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DISCOURS

Cérémonie du 65ème anniversaire de la Libération de Paris

25/08/2009

Monsieur le Chancelier de l’Ordre de la Libération,
Messieurs les Compagnons de la Libération,
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Il y a des jours d’Histoire qui sont des moments de la conscience humaine. Le 25 août 1944, lorsque Paris brise ses chaînes, un élan de liberté parcourt le monde entier. Ce soir là, les cloches retentissent dans les villes et les villages de France, mais aussi à Londres, à Alger, à Beyrouth, à Brazzaville, à Santiago du Chili, à Mexico…


Au nom de ceux qui sont tombés pour que nous puissions vivre, souvenons-nous de ces brûlantes journées d’un été qui fut celui de la Liberté. Tout a commencé quand le peuple de Paris s’est dressé pour dire : le temps de l’Honneur est venu, nous sommes Paris et nous ne resterons pas asservis. Le 10 août 1944, les cheminots se mettent en grève. Le 13, ce sont les employés du métro. Le 15, les policiers. Tous ont décidé d’être dignes de l’Histoire, celle de leur ville, et celle de leur patrie, avec sa devise universelle et ses grandes couleurs. Les trois couleurs, précisément, réapparaissent alors : premier affront à l’ordre barbare, le drapeau français surgit, à l’aube du samedi 19 août, au fronton de la Préfecture de police.


Le lendemain, sous l’autorité de Léo Hamon et du Comité parisien de la Libération, les Forces françaises de l’intérieur prennent possession de l’Hôtel de Ville.

C’est le début de l’insurrection. Une bataille de cinq jours, qui soulève tout Paris, dans tous ses quartiers, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Le colonel Rol-Tanguy, chef des FFI d’Ile-de-France, adresse à tous les citoyens de 18 à 50 ans un ordre de mobilisation générale, placardé dans la ville. Les volontaires affluent, de toutes parts. Ces femmes et ces hommes n’ont ni les mêmes origines, ni la même condition sociale, ni d’ailleurs les mêmes convictions politiques. Certains croient au ciel, d’autres n’y croient pas, d’autres y croient à leur façon. 


Mais ils écrivent la même Histoire. Comme aux grandes heures de 1789 et de 1848, quand Paris donnait à l’Europe le goût de la liberté, des arbres sont abattus pour servir de barricades, au son de la Marseillaise et de la Carmagnole. Notre ville gardera à jamais, inscrite dans sa conscience, le souvenir de ces journées pendant lesquelles son peuple fut seul face à l’occupant.

Mais le jeudi 24 août, il n’est plus seul. Les premiers éléments de la deuxième division blindée arrivent par le sud. A leur tête, le capitaine Dronne, commandant la 9e compagnie, la « nueve » composée pour l’essentiel de Républicains espagnols.


Notre cité leur est infiniment reconnaissante, comme aux Juifs Polonais des FTP MOI, aux Arméniens, aux Allemands antinazis, aux Italiens antifascistes. Tous, ont contribué à notre libération.  Le 24 août 1944, dans nos rues, le combat pour une certaine idée de l’Homme prend toute la force de l’universalité.

Le lendemain, le général Leclerc, appuyé par les soldats américains débarqués le 6 juin à Utah Beach, entre dans Paris par la porte d’Orléans. Il installe son poste de commandement à la gare Montparnasse, et prend le contrôle de Paris. Les forces d’occupation sont vaincues. L’acte de reddition est signé à la Préfecture de police.  A 19 heures 15, le général de Gaulle entre à l’Hôtel de Ville.


La foule se presse, immense, fervente. C’est la fête. Un de ces moments où l’horizon s’élargit, où la vie reconquiert son sens, simplement parce qu’elle redevient possible.

Ce 25 août 1944 est un beau soir d’été. Paris est libre.

L’oppression aura duré un peu plus de quatre ans. Pendant cinquante mois, la ville lumière est devenue cité des ombres. On y a torturé, on y a séquestré, on y a offensé l’idée même d’humanité. Dans la ville de Voltaire, de Lamartine, de Victor Hugo, le régime nazi, avec la collaboration active de l’autorité de fait dite gouvernement de l’Etat français, a installé la haine comme norme.


Que la fierté de la Résistance victorieuse ne nous fasse pas oublier qu’ici, dans notre ville, des enfants ont été réveillés au petit matin pour être conduits à la mort, pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Pendant ces cinquante mois, notre cité aura traversé, avec notre pays tout entier, la nuit de la compromission et de la trahison. Et elle aura aussi perdu sa grâce, sa légèreté, son sourire. François Mauriac, pendant ces années de plomb, avait pu écrire, au soir d’une promenade sur les quais, que Paris semblait s’être accroupie pour pleurer au bord de son fleuve, cachant sa face dans ses bras repliés.

Voici donc soixante cinq ans que ses bras se sont levés pour faire triompher la justice, et pour honorer ses martyrs : Jacques Bonsergent, exécuté le 23 décembre 1940 au fort de Vincennes ; Missak Manouchian, fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944; Pierre Brossolette, qui, pour ne pas risquer de parler sous la torture, se jeta, le 22 mars 1944, du 4ème étage de l’immeuble de la Gestapo ; les 35 garçons, pour la plupart âgés de 18 à 22 ans, massacrés le 16 août 1944 à la cascade du Bois de Boulogne. Et tant d’autres, illustres ou anonymes, dont les plaques, au détour de nos rues, inscrivent le souvenir dans le marbre de notre gratitude. Ils sont notre liberté et notre vie.


Et Paris leur doit d’être resté Paris, cette force de l’insoumission, cette barricade élevée contre la coalition des servitudes, des renoncements et des lâchetés.

C’est cela, la vraie gloire. A ces sentinelles de notre liberté, je veux, au nom de Paris, dire tout simplement merci. A ceux qui sont aujourd’hui sur ce parvis, à tous ceux qui portent le beau nom de Résistants, aux anciens membres du Conseil national de la Résistance et du Comité parisien de la Libération, aux soldats de la 2ème DB,  j’adresse l’hommage de notre profonde reconnaissance. Et notre admiration comme notre affection vont aussi aux soldats des troupes alliées, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.


Au-delà de tous les mots, nous devons veiller à être fidèles à leur exemple, en combattant inlassablement toutes les formes de haine, de rejet, de refus de l’autre. Oui, chaque acte relevant du racisme ou de l’antisémitisme, est une offense à la mémoire des héros de la Libération. Leur message c’est aussi celui de la cohésion sociale, et c’est l’unité de notre communauté nationale et républicaine, dont ils furent le plus beau symbole. Tel est leur legs, pour la jeunesse de tous les temps. Et pour rester fidèles à l’esprit de la Résistance et de la Libération, nous devons renforcer l’unité de l’Europe, cette victoire de l’esprit sur la force et de l’audace de la paix sur la fatalité de la guerre.


Oui, en ces jours de 1944, la ville où il fut proclamé que les hommes naissent et demeurent libres et égaux a su donner un sens à son idéal. Albert Camus l’écrivait au cœur de ces journées de braise : « Le Paris qui se bat ce soir veut commander demain. Non pour le pouvoir, mais pour la justice ; non pour la politique mais pour la morale ; non pour la domination de notre pays, mais pour sa grandeur ».


A chacun de nous, reconnaissant et fidèle, aujourd’hui et demain, d’en être digne.

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