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DISCOURS

Aménagement du nouveau quartier des Halles

15/12/2004


Dans le cadre du projet d'aménagement du nouveau quartier des Halles, il a été annoncé lors de la conférence de presse du mercredi 15 décembre 2004 que, parmi les quatre projets en lice, c’était l'architecte français David Mangin qui avait été retenu pour coordonner le projet de réaménagement du quartier des Halles. A cette occasion, Monsieur Bertrand Delanoë, Maire de Paris, a fait une allocution...

Mesdames, Messieurs,

Ce moment est très important pour la vie de Paris, puisque au-delà des personnes et des responsables, il s’agit de vous informer, de vous parler de l'avenir du cœur de notre ville.


Mais comment aborder ce sujet si je ne commence pas par évoquer brièvement le passé ? Ce quartier a une histoire, une histoire qui a été brisée par une décision économique – certes judicieuse, celle du Général De Gaulle, de transférer les Halles à Rungis : toutefois, le tort de celles et ceux qui ont décidé du futur de ce lieu, est de n’avoir pris ni le temps ni la méthode, pour imaginer ce que seraient son âme, sa fonctionnalité, sa vibration, sa beauté, vingt-cinq ans plus tard.


Or, aujourd'hui, quel est le constat unanime ? Pour les différents publics qui « vivent les Halles », 800.000 voyageurs par jour, des dizaines de milliers de riverains, de visiteurs, de consommateurs des nombreux commerces, soit au total, 40 millions de personnes par an, c'est une interrogation perpétuelle sur le sens, sur l'harmonie et même sur l’identité nationale et internationale de ce lieu.


C'est pourquoi nous avons souhaité procéder selon une démarche totalement différente.


Avec Jean-Pierre CAFFET, nous avons voulu ouvrir une vaste concertation et je me réjouis d’ailleurs que nous ayons opté pour le marché de définition, c’est à dire un processus qui permet de faire s'exprimer les attentes, les contradictions, les espérances et les difficultés.


Le choix d’un tel processus est sans doute inédit. Mais 125.000 personnes ont pu visiter l'exposition, s’interroger, et 12.600 ont exprimé un point de vue.


Précisément, ces visions, ces désirs exprimés, nous ont particulièrement éclairés dans notre prise de décision.


Je veux insister sur un autre point : nous avons pris six mois supplémentaires. Et comme nous avons bien fait ! Car étions-nous à six mois près pour nous poser cette question essentielle : que sera le cœur de Paris dans vingt-cinq ans ?


Oui, c'est cela la question. Et c’est ce à quoi je fais allusion quand j’évoque le processus antérieur. Instruits par le passé, nous avons pris le temps de la réflexion. N’est-ce pas légitime sur un sujet aussi complexe ? Les avis sont divers et je n'ai d’ailleurs subi d'exigences de personne. Nous avons réfléchi, dialogué, et tous les groupes, de la majorité comme de l'opposition municipale, avaient légitimement des points de vue différents. D'ailleurs, le Conseil de Paris y travaillera prochainement j'y reviendrai dans un instant.


Tout cela est normal, chaque individu, chaque observateur ou commentateur, s’est posé un certain nombre de questions.
Nous avons donc procédé de cette manière, dans le respect du droit, la Commission d'appel d'offres présidée par Mireille FLAM prenant sa décision ce matin, après avoir entendu l'adjoint à l'urbanisme, Jean-Pierre CAFFET, avec qui je travaille depuis des mois.


Et bien entendu, le Conseil de Paris s’exprimera prochainement sur ce dossier.


Qu'avons-nous fait ou au contraire, qu’avons-nous décidé de ne pas faire ?


D'abord, avec Jean-Pierre, nous n'avons pas voulu choisir une maquette ou une « illusion ». Même si une maquette, ce peut être un formidable objet. Et les quatre objets qui nous ont été présentés sont d'ailleurs tous très beaux et passionnants.
Nous n'avons pas voulu non plus céder à un effet de mode.


Nous avons voulu forger notre analyse, autant sur la raison que sur l'audace, car l’avenir des Halles a besoin autant de réalisme que d'ambition.


Et pourquoi une ambition « nationale », comme le titrait un article paru hier ? Je dirais plutôt une ambition internationale ! D'ailleurs, je crois que la presse étrangère est largement présente aujourd'hui : je la salue donc, tout comme la presse française, bien sûr.


Non, il ne faut pas limiter notre ambition à une visibilité nationale. Le cœur de Paris intéresse le monde entier. Eh bien tant mieux ! Nous le disons sans orgueil, et même avec modestie. Mais la raison nous impose de construire cette audace sur la réalité, faute de quoi on risque d’aboutir au résultat que nous connaissons aujourd’hui : 40 millions de personnes qui cherchent en vain harmonie et sens dans l'usage de ces six hectares. Car il s'agit bien de six hectares à aménager.


Avec Jean-Pierre CAFFET, nous avons donc souhaité avant tout avoir une vision claire, une conception de l'aménagement urbain, autour de deux réalités.


La première, c'est l'harmonie des usages, des fonctions, de ce cœur de Paris.


La seconde, c'est son lien avec le reste de Paris et, en particulier, ses quartiers environnants. C'est pourquoi l'analyse de David MANGIN est, de notre point de vue, la plus pertinente car elle replace le cœur de Paris dans son environnement en créant une unité, un lien avec les autres quartiers.


Cette vision "urbanistique" est le premier choix qu'il fallait faire ; ainsi, le cœur de Paris est réinséré dans son corps et le lien avec les quartiers environnants est restauré : par exemple, nous casserons la dichotomie actuelle dans les matériaux utilisés, ceux des Halles étant différents des quartiers limitrophes.


Parmi les actes destinés à recoudre ce tissu urbain je soulignerai – mais Jean-Pierre développera sans doute ces différents points – l’aménagement de la salle d'échange de la RATP, la rénovation de la Porte Lescot ou la création de nouveaux accès, qui représentent autant d'atouts.


Oui, la fonctionnalité de ce lieu est le socle sur lequel peut se bâtir une ambition. Car nous voulons redonner du sens à cet espace, un sens qu’on ne puisera que dans la vie et dans la beauté. Or, celles-ci ne peuvent pas s'exprimer si, au départ, on nie la réalité des besoins de fonctionnalité. Je fais donc le lien entre les deux et j'y insiste, en évoquant trois parti pris très importants.


Premièrement, restaurer la perspective, redonner de l'espace - et c'est un vrai choix "urbanistique" du 21ème siècle - à l'ensemble de ce secteur de Paris. Cela aussi, dans le projet MANGIN, était particulièrement séduisant. D'autant que reconquérant ce périmètre immense, nous replaçons dans leur écrin les traces de notre patrimoine : Saint-Eustache, la Bourse du Commerce, mais aussi les « œuvres d'art » qui vont y naître : car telle est bien notre intention, pour ce lieu…
De l’espace, donc, pour que s'épanouisse la beauté dont nous avons hérité ou qui va naître. C’est ce qui me conduit aux deux points suivants.


D'abord le jardin ; d'un seul tenant et au sol – c’est aussi un vrai choix d’urbanisme – qui, comme l’a proposé David MANGIN, fera l'objet d'interventions artistiques, éphémères ou durables. Car il s’agira d’un jardin d'art paysager contemporain. Il sera donc fait appel à des architectes, à des scénographes, à des artistes, à des concepteurs de la lumière qui seront consultés.
Bien entendu, nous attacherons également une attention particulière à tout le mobilier urbain ainsi qu’au mobilier d'éclairage, pour qu’ils soient le fruit de l'inventivité et du talent des designers. Il y aura donc aussi de l'art à travers ces gestes.


Troisième point, le carreau, au sujet duquel le projet MANGIN développe une idée formidable ; une œuvre élégante, lumineuse, légère, de l'art du 21ème siècle, dont nous voulons soigner la conceptions.


C'est pourquoi, pour la réaliser, nous lancerons un concours international. Afin de créer une véritable « œuvre d'art », David MANGIN sera avec nous dans l'élaboration du cahier des charges. Ainsi, dans cet espace reconquis où l’on trouve Saint-Eustache et la Bourse de Commerce, va naître une œuvre d'art architecturale du 21ème siècle, qui accompagnera les œuvres précédentes.


N’oublions pas que parfois, des objets peuvent sembler séduisants, mais mal vieillir, comme les "parapluies" ont mal vieilli. Nous nous attacherons donc à ce que ce projet, ce legs né du génie des artistes contemporains, n'ait pas à être démoli dans vingt-cinq ans… Nous y serons extrêmement attentifs, et au sein du jury appelé à choisir, nous veillerons d'ailleurs à ce que figure un représentant du monde associatif.


A titre personnel, j’ai en tout cas la conviction que la fluidité, la luminosité, la légèreté et la transparence de cette œuvre devraient susciter l’envie de grands créateurs.
Mais j'en arrive à ma conclusion, en vous donnant quelques précisions.


David MANGIN va coordonner ce vaste chantier et il réalisera une partie des opérations. Vous constatez ma volonté « d’ouvrir » et de le faire dans un certain état d'esprit.


Le Conseil de Paris aura à examiner et à se prononcer sur le schéma d'organisation urbaine et sur la future ZAC, puisqu’il y aura une nouvelle ZAC pour aménager les Halles. Ce qui offrira d’ailleurs un autre avantage : prolonger la concertation.
Nous faisons aujourd'hui des choix d'orientation. Nous allons ainsi pouvoir prendre des décisions mûrement réfléchies. Et chacun sera invité à donner son point de vue.


Je voudrais également vous dire un mot du coût. Il est vrai que le projet de David MANGIN est le moins cher, mais ce n'est pas vraiment le critère qui m'a influencé, d'autant que je suis réaliste : avec tout ce que je viens de vous annoncer, croyez-vous que le coût précis soit connu ? Nous le travaillerons au fur et à mesure. L'aménagement urbain prévu par David MANGIN a le mérite d'être à la fois intelligent et réaliste : nous pouvons donc poursuivre et compléter notre travail, et évidemment ce coût pourra évoluer, cher Christian…(Sautter, adjoint aux Finances)


C'est vous dire que nous ne sommes pas à l'aboutissement de ce dossier : nous sommes au point de départ.


Après ce vaste débat, cette vaste analyse, nous avançons, nous actons une étape et nous lançons un processus. Et nous avons une exigence : prendre aujourd’hui une décision que nous assumerons dans vingt cinq ans, quand nous nous promènerons dans ce quartier, en contemplant sa vie et sa beauté.


Car s’il y a aujourd’hui unanimité sur la nécessité de changer, de faire évoluer les choses, oui, je voudrais que dans vingt cinq ans, la même harmonie règne autour de ce quartier, peut-être le plus important du point de vue de la « vibration » de Paris.
Je voudrais ajouter et ce sera ma dernière phrase que ce travail est aussi difficile que passionnant. Je me régale, y compris des difficultés !


Et nous allons continuer, dans le même état d'esprit, avec passion et sens du management, à entreprendre et à affirmer une ambition pour les Halles.


Nous sommes ouverts, déterminés, nous innoverons, et je vous assure que le sens de la beauté et ce qui peut faire l'âme d'un quartier - singulièrement celui-là - demeureront au cœur de nos réflexions et de nos décisions.


Je vous remercie.

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