A l’occasion du centenaire de la commercialisation de l’autochrome, premier procédé industriel de photographie couleur inventé par les frères Lumière, l’exposition Paris en couleurs se propose de dévoiler 300 photographies rares en couleurs de Paris de 1907 à nos jours. Ces images inédites ou peu connues sont pour la plupart l’oeuvre de grands photographes. Elles retracent l’aventure de la photographie en couleurs ainsi que les transformations de la ville : enseignes, murs, affiches, décoration, mobilier urbain, transport, immeubles. Les visiteurs pourront ainsi découvrir un Paris du vingtième siècle vivant et coloré, à rebours de l’imaginaire nostalgique en noir et blanc le plus souvent mis à l’honneur.
Au-delà de l’intérêt esthétique des images, les couleurs font soudain ressortir des détails incongrus, émouvants, étrangement réels. A première vue, tout nous est familier : les rues, les façades, les perspectives, les plaques de rues, les colonnes Morris, le « gaz à tous les étages», les carrefours, les tables de bistrots même. Et pourtant tout a changé, la vie surtout : la rue, les commerces, les automobiles, les enseignes lumineuses, les publicités, le mobilier urbain, les vêtements, l’exubérance des manifestations publiques, des fêtes et des foules, les enfants dans la rue. L’habitat, dont les innombrables «hôtels, meublés, garnis, pensions» évoquent la précarité, les cours intérieures avec leurs fontaines d’eau froide hiver comme été nous rappellent à quel point l’inconfort et la pauvreté ont reculé au cours du siècle.
Au cours des recherches menées pour cette exposition, nous avons constaté que d’immenses gisements photographiques restaient inexplorés ou en voie de dégradation : archives non classées de photographes décédés ou encore vivants, vaste corpus constitué par la photographie d’amateurs, essais en couleurs d’anonymes, négatifs oubliés dans des archives.Notre espoir est que ce centenaire rappelle la fragilité des images en couleurs vouées à bref délai à la destruction physique et chimique, et ne constitue que le début de la redécouverte d’un pan injustement délaissé de l’histoire de la photographie.
Virginie Chardin