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Partager sur Facebook | Partager sur Twiter | Partager | Imprimer | A+ | A- | A=Paris et le mètre étalon : les deux plaques subsistantes

Déborah Lesage - Mairie de Paris
[21/10/2011]

Sous la Révolution, afin de généraliser l'usage du système métrique, la Convention (1792-1795) décida l'installation de seize mètres étalons en marbre dans les lieux les plus fréquentés de Paris. Ces mètres furent finalement installés entre février 1796 et décembre 1797. Il n'en subsiste plus que deux aujourd'hui : un, place Vendôme (1er) et l'autre, rue de Vaugirard (6e). 

Le mètre, une idée des Lumières

Il faut savoir qu'avant tout, le mètre était une idée des Lumières. Ils pensaient à cette nouvelle unité car avant, les longueurs étaient mesurées grâce à une référence humaine (comme le pied, le pouce, la toise ...), ce qui posait souvent des problèmes, puisque tous les humains sont différents. Ensuite, la création d'un système métrique décimal a été nécessaire, puisqu'aucune mesure n'était vraiment officielle : la même appellation servait pour différentes mesures, alors qu'une même grandeur pouvait être nommée différemment. C'est pourquoi dans de nombreux cahiers de doléances, vers la fin du XVIIIe siècle, on aperçoit beaucoup de demandes venant aussi bien de paysans (qui souhaitent avoir une mesure commune à tous, afin d'éviter les abus) que de commerçants (qui eux souhaitent faciliter la circulation des marchandises), voire même des savants (qui se plaignent du temps perdu dans les conversions).

En 1971, la définition du mètre change, il devient la dix millionième partie du quart du méridien terrestre (on approche ici de l'universalité). Pour l’établir, on mesure par triangulation le tronçon du méridien allant de Dunkerque à Barcelone. De nos jours, on utilise la lumière pour déterminer une valeur précise du mètre. En effet, le mètre est la distance parcourue dans le vide en 1/299 792 458ème de seconde par la lumière.

 

La diversité des mesures en France sous l'Ancien Régime

Les mesures de distance dans le monde et plus particulièrement en France ont connu une très grande évolution depuis les années 1790. En effet, au début du XVIIIème siècle, la diversité des mesures et les différentes techniques de mesurage étaient extrêmement gênantes, notamment dans les activités administratives, commerciales et scientifiques. De plus, de nombreuses mesures identiques ou quasi-identiques étaient nommées de manières différentes selon les provinces, les villes voire les villages d'une même région. Elles pouvaient également changer selon les lieux et aussi selon les corporations.

En France, le nombre important de seigneurs et de villes qui utilisaient autant d'étalons différents a amené une évolution des noms et des valeurs des mesures, permettant une facilité d'échanges. L'appellation des anciennes mesures était souvent très imagée, et en relation avec les dimensions de parties du corps humain (pied, pouce...), à ses aptitudes (journal : étendue de terre travaillée en un jour, galopin : quantité (variable) de vin qui pouvait être bue lors d'un repas ...) ou à des facteurs naturels (picotin : ration d'un cheval (3,2 L d'avoine),...). Ainsi tout groupe humain, toute collectivité territoriale ou corporative possédait un système de mesures adéquat à ses besoins. Cependant, la pluralité et la complexité des mesures usitées en France rendaient compte d'un profond désordre dans les échanges.

De nombreux projets d'unification furent imaginés par certains rois ou hommes politiques, notamment François 1er : Edits sur l'aunage en 1540-1545, Henri IV et Colbert, sans toutefois connaître un grand succès, car ils ne furent jamais appliqués.

Jusqu'en 1776, l'étalon (modèle de mesure qui sert de référence) prototype royal de longueur était "la Toise du Châtelet". La Toise du Châtelet était constituée par une barre de fer, terminée par deux redans dont la distance déterminait la longueur de la Toise ; mais compte-tenu de la fabrication imprécise de cette Toise et des altérations dues à l'usure, on fabriqua une autre Toise, qu'on nomma Toise de l'Académie, et servira de référence pour l'élaboration du mètre provisoire en 1795 et du mètre définitif en 1799.
Certains rois et conseillers de la Couronne avaient tenté, en vain, de rendre les unités de Paris obligatoires sur la totalité du pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les premières tentatives de changement

De nombreux cahiers de doléances demandent l'uniformisation des poids et mesures, dès 1789. L'application de cette demande permettrait ainsi à l'Assemblée Nationale Constituante d'unifier la nation en cette période de crise. L' Assemblée voulait que ce nouveau système de "poids" (la masse, à cette époque, ne se différenciait pas du poids) et mesures soit universel et se pérennise éternellement : comme l'a si bien affirmé Condorcet : "A tous les temps, à tous les peuples". Pour cela, le nouveau système de "poids" et mesures devait être basé sur une unité universelle ne pouvant être reniée. Cette unité devait être suffisamment précise pour qu'elle subsiste longtemps après sa création.

Le 9 mars 1790, Talleyrand s'inspire de l'abbé Mouton et expose à l'Assemblée Nationale un nouveau système de mesures plus stable et uniforme. L'Assemblée Nationale adopte ce projet d'unification des poids et mesures : l'unité de base devient la longueur du pendule battant la seconde. Cette nouvelle référence est très vite présentée aux pays étrangers comme l'Espagne, l'Angleterre, et les Etats-Unis ; afin de connaître le point de vue des gouvernements, pour la création de cette nouvelle unité universelle. Charles de Borda, Lavoisier, Tillet et Condorcet sont les quatre principaux scientifiques choisis pour élaborer ce nouveau système. Mais l'Angleterre et les Etats-Unis ne sont pas convaincus par ce système et le refusent en 1790, et peu de temps après, une nouvelle référence, jugée plus universelle (la longueur du pendule nécessitait de mesurer des grandeurs physiques telles que le temps et la valeur de la pesanteur) est proposée : la mesure de l'arc terrestre (c'est-à-dire la longueur du quart du méridien). L'Académie des Sciences décide de garder cette dernière idée, qui permet notamment la division décimale pour les mesures, les poids et les monnaies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 L'uniformisation des poids et mesures

Les premières recommandations pour la mesure de l'arc terrestre furent émises par l'Assemblée Constituante, par un décret datant du 26 mars 1791. L'Assemblée espérait enfin donner un motif de satisfactions aux nombreuses remarques émanant des cahiers de doléances par ce décret :

"Considérant que, pour parvenir à établir l'uniformité des poids et mesures, il est nécessaire de fixer une unité de mesure naturelle et invariable et que le seul moyen d'étendre cette uniformité aux nations étrangères et de les engager à convenir d'un système de mesure est de choisir une unité qui ne renferme rien d'arbitraire ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe... adopte la grandeur du quart du méridien terrestre pour base du nouveau système de mesures ; les opérations nécessaires pour déterminer cette base, notamment la mesure d'un arc de méridien depuis Dunkerque jusqu'à Barcelone seront incessamment exécutées"

Jean-Baptiste Joseph Delambre et Pierre Méchain sont les astronomes choisis pour mesurer l'arc du méridien. Ils utilisent la triangulation (méthode inventée au début du XVIIème siècle par Willebrord Snel Van Royen, mathématicien et astronome hollandais). Cette méthode, plus largement expliquée avec l'exemple du G.P.S., consiste à mesurer une distance (ici une portion du méridien) grâce à de nombreux points formant des triangles juxtaposés (deux triangles successifs ayant un côté commun) et grâce à la connaissance des angles de ces triangles, acquise lors des visées.

La mesure d'un des côtés d'un triangle (considéré comme la base) permet de calculer la longueur de tous les autres, puis dans une deuxième étape, de déterminer, par projection la distance sur Terre, au niveau de la mer, entre les points extrêmes. Ces calculs relèvent surtout de mesures géodésiques, d'arpentage et de mesures astronomiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le système provisoire et les étalons de 1795

Les mesures vont durer de 1792 à 1798, à cause de la suppression de l'Académie des Sciences le 8 août 1793 et de la guerre contre l'Espagne (déclarée le 7 mars 1793) qui gênent considérablement les travaux des astronomes. La Convention (l'assemblée révolutionnaire qui gouvernait la France à cette époque) se sert des nouvelles mesures partiellement achevées pour élaborer un système provisoire (loi du 1er août 1793) :

- Le nouveau système des "poids" et mesures, fondé sur la mesure du méridien de la Terre et la division décimale, servira dans toute la République.
- L'unité de mesure linéaire : la dix millionième partie du quart du méridien terrestre est appelé "mètre", nom adopté par Borda , (du grec metron : mesure) et vaut 3 pieds 11,44 lignes de Paris (soit la fraction 0,513 243 de l'étalon Toise de l'Académie).
- L'unité de "poids" sera la masse, baptisée à l'origine grave, (du latin gravis : lourd) d'un décimètre cube d'eau distillée à la température de la glace fondante.

Le système métrique est donc "né" même si plusieurs mesures sont encore en cours, et la Convention à l'origine de l'application de ce système peut observer un peu plus tard les premiers modèles métriques en octobre 1793. Elle décide de publier le 1er avril 1794 le premier ouvrage concernant le mètre et son système, ouvrage intitulé : Instruction sur les mesures de la grandeur de la terre, uniformes pour toute la République et sur les calculs relatifs à leur division décimale. Le 7 avril 1795, une loi fixe l'étalon :

"Il n'y aura qu'un seul étalon des poids et mesures pour toute la République ; ce sera une règle de platine sur laquelle sera tracé le mètre qui a été adopté pour l'unité fondamentale de tout le système des mesures ".

Cette loi donne naissance, dès juillet 1795, à un mètre étalon provisoire en laiton. Un autre article de cette loi concerne la mise en place du système métrique : les municipalités et les administrations chargées de la police devront s'assurer de l'exactitude des "poids" et mesures quelquefois par an dans les places publiques, notamment foires et marchés, dans les magasins et les lieux d'échanges. Des efforts sont également fournis pour la diffusion du système métrique : dans les écoles, les instituteurs commencent à enseigner ce système aux élèves ; de même, les administrateurs des départements ont pour but de faire connaître le système dans leur territoire. Des mètres étalons provisoires sont installés dans certaines villes : il en subsiste encore deux mètres en marbre à Paris, d'autres en fer sont observables à Lyon (69), Agde (34), Montauban (82) et Marvejols (48).
A Paris, ces deux mètres étalons (plaques métriques) sont situés l'un, place Vendôme entre le ministère de la Justice et le Ritz (1er), et l'autre au 36 rue de Vaugirard (au coin de la rue Garancière-6e).

 


 

 

 


 

 

 

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