Actualités...
|  | [16/11/2009] |
 |
Jean Vuillermoz, adjoint au sport: "Jean Bouin sera la maison du rugby"
|
Pourquoi un nouveau Stade? Quid des scolaires, du sport de proximité? Pourquoi le Stade français n'irait pas s'installer à Charléty? 119 ou 143 millions? Et les pelouses d'Auteuil? Jean Vuillermoz, adjoint au maire chargé du sport répond aux questions et aux attaques suscitées par la reconstruction de Jean Bouin dans le 16e.
Le commissaire enquêteur a rendu, le 16 novembre, un avis favorable dans son rapport final concernant l'enquête publique liée à la rénovation de Jean Bouin. L'avis est assorti de réserves et recommandations liées à des adaptations techniques à mener. Le Conseil de Paris sera saisi, début 2010, au sujet de ce rapport.
Outre un stade de 20000 places, conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, l'enceinte accueillera également 7300 m2 de commerces et un parking souterrain de 500 places. Retrouvez l'interview de Jean Vuillermoz, adjoint au maire chargé du sport, réalisée avant cet avis positif du commissaire enquêteur.
Entretien avec Jean Vuillermoz
On accuse la mairie de tout sacrifier au sport spectacle avec ce projet...
Il faut rappeler certaines vérités : la ville va consacrer lors de cette mandature environ 200 M€ au sport de haut niveau (notamment Jean Bouin, et la piscine olympique d’Aubervilliers) et 400 M€ au sport de proximité. La Mairie investit donc deux fois plus dans le sport de proximité que dans le sport de haut niveau. Pensez au Stade Jules Ladoumègue dans le 19ème, au Carreau du Temple dans le 3ème ou encore au centre sportif Beaujon dans le 8ème…
Si j’osais, je pourrais même faire un peu d’histoire et rappeler que de 1995 à 2001 la ville avait investi à peine plus de 100 M€ dans les équipements sportifs. Ce qui a fortement aggravé le sous-équipement de la capitale. Depuis 2001, la majorité municipale a fait un rattrapage majeur multipliant par six l’effort d’investissement, prioritairement en faveur des équipements de quartier. Si c’est cela tout sacrifier au sport spectacle…
…ou de faire un somptueux cadeau au Stade français
Est-ce aberrant que Paris, capitale de la France, ait un stade de rugby ? Nous voulons un stade dédié au rugby, et il se trouve que le Stade français est le club phare de la capitale et même du Nord de la France. Faites le tour des villes du Top 14, allez à Montpellier, à Toulouse, en Angleterre… vous verrez que le stade Jean Bouin est indigne du rugby, indigne du Top 14, indigne des passionnés de plus en plus nombreux qui viennent soutenir leur équipe.Il ne peut accueillir que 9 000 personnes, dont plus de la moitié sont sous la pluie.
Ce nouveau stade sera le premier équipement sportif de cette envergure construit depuis plus de 15 ans à Paris. Je veux que Paris continue à être une grande capitale sportive, je veux qu’elle tienne son rang en matière de grandes rencontres internationales. Jean Bouin aura vocation à être la maison du rugby.
Pourquoi pas Charlety, ou le Parc des Princes pour le Stade Français ?
Charlety a été conçu avant tout pour l’athlétisme. IL y a huit couloirs d’athlétisme, et dans les virages, les tribunes se trouvent à quarante ou cinquante mètres du terrain. Cela signifie que les spectateurs peuvent être à 200 mètres de l’action, ce qui n’est pas concevable pour le rugby, sport de contact. Pour l’adapter au rugby de haut niveau, il faudrait supprimer les pistes d’athlétisme –et les mettre où ?- et refaire les tribunes. Ça serait du rafistolage avec des conséquences sportives et financières totalement aberrantes.
Quant au parc des Princes, il faudrait créer une deuxième pelouse dont la configuration du lieu obligerait à ce qu’elle soit rétractable et entreposable ailleurs. Une solution très onéreuse qui nécessiterait des coûts d’entretien, de pose et de dépose très dispendieux. Nous avons expertisé de près cette piste; elle ne fonctionne pas. Il s’agit là de fausses solutions qui seraient de très mauvais signes pour le sport et pour l’attractivité de Paris.
Les scolaires et les jeunes, ainsi que les associations vont se retrouver exclus du Stade. Est-ce exact ?
C’est ma principale préoccupation. Retirer les enfants de Jean Bouin et ne pas avoir les pelouses d’Auteuil, c’est une gêne certaine. Dès le début du projet de reconstruction du stade Jean Bouin, la ville a proposé l’aménagement des pelouses d’Auteuil pour reloger tous les scolaires et toutes les associations. Nous avons mené un projet exemplaire pour aménager cette partie du Bois de Boulogne située à 500 mètres de Jean Bouin et sur laquelle existe déjà des activités.
Le cadre est exceptionnel et les équipements programmés d’une très grande qualité. Il s’agira d’un parc sportif comprenant un terrain de foot, un terrain de rugby, un terrain de hockey, 2 terrains de basket et une piste d’athlétisme. Le tout entièrement dédié au sport de proximité. C’est du jamais vu à Paris depuis plusieurs décennies. Qui va en profiter ? Les Parisiennes et les Parisiens, particulièrement celles et ceux qui vivent dans le 16ème arrondissement.
Le projet des pelouses d'Auteuil semble au point mort, pourquoi ?
La ville est prête depuis six mois. Nous attendons les autorisations administratives notamment celle de la Commission des sites qui dépend de l’Etat. L’Etat retarde cette décision. Je le déplore. Comme je déplore l’attitude du Maire du 16ème arrondissement qui a affirmé lors du Conseil de Paris d’octobre vouloir tout faire pour arrêter ce projet. Les habitants de Paris et du 16ème arrondissement apprécieront cette volonté d’empêcher la réalisation d’un grand parc sportif de proximité de 6 hectares et d’un nouveau jardin public de 6 hectares lui aussi. N’importe quel autre arrondissement se battrait pour avoir un tel équipement, c’est incompréhensible politiquement. Sauf à dire je me bats contre le maire de Paris, contre son projet, parce que c’est son projet.
Concrètement, où vont se retrouver les scolaires ?
Nous avons trouvé des solutions temporaires. Nous avons tout engagé avec le Rectorat pour que provisoirement les scolaires puissent être accueillis dans d’autres équipements à moins de 15 minutes de Jean Bouin. Principalement dans le 16ème arrondissement et dans le 15e, à Suzanne Lenglen. Dans la plupart des arrondissements parisiens, les élèves se rendent dans des stades de banlieues, en bus.
Je ne nie pas que cette situation temporaire va créer des gênes. Mais cela existe à chaque fois que la ville fait des travaux dans un équipement. C’est le cas dans le 19ème arrondissement avec le stade Jules Ladoumègue, en raison de la construction du tramway, et les gens le comprennent. Tout le monde doit prendre conscience que la situation n’est que provisoire et qu’elle va aboutir à renforcer et améliorer la pratique du sport. Si nous obtenons les autorisations administratives avant la fin de l’année, les scolaires pourront aller à Auteuil en dès 2011.
Le chiffre officiel des coûts est 119 Millions, mais le chiffre de 143 millions est aujourd’hui présenté comme plus proche de la réalité. Qu’en est –il ?
Le coût global du projet approuvé par le Conseil de Paris en 2007 est de 119M€, comprenant non seulement le stade (77 M€) mais aussi le parking (24M€) et les surfaces commerciales [18M€).
Mais chaque année, les coûts de la construction augmentent en moyenne de 4 à 4,5%, notamment en raison de l’inflation. Ce qui fait qu’en 2013, à la date finale des paiements, le coût global estimé aujourd’hui est de 143 M€. J’aimerai beaucoup une inflation à 0% mais ce n’est pas le cas… et cela concerne toutes les constructions.
Il faut également préciser que la ville percevra des revenus liés à la redevance versée par le club résidant, aux loyers issus des surfaces commerciales et aux recettes générées par le parking. Nous espérons entre 3 et 5 millions d’euros de recettes annuelles, ce qui permettra d’amortir notre investissement au bout de 30 ans.
.
Le chiffre de 7300 m carrés de commerce est-il exact ? Que répondez-vous alors aux critiques de « temple du business » ?
7300 m² de surfaces commerciales et parler de « temple du business », franchement c’est extravagant.
On nous reproche quoi ? D’avoir voulu construire un stade urbain qui soit ouvert sur la ville, sur le quartier, et qui réponde à certains besoins des habitants ? Nous assumons. D’avoir voulu compléter l’offre commerciale du quartier et contribuer à l’animation de la rue Claude Farrère ? Nous assumons encore. D’avoir voulu générer de l’activité qui va permettre à la ville de percevoir des recettes et ainsi d’amortir le coût du stade de manière raisonnable ? Nous assumons toujours. Tout le monde s’accorde à reconnaître que c’est un quartier où l’on manque de commerces.
Que souhaitez vous dire aux riverains qui s’inquiètent et qui manifestent ?
Je comprends les inquiétudes des parents d’élèves et celles des professeurs d’éducation. Mais je ne peux pas accepter la désinformation et les mensonges qui entourent ce projet. Certains habitants craignent d’avoir un deuxième « mastodonte » du style du Parc des Princes. Le stade Jean Bouin ne sera pas une coque de béton posé au milieu du quartier. Le projet de Rudy Riccioti a justement été retenu pour son insertion urbaine, son approche environnementale et l’esthétisme de l’équipement. Il s’agira d’un stade innovant à la pointe des techniques de construction. Jean Bouin est une œuvre d’art.
Pouvez vous annoncer un calendrier ?
Nous attendons les conclusions du commissaire enquêteur entre novembre et décembre. Le projet après enquête publique sera ensuite présenté au Conseil de Paris. Théoriquement le stade devrait être libre de tout occupant fin janvier 2010, et les travaux doivent commencer dans la foulée pour une livraison du nouveau stade à la fin de l’année 2012.
|