on en parle, on la loue, mais on renonce à la mettre en œuvre. Il arrive même que ses promoteurs soient accusés de dogmatisme. J’assumerai, s’il le faut, un tel reproche. Ainsi, dès cette année, je demanderai à mon équipe de prendre les mesures nécessaires pour mobiliser ou acquérir les lots immobiliers qui contribueront à réduire une fracture sociale et géographique qui affaiblit la capitale dans son ensemble.

Mais cette mutation ne serait pas complète, sans l’ambition qualitative qu’ont exprimée les électrices et les électeurs : Paris doit redevenir une ville pour vivre. La redistribution de l’espace public, la lutte contre la pollution, la remise en cause de l’hégémonie automobile, désignent un défi urbain que nous entendons relever.

Avec une ironie cruelle, le compositeur Erik Satie a malheureusement bien résumé l’opinion de nombreux Parisiens : « l’air de Paris est si mauvais – disait-il – que je le fais toujours bouillir avant de respirer ». C’est cette réalité préoccupante qu’il faudra remettre en cause, de façon radicale.

Dans les prochaines semaines, nous lancerons les procédures administratives et techniques devant aboutir à un élargissement des couloirs de bus sur les grands axes, afin d’améliorer les transports de surface mais aussi de développer et de sécuriser les circulations douces.

De même, en concertation avec nos partenaires, l’Etat et la Région, nous nous fixons comme objectif, l’accélération des procédures liées à la réalisation d’un tramway de rocade : l’horizon de la mandature est réaliste, notamment dans la perspective des Jeux Olympiques.

Oui, l’évolution physique des courbes de notre cité correspond à une attente profonde, parce qu’elle peut être source de liberté, de fluidité et de mobilité pour chaque citoyen.

La beauté et l’harmonie de Paris doivent nous guider sur la voie d’une action d’envergure. « Rien de grand ne se fait sans passion » disait Hegel. Quoi de plus passionnant, en effet, que de léguer aux générations futures un cadre séduisant, un patrimoine à admirer, une cité pour vivre ? Les hommes, soyons-en certains, laissent à quelques rares exceptions près, une trace souvent approximative. Le visage d’une ville, en revanche, constitue une empreinte permanente.

Celle de Paris a toujours inspiré le monde. C’est ainsi. Chaque fois que Paris oublie que son rôle est sans pareil, elle trahit sa mission magnifique. Nulle arrogance dans mon propos, mais la conviction que ce qu’elle crée, ce qu’elle choisit, ce qu’elle illustre, d’une certaine façon la dépasse.

Il nous faut renouer avec cette vocation universelle. Retisser des liens avec les autres métropoles du monde et en particulier celles d’Europe, dont de nombreux représentants, en tant que citoyens de Paris, ont aussi contribué à l’issue de cette élection. Restaurer l’image et l’influence de notre capitale sur la scène internationale en y recréant l’effervescence culturelle et la force économique qui se sont déplacées ailleurs. Attirer les créateurs d’où qu’ils viennent, pour retrouver cette atmosphère décrite par Hemingway dans un livre dont le titre sonne comme un appel, une promesse : « Paris est une fête ». Se souvenir aussi que notre ville est un laboratoire de nouveaux modes de vie. Et affirmer enfin notre solidarité sans faille avec le sud.

Dans ce même esprit, un Conseil des résidents non communautaires sera installé aux côtés du Conseil de Paris, pour associer ces citoyens à une réflexion, à une action, qui les concernent. Cette entité fonctionnera jusqu’à ce que le droit de vote leur soit accordé pour les élections locales. Et je veux dire ici, comme je le dis depuis des années : le plus tôt sera le mieux.

Mes chers collègues, un rendez-vous démocratique marque toujours le début d’une nouvelle page. Nous agirons sous le regard des Parisiens. Ils seront les véritables inspirateurs de notre démarche. Ils en seront les seuls juges.

Ma volonté de mettre en œuvre tous les éléments du projet approuvé par le suffrage universel, s’accompagne d’une détermination très forte : fédérer les énergies, dépasser autant que faire se peut les considérations politiciennes qui bloquent, qui divisent, qui stérilisent l’action. L’opposition, dans toute sa diversité, sera respectée, écoutée, associée.

A tous les membres de l’administration parisienne, je veux également dire notre volonté d’établir dès à présent, une relation de confiance et d’instaurer un dialogue constructif, garants de notre efficacité. Je connais ses agents depuis longtemps, leur compétence, leur savoir-faire et leur dévouement. C’est à une approche ambitieuse, stimulante et valorisante que nous nous engageons à les associer.

Pour ma part, j’assumerai ma fonction dans la loyauté la plus totale à l’égard de chaque Parisienne, de chaque Parisien, quelles que soient ses convictions.

Dès demain, conformément à mon engagement, je renoncerai à mon mandat de sénateur. A mes yeux, la mission que m’ont confiée les citoyens est exclusive de toute autre activité.

Le mois prochain, nous ouvrirons nos débats : outre les sujets que je viens d’évoquer devant vous, il y aura d’autres priorités : la sécurité, ce qui se traduira par une action d’envergure dans le cadre d’un partenariat clair entre la police nationale, seule à elle-même d’assurer une mission efficace de protection des citoyens, et notre collectivité, qui en matière de prévention et de médiation sociale mobilisera des moyens inédits.

Mais nos travaux s’appliqueront à tous les secteurs de la vie municipale : les relations nouvelles avec les collectivités d’Ile-de-France, le développement économique, la jeunesse, les nouvelles technologies, la propreté, et cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

Chaque dossier, chaque séance, devra marquer une évolution utile, une avancée. Tout à l’heure, comme vous le savez, j’accueillerai en votre nom, les représentants de la Commission d’évaluation du Comité Olympique, pour défendre la candidature de Paris aux J.O. de 2008.

Dossier emblématique, en vérité, qui démontre qu’autour d’un projet aussi enthousiasmant, le consensus est possible de même que la mobilisation de toutes les énergies.

Nous ferons tout pour répondre présent à ce rendez-vous qui est aussi celui de la tolérance, du rêve et de la fraternité, valeurs intrinsèquement liées à Paris.

Dès aujourd’hui donc, et pendant les six ans à venir, avec modestie, mais avec responsabilité, nous avancerons fidèles à cette pensée de Victor Hugo, qui sera pour moi une référence : « Paris est sur toute la terre, le lieu où l’on entend le mieux frissonner l’immense voilure du Progrès ».

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