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|  | [04/11/2009] |
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Jean-Yves Mano: "La Ville ne laisse personne dans la panade"
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A l'occasion de la trêve hivernale qui suspend pour quelques mois les expulsions locatives, l'adjoint chargé du logement explique comment et pourquoi la mairie aide les ménages en grande difficulté. Sans négliger tous ceux qui, sans être prioritaires, craignent de se retrouver un jour dans l'impossibilité de se loger à Paris.
Jean-Yves Mano revient aussi sur l'action de Jeudi Noir qui occupe un hôtel particulier, Place des Vosges (4e).
En cette période de trêve hivernale, que fait la ville pour ceux qui se retrouvent à la rue, ou presque?
Les personnes menacées d'expulsion, auxquelles la Ville de Paris apporte son aide, le sont parce qu’elles n’ont pas payé leur loyer. Elles ont reçu une assignation de la part du tribunal. A compter de cet instant, les 5 200 familles qui se sont retrouvées dans cette situation en 2008 ont toutes été contactées par les services sociaux de la ville, de la CAF ou de l'Equipe Départementale Logement (EDL) afin de mobiliser toutes les aides possibles en leur faveur. Notamment le "FSL Habitat" pour apurer les dettes locatives et le "FSL Energie" pour permettre aux familles de diposer d'un confort minimal.
Par ailleurs, la Ville de Paris met en place une Aide au logement en direction des ménages parisiens pour abaisser les taux d'efforts locatifs qui finissent trop souvent par déboucher sur des situations d'expulsions locatives. Outre l'aspect financier, la Ville apporte son aide en accompagnant les ménages pour les aider à se maintenir dans les lieux et régler les problèmes de loyer. Suite à une décision de justice, la Ville ne laisse personne dans la panade.
Il faut tout de même relativiser certains chiffres : en moyenne, seuls 1000 à 1300 ménages sont physiquement expulsés chaque année. Et la Ville met à la disposition des familles vivant ce traumatisme des solutions hôtelières pour lesquelles elle débourse plus de 20 millions d'euros chaque année.
Paris fait beaucoup pour les populations prioritaires, comme par exemple reloger les personnes qui vivent dans des immeubles insalubres. Quand nous sommes arrivés en 2001,1030 immeubles étaient insalubres. Nous aurons bientôt relogé 18 000 personnes sortant de ces immeubles. C’est une réalité que nous continuons à assumer jusqu’au bout.
Et pour ceux qui arrivent encore à payer leur loyer, mais ont peur de ne plus y parvenir?
Paris n’est pas une ville coupée en deux, avec d’un côté les super riches et de l’autre, les super pauvres.
Aujourd’hui 72% des Parisiens ont, de par leurs revenus, potentiellement accès au logement social. La Ville de Paris reloge dans son parc social des ménages en cours d'expulsion, ainsi que ceux dont le taux d'effort est si élevé qu'une expulsion est inévitable à terme : ils représentent 28% des personnes relogées par la ville. Ainsi, la Ville de Paris a formulé une proposition de relogement dans son parc social à :
- 360 ménages menacés d'expulsion au motif que leur logement est en vente ("congé pour vente ou reprise").
- 87 ménages menacés d'expulsion au motif qu'ils perdent leur logement de fonction.
- 570 ménages dont le taux d'effort locatif dépasse le tiers de leurs revenus.
N'oublions pas qu'il existe de nombreuses aides au logement. Sur ce plan, la Ville de Paris s’est substituée à l'Etat, du fait de la baisse terrible de la prise en charge de l’allocation logement ou de l’APL par l’Etat. Face à ce constat, la Ville de Paris a été dans l’obligation d’agir, ce qui n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur ses finances. En 7 ans, les dépenses sociales de la Ville de Paris ont augmenté de 75%.
Face à l'impossibilité de se loger, on voit des actions comme celle de Jeudi Noir, qui occupe un Hôtel particulier, Place des Vosges. Qu'en pensez-vous?
Jeudi Noir est une association de jeunes, sympathique à mes yeux. Ils sensibilisent l’opinion à l’aberration d’avoir des immeubles vacants sur le territoire parisien. J’estime qu’ils sont dans leur rôle de militantisme renouvelé.
Mais ça n’est pas pour autant que la Ville de Paris aurait la possibilité de transformer chaque immeuble qu’ils occupent en logement social ou en logement pour les jeunes. Dans le cas précis de la Place des Vosges, ils ciblent certes un immeuble qui est vide depuis de très nombreuses années, mais il se trouve que, comme toujours, la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît.
En l’occurrence, la propriétaire est une personne qui est sous tutelle et qui n’a pas la capacité personnelle de décider du devenir de ce bien. Peut-être que l’action de Jeudi Noir aboutira à la remise en location de ces logements et ce sera une victoire. Est-ce que ce sera pour autant du logement destiné aux jeunes ? Je n’en suis pas certain.
Reste que c’est l’exemple type d’une sensibilisation de l’opinion indispensable pour faire bouger les lignes. Au cours des mois précédents, Jeudi Noir a pénétré dans un immeuble du 6eme arrondissement situé rue de Sèvres... un immeuble vide dont la propriétaire assume le fait de ne pas vouloir louer. Etant donnée la situation de logement dans laquelle nous sommes, nous pensons que l’Etat aurait dû réquisitionner cet immeuble. L’Etat a refusé la demande du Maire de Paris de voir cet immeuble réquisitionné, et cela dépend de son seul pouvoir. Celà me semble regrettable.
C’est pourquoi la Ville de Paris sera toujours aux côtés de Jeudi Noir tant qu'ils sensibiliseront l’opinion sur l'aberration qui consiste à avoir des logements vacants sur le territoire parisien.
Concrètement, quelle réponse la ville de Paris peut apporter aux occupants de l'Hôtel particulier?
Nous n’avons pas pour habitude à la Ville de Paris - et j’ai mis fin à cela depuis 2001- de cautionner la méthode du « Je manifeste, j’occupe un immeuble, j’ai une place dans un logement social et j’ai une place dans une résidence jeune ». Ca ne marche pas comme ça ! Je crois qu’ils sont dans une démarche de sensibilisation et c’est cela que je soutiens.
Ca n’est pas parce qu’on occupe un immeuble qu’on a le droit à un accès prioritaire au logement social. Tous les collectifs associatifs qui existent à Paris en matière de droit au logement le savent. Nous faisons beaucoup d’efforts mais nous ne répondrons pas individuellement à ce genre de démarche. Ils sont dans une optique beaucoup plus large, je la comprends comme telle et je la soutiens comme telle. Maintenant, s’ils manifestent pour dire « J’occupe un immeuble et la Ville de Paris doit me reloger ». La réponse, hélas, est non.
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