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DISCOURS

Inauguration du Mémorial de la Shoah

27/01/2005


Allocution de Bertrand Delanoë

lors de l'inauguration du Mémorial de la Shoah,

le Jeudi 27 janvier 2005.

Mesdames et Messieurs les anciens déportés,
Monsieur le Président du Mémorial,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

C'était le 27 janvier. Il y a soixante ans jour pour jour, les troupes soviétiques entraient à Auschwitz.
Elles y découvraient ce que JANKELEVITCH appellera le " monstrueux chef d'œuvre de la haine ".

Au fil des années, les archives vont s'ouvrir, les témoignages se multiplier.
Tous décrivent l'abominable destin des damnés des camps. Mais jamais pourtant, les mots ne suffiront à exprimer l'intensité de la haine nazie. Nous ne pouvons pas la comprendre - affirme PRIMO LEVI -, mais nous devons comprendre d'où elle est issue et nous tenir sur nos gardes ".

Telle est la vocation de ce lieu qui désormais, abrite le Mémorial de la Shoah, mais aussi le Centre de Documentation Juive Contemporaine.
Au nom de Paris, je veux exprimer mes remerciements au président de ce Mémorial, Eric de ROTSCHILD, saluer le remarquable travail de son directeur Jacky FREDJ, et de ses principales collaboratrices, Lior SMADJA et Claudine JANILLI.

Je tiens aussi à souligner l'inspiration forte et féconde des deux cabinets d'architecte, Pain-Bizouard et Jouve-Vignaud, dont la démarche a su mettre les formes imposantes de ce lieu au service de son contenu et de son devenir.

Dès l'origine, l'histoire du premier Mémorial est étroitement liée à celle de notre cité. L'idée en revient à Isaac SCHNEERSOHN qui en 1943, au cœur de l'occupation, a l'intuition que la tragédie en cours exige de réunir le maximum de preuves. Treize ans plus tard, Paris accueille le tombeau du Martyr Juif inconnu, qui donnera naissance au Mémorial.


Pourquoi Paris ? Jean-Pierre BLOCH livre une réponse : " Nous sommes - disait-il - quelques-uns à penser que c'est à Paris, capitale de la Révolution, de la Commune, de la Libération, qui a vu tomber tant de combattants juifs, que le tombeau doit être élevé. Paris - ajoutait-il - demeure (…) la cité des Libertés, où chaque rue est sanctifiée par des souvenirs historiques ".

Aujourd'hui, je veux d'ailleurs évoquer la mémoire d'un homme, Justin GODART, à qui Paris rendra prochainement hommage en donnant son nom à une place de la capitale.
Plusieurs fois ministre sous la IIIème République, militant infatigable de la lutte contre l'antisémitisme, sénateur du Rhône, il fit partie des 80 parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain.
Reconnu comme un " Juste " par l'Etat d'Israël, il apporta un appui décisif à la naissance de ce Centre.
Oui, comme tant d'autres, cet homme symbolise le Paris qui s'engage résolument dans le combat contre l'inacceptable.
Il enrichit le cortège des héros, célèbres ou anonymes, qui ont refusé que l'Histoire ne bascule définitivement dans le déshonneur.

Car cette époque funeste marque aussi la responsabilité écrasante de ce qu'était alors l'Etat français.

Le vil projet du régime collaborationniste de Vichy s'exprime à travers les rafles, l'humiliation quotidienne, les souffrances infligées à des familles entières, et finalement le sacrifice, lorsqu'elles sont livrées à leurs bourreaux.
En visant les Juifs, Vichy a piétiné les valeurs même de la République : car depuis 1791, les Juifs étaient fils de la Révolution, dont ils avaient hérité une citoyenneté pleine et entière.

Notre ville a payé un lourd tribut à la Solution finale.
En effet, près de la moitié des Juifs présents en France habitaient la capitale et sa banlieue.
Ce crime contre l'humanité fut donc également un crime contre notre cité millénaire, contre ses enfants, contre ses racines.
C'est sans doute l'un des aspects les plus terrifiants du dessein nazi : exterminer aussi le passé et tenter d'effacer la trace de chaque individu.

Ainsi, soixante-seize mille Juifs de France ont été déportés et deux mille cinq cents seulement revinrent.
Le souvenir de tous les autres aurait pu s'évanouir dans les méandres du temps, leur humanité niée jusque dans la mort.
Précisément. Ce lieu où nous sommes réunis aujourd'hui offre une sépulture aux victimes du génocide. Une tombe où les parents, les proches, peuvent enfin venir réciter le " kaddich ", la prière des morts.
Et le " Mur des Noms " rend à chacun son identité, en recréant l'empreinte même de son existence.
Impressionnante litanie funèbre, constellation humaine qui plonge chaque visiteur dans un état paradoxal mêlant émotion extrême, respect, révolte et détermination.

Le nouveau Mémorial de la Shoah - sobre, majestueux - est un hymne à la mémoire.
En assumant son rôle dans la restructuration de ce site, la Ville de Paris n'a fait que son devoir : servir ses propres valeurs, sa propre histoire. Car désormais, chacun, quel que soit son âge, sa nationalité, sa religion, peut accéder aux documents innombrables que recèle ce monument.
La richesse de ses archives, la modernité de ses moyens techniques, le rendent unique en Europe.
Ce temple est dédié à l'enseignement de la vérité.
Il est un élément majeur de notre patrimoine. Et je m'engage à ce que son nom, son message, sa mission, s'imposent aux yeux du monde comme autant de signatures de l'identité même de Paris.

Ce Mémorial inscrit dans notre fond commun les témoignages des survivants, seuls à même de dire l'indicible et de nous transmettre ce qu'ils ont éprouvé.
Au nom de Paris, je veux m'incliner devant leur courage, leur douleur, leur destin.

Nous savons que leurs souffrances, jamais éteintes, nourrissent un combat de tous les instants, pour la justice, pour la clairvoyance, pour la vérité.

Nous leur disons merci de nous rendre plus forts quand ils nous lèguent leur mémoire.
Merci de nous rendre plus libres, quand ils nous montrent les chaînes dont ils se sont défaits.
Ils sont les passeurs de l'essentiel. Contre ceux qui s'emploient à souiller le passé pour mieux réhabiliter une idéologie de mort.
Ils sont des guides pour les générations futures, quand la jeunesse prend conscience que la démocratie est parfois aussi fragile qu'un morceau de cristal.

Mesdames et messieurs, le cri des victimes de la Shoah résonne en ce lieu.
De l'écho de ce cri, nous sommes responsables.
Il nous appartient d'en diffuser le message, qui éclaire l'humanité tout entière.

Il nous revient de dire, ici et toujours, que l'antisémitisme est une injure abominable faite à l'universel.

Pour que vive la mémoire des six millions de martyrs de la Shoah.

Pour que la fidélité à leurs voix nous oriente vers l'horizon d'une humanité réconciliée avec elle-même, pour la liberté et pour la paix.

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