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DISCOURS

Interview de Bertrand Delanoë au journal "Métro" le 15 septembre 2008

15/09/2008

“J’ai dit toute la vérité aux Parisiens...”


Le maire de Paris ouvre lundi soir sa série annuelle des comptes rendus de mandat

Après une séquence politique nationale, qui l’a vu annoncer sa candidature au poste de premier secrétaire du PS, le maire de Paris Bertrand Delanoë ouvre lundi soir sa série annuelle des comptes rendus de mandat dans le Xe arrondissement.

Metro : Vous commencez aujourd’hui les comptes rendus de mandat. Est-ce une façon de rappeler aux Parisiens que, malgré vos ambitions au PS, vous ne les avez pas oubliés ?


Mais les Parisiens ne me posent jamais cette question ! Ils savent qu’avec toute l’équipe municipale, nous sommes vraiment au boulot. Quant aux comptes rendus de mandat, je les fais cette année, comme chaque année depuis 2001. C’est un moment de vraie démocratie locale, de relation directe avec les citoyens : nous leur rendons compte de notre action et nous les entendons. Cette année, d’ailleurs, nous innovons, avec des questions qui pourront être posées en amont, sur le site Internet de la Ville. Et chacune recevra une réponse.

Répondrez-vous aux questions si elles sont d’ordre national ?


Vous savez, au contact des Parisiens je réponds évidemment à toutes leurs questions. Mais ce n’est pas le but d’un compte rendu de mandat. Il n’y aura donc pas de détournement d’objet. L’ordre du jour est municipal. C’est clair : nous sommes là pour parler de
la vie à Paris, des réalisations, des projets, des difficultés à résoudre.

Le logement est une de vos priorités. Il semble qu’il y ait des différends avec l’Etat…


Quoi qu’il arrive, nous tiendrons notre engagement de financer 40 000 logements sociaux au cours de cette mandature, après les 30 000 de la mandature précédente. Et nous le ferons en diversifiant les outils proposés. Par exemple, dès la prochaine séance du Conseil de Paris, fin septembre, nous lance­rons un nouveau prêt à taux 0, le “Prêt parcours résidentiel”. Il sera destiné aux locataires du parc social qui veulent devenir propriétaires dans le privé, ce qui libérera des logements sociaux pour d’autres familles. Alors, c’est vrai, l’Etat n’est pas assez coopératif. La concertation est déficiente en amont et nous décou­vrons souvent après coup qu’il met en vente des immeubles au prix du marché alors que nous pourrions y réaliser des logements sociaux, surtout dans des arrondissements dépourvus. Cette attitude est inadmissible. C’est pourquoi j’ai écrit au Premier ministre pour définir ensemble une méthode plus transparente.

La réponse au problème du logement passe-t-elle aussi par les tours ?


Ce n’est pas si simple ! Une ville comme Paris doit être à la fois préservée et enrichie. Elle avait perdu 170 000 habitants dans les vingt-cinq années qui ont précédé notre élection, elle en a regagné 44 000 entre 2001 et 2005. Cela démontre une vraie envie d’aller de l’avant. Et c’est valable aussi sur le plan de l’urbanisme et du développement économique. Il s’agit effectivement, dans six quartiers identifiés, à la périphérie de Paris, en concertation avec les habitants et les élus des communes voisines, de travailler sur le futur, à travers des formes très belles, représentatives du génie du XXIe siècle, et avec une totale exigence écologique, puisque tout sera en haute qualité environnementale. Nous proposons donc de nous limiter à cinquante mètres pour le logement, et d’aller au-delà pour l’activité économique.

Aurez-vous les moyens de vos ambitions ?


Le contexte budgétaire est contraint par la crise économique, la baisse prévisible des droits de mutation et les désengagements de l’Etat, qui a une dette de 200 millions d’euros vis-à-vis des contribuables parisiens ! Sur le seul RMI, il nous doit 108 millions d’euros. Toutes les collectivités territoriales pâtissent aujourd’hui d’un Etat mauvais gestionnaire, qui éponge ses déficits à leurs dépens. Malgré cela, j’entends honorer nos engagements : logement, solidarité, environnement et innovation.

Donc, vous allez augmenter les impôts…


J’ai dit toute la vérité aux Parisiens pendant la campagne électorale : après sept ans de stabilité (c’était inédit à Paris), il y aura une augmentation de la fiscalité, inférieure à 10% et unique­ment en 2009 et en 2010.

La prolongation du tramway se fera, a priori, sans le financement de l’Etat…


La prolongation jusqu’à la porte de la Chapelle est financée à 70% par la Ville et à 30% par la Région, et elle sera livrée pendant cette mandature. A l’heure du Grenelle de l’environ­nement, ce serait donc la moindre des choses que l’Etat s’engage financière­ment sur le tronçon entre la porte de la Chapelle et la porte d’Asnières, ou sur la prolongation de la ligne 14 du métro, pour désengorger la ligne 13.

Où en est Autolib’ ?


Au premier trimestre 2009, nous créons le syndicat mixte qui associera toutes les communes engagées dans la mise en place en 2010 d’un système de voitures propres en libre-service. 4 000 vé­hicules seront disponibles, dont 2 000 intra-muros.

Si la Région passe à droite, vos marges de manœuvre vont-elles être réduites ?


Je ne m’inscris pas dans cette hypothèse. Jean-Paul Huchon fait un excellent travail, et la dynamique qu’il a impulsée pour la Région Ile-de-France doit se poursuivre au-delà de 2010.

Des incidents communautaires sont survenus à deux reprises dans le XIXe. Quelle est votre analyse?


Notre société est malade et cela se perçoit particulièrement dans les villes. Depuis six ans, le gouvernement tient un discours d’autosatisfaction en matière de sécu­rité. Pourtant, les tensions demeurent. Cela devrait lui suggérer davantage d’humilité. Pour notre part, nous avons mis en œuvre depuis six ans une politique de “coproduction de sécurité” avec la préfecture de police, sans sectarisme politicien. Cela a produit des effets. Mais les fléaux de la délin­quance, du racisme et de l’antisémitisme existent. Il faut les traiter autrement qu’en fichant les mineurs de 13 ans. Avec le préfet, le maire du XIXe ar­rondisse­ment et l’Educa­tion na­tionale, nous y travaillons et prendrons très vite de nouvelles initiatives.

Le pouvoir a reculé sur Edvige. Vous êtes satisfait ?


La méthode de Nicolas Sarkozy consiste à concentrer les pouvoirs et à se défausser sur ses minis­tres dès qu’un problème surgit. Quant au prétendu recul, restons prudents. Ce qu’il faut, c’est d’abord retirer ce décret attentatoire aux libertés individuelles et concevoir, dans la concertation, les outils vraiment efficaces pour lutter contre la délinquance et le terrorisme.

Edvige sauve un peu la rentrée du PS, non ?


Le Parti socialiste est souvent dans les paradoxes, mais son potentiel est intact. Il y a en son sein des convictions et de la compétence. Et puis, peut-on reprocher aux socialistes d’aimer la démocratie ? Contrairement à l’UMP qui est un parti caporalisé, nous assumons le débat. Bien sûr, nous en éprouvons les inconvénients avec parfois des démarches trop tactiques ou personnelles. Je comprends que, pour nos concitoyens, certaines alliances ne soient pas très lisibles sur le fond…. Mais ce congrès (du 14 au 16 novembre à Reims, ndlr) sera une épreuve de vérité, dans laquelle nous devrons concilier exigence de clarté et souci du rassemblement. Notre devoir, c’est l’action pour une efficacité de gauche, au service des Français.

Aurélie Sarrot, Caroline Brun, Jérôme Vermelin

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