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DISCOURS

Sommet des villes sur le changement climatique à Copenhague

02/06/2009

Discours d’ouverture de Bertrand Delanoë.


Monsieur le Président, Erik FABRIN,
Monsieur le Président, José Maria FIGURES,
Monsieur le Premier ministre du Danemark, Lars Lokke RASMUSSEN
Monsieur le Ministre, Mohammad Yousaf PASHTUN
Madame la Vice-présidente, Margot WALLSTRÖM
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers collègues et amis,


L’enjeu du réchauffement climatique n’est pas seulement décisif. Au sens strict du terme, il est vital. Car c’est un fait, notre planète est mortelle, et le compte à rebours a commencé. Devant l’urgence, il ne peut y avoir ni indifférence ni négligence : la seule réponse possible, c’est l’action. Nous avons donc un devoir de lucidité, d’initiative et de résultat. Merci à Erik FABRIN d’en avoir pris la mesure, et d’organiser ce sommet avec Cités et Gouvernements Locaux Unis.


Notre rendez-vous précède - et d’une certaine façon, il prépare - celui qui réunira les Chefs d’Etat, ici même en décembre prochain. Sous l’égide des Nations Unies, il s’agira alors d’élaborer les accords « post Kyoto ». Car l’histoire s’accélère, nous invitant à regarder en face une réalité destructrice. En effet, une simple hausse de deux degrés de la température terrestre, et tout serait bouleversé. La fonte des glaciers et la montée des océans submergeraient des pans entiers de la planète. Des millions de personnes seraient alors condamnées à l’exode. Devant cette menace, ayons, si je puis dire, le courage d’avoir peur. Déjà, et c’est salutaire, des hommes tel Al Gore, ont su bousculer les consciences. Et appeler chacun à assumer son rôle et ses responsabilités.
Cette exigence s’impose évidemment aux villes. Car c’est au coeur de la civilisation urbaine que vit désormais plus de la moitié de l’humanité. Dès à présent, des changements significatifs dessinent les mutations indispensables. Ici même, à Copenhague, où la politique des déplacements est fortement planifiée depuis 1989, 1/3 des habitants se déplacent aujourd’hui à vélo et 1/3 utilisent exclusivement les transports collectifs. La ville durable, c’est San Francisco qui développe un ingénieux programme de production de bio-diesel en recyclant des huiles alimentaires usagées. C’est Curitiba, véritable capitale écologique du Brésil, où chaque habitant dispose désormais de 52m2 d’espace vert contre 1m2 seulement en 1970.
La ville durable, c’est aussi l’exemplaire éco-quartier de Tianjin en Chine, le réseau ferroviaire en plein essor de Melbourne ou la modernisation des transports en commun à Bombay.
Et à Paris ? Eh bien l’exigence environnementale n’est pas réduite au statut de dossier parmi d’autres, elle inspire l’ensemble de nos politiques, de façon transversale. Ainsi, il y a deux ans, nous avons adopté un Plan Climat qui confirme et amplifie les choix innovants mis en oeuvre dès 2001. Ce plan fixe donc des objectifs très ambitieux pour la période 2004-2020. D’abord, nous voulons réduire de 25% nos émissions de gaz à effet de serre.
En agissant sur tous les leviers. La priorité, c’est de lutter contre l’hégémonie automobile en développant d’autres modes de déplacements.
Le tramway, les transports fluviaux, Velib’ s’inscrivent déjà dans le paysage parisien. Et demain, ce sera Autolib’, 4000 petites voitures électriques en libre service. Ce mouvement de diversification de l’offre produit d’ores et déjà des résultats. En effet, la circulation a baissé de plus de 20% entre 2002 et 2007, avec des effets mesurables.
C’est ainsi que la pollution de proximité a diminué de 32% et les émissions de CO2 de 9%. Mais bien entendu, le trafic automobile n’est pas seul en cause. L’habitat est une autre source importante de rejet de gaz à effets de serre.
C’est pourquoi nous mettons en oeuvre un vaste plan d’isolation du bâti, avec par exemple, depuis cinq ans, tous les logements sociaux construits exclusivement en Haute Qualité Environnementale.
Et dans le même esprit, le partenariat que nous avons conclu en 2007 avec la Fondation Clinton contribue à réduire les consommations énergétiques de 600 écoles parisiennes.
Le troisième axe de notre politique concerne les énergies renouvelables, avec une ambition claire : porter à 25% leur part dans notre consommation globale.
Ainsi, 200 000 m2 de panneaux photovoltaïques équiperont d’ici cinq ans plusieurs éco-quartiers au coeur de la capitale.
Nous développons également un important dispositif de chauffage géothermique, totalement inédit à Paris. Un forage est en cours à 1 700 mètres de profondeur, afin d’extraire l’eau chaude destinée à alimenter à terme 1200 logements.
J’ajoute enfin qu’entre 2001 et 2014, 62 hectares supplémentaires d’espaces verts auront été réalisés dans notre ville.
A travers ces quelques illustrations, nous voyons bien que l’engagement de nos cités est à la fois résolu, divers et très concret. Tous ces actes sont autant de contributions à une cause plus que jamais mondiale. Pensons un instant à l’enfant qui naît aujourd’hui à Copenhague, à Rabat ou à Tokyo.
Si nous voulons lui léguer un monde plus enviable et enrayer la spirale infernale du réchauffement climatique, il faut précisément assumer des sacrifices, adopter de nouvelles habitudes et se fixer des objectifs extrêmement volontaristes. Par exemple, l’harmonisation des législations internationales sur la protection des éco-systèmes.
Ou encore le développement à grande échelle de l’« agriculture biologique ». Nul ne conteste la complexité de la tâche. Ni même l’incertitude du résultat. Mais avons nous le choix ? En vérité, la plus grave erreur serait de penser que le monde actuel peut s’offrir le luxe de l’immobilisme.
Dans ce combat nécessaire, une autre erreur serait d’opposer les nations ou les territoires entre eux.
Cessons de considérer qu’il y aurait d’un côté des pays capables d’assumer une mutation économique et de l’autre des nations émergentes, condamnées pour quelques décennies encore à un mode de développement toxique. Ce qui est toxique ici, est toxique partout.
Quand l’usage intensif des pesticides ruine la santé des agriculteurs en Afrique, quand les dérèglements météorologiques ravagent les populations d’Indonésie, qui peut nier l’universalité de la menace ?
La réponse doit donc être globale et passer par des transferts de technologie, par le co-développement, par l’intervention coordonnée des Etats. C’est précisément ce que souligne Joseph Stiglitz.
Pour lui, les forces économiques de la mondialisation ont eu jusqu’à présent un impact écologique négatif. Mais il faut aujourd’hui les mobiliser sur de nouvelles bases, pour protéger notre environnement et établir des règles internationales efficaces.
Tel est bien l’enjeu des futurs accords post-Kyoto.
Au coeur de cette ambition planétaire, les gouvernements locaux attendent du grand rendez-vous de décembre de vraies décisions.
Je distinguerai trois axes, essentiels à nos yeux :
- D’abord, l’établissement de seuils exigeants de réduction des émissions de CO2, avec des dispositifs juridiques contraignants et des moyens financiers à la mesure de l’urgence.
- Ensuite, la prise en compte du rôle et de la contribution opérationnelle des gouvernements locaux. Nous souhaitons que leur expérience serve à la programmation, à l’application et au suivi des futurs plans d’action contre le réchauffement climatique.
- Enfin, nous pensons que le prochain sommet de Copenhague offre aux gouvernements l’occasion historique d’une réorientation de leurs stratégies industrielles.
Seule une vraie impulsion de la puissance publique permettra à la recherche, à l’innovation, aux éco-technologies, de conquérir la place et la dimension qui leur reviennent. Sans les Etats, rien ne sera possible.
L’intérêt de tous, gouvernants, décideurs économiques, autorités locales, est bien de créer maintenant les conditions d’une croissance écologique. Nous ne croyons pas dans le mythe de la décroissance. Nous croyons en revanche dans le développement durable qui crée des richesses nouvelles et donc, ces millions d’emplois dont l’économie mondiale a besoin.


Chers amis, l’horloge écologique de la planète ne nous accorde plus beaucoup de temps. A chacun d’agir et de prendre ses responsabilités.
Et aux grandes villes du monde de modifier leur gestion des déplacements, leurs mode de consommation, leurs sources d’énergie. Pas demain. Maintenant. Et puisque nos marges de manoeuvre se réduisent, je suggère que nous définissions non seulement des objectifs, mais aussi un agenda.
Avec un but qui mêle à la fois ambition et humilité : oeuvrer, ensemble, pour que se prolonge cette aventure magique qu’on appelle tout simplement la vie.

 

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