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Partager sur Facebook | Partager sur Twiter | Partager | Imprimer | A+ | A- | A=Paris à l’âge classique

Roger-Viollet
[22/02/2011]

En 1527, de retour de sa captivité en Italie, François Ier déplace le centre du pouvoir du Val de Loire à l’Ile de France. Paris regroupe alors tous les acteurs de la révolution artistique de la Renaissance.

 La Renaissance (1527-1594)
Langage classique de l’architecture, peinture maniériste… : la vie artistique des années 1530 fait la part belle à l’esthétique italienne. Elle s’exprime d’abord dans les châteaux royaux des environs (Fontainebleau, Madrid au bois de Boulogne…), puis avec le « corps neuf » du Louvre, où l’architecte Pierre Lescot fait entrer la nouvelle architecture à Paris (entre 1546 et 1556). Elle présente un tout nouveau type de façade de palais, fondé sur le maniement des ordres classiques sans pour autant être la copie d’un exemple italien. 
Le tissu urbain de Paris reste médiéval jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Aucun grand chantier d’aménagement n’est conduit, mais des embellissements diffusent le nouveau style, comme la fontaine des Innocents (1549). Des nouveaux quartiers surgissent, notamment le Marais où les terres maraichères laissent place à de grandes demeures (voir les hôtels Carnavalet, de Lamoignon ou de Donon).
Édifice religieux majeur du règne de François Ier, l’église Saint-Eustache (chantier ouvert en 1532) est un monument hybride où le décor classique (colonnes, arcs en plein cintre, ornements à l’antique…) dissimule en fait une structure de cathédrale gothique. Voir aussi le jubé de l’église Saint-Etienne-du-Mont (vers 1530).

Paris moderne (1594-1660)
Les guerres civiles de la fin du 16e siècle ont stoppé le développement de Paris, qui ne reprend qu’une fois la paix restaurée par l’arrivée sur le trône d’Henri IV, qui réaffirme la place de Paris comme principale ville du royaume. Avec son ministre Sully, il entreprend un programme urbain de reconstruction économique et monumentale d’une ampleur inédite. La grande galerie (achevée en 1610) relie le Louvre aux Tuileries et offre une façade gigantesque le long de la Seine, dont les abords sont aménagés : quais, ponts et ports sont construits pour améliorer les échanges commerciaux et les circulations des parisiens. Sur le Pont-Neuf enfin achevé (1599-1607), la statue du roi salue son rôle de modernisateur de Paris. La place des Vosges (1604-12) est conçue comme un marché avec des logements pour les ouvriers de la manufacture de soie attenante. Mais cette première grande place régulière attire très vite l’aristocratie qui aménage des hôtels particuliers à l’emplacement des maisons bourgeoises initialement prévues, derrière les façades à la célèbre polychromie rouge, blanche et noire. Le Marais connait alors sa deuxième grande époque de quartier à la mode. Le roi dote aussi la ville d’un nouvel hôpital, l’hôpital Saint-Louis (10e arr.), bâti selon les dernières règles d’hygiène (1607-13).

Sous le règne de Louis XIII et la régence, les infrastructures ainsi créées permettent à la ville de se développer grâce aux initiatives privées. De nouveaux quartiers apparaissent : les hôtels particuliers se multiplient autour du Louvre – dont Louis XIII poursuit l’agrandissement en faisant élever le pavillon de l’Horloge – et du Palais-Royal de Richelieu, mais aussi sur l’île Saint-Louis.
Les églises se dotent de nouvelles façades, dites « à la romaine », inspirées des exemples italiens de la contre-réforme, avec plus ou moins de liberté – si la Sorbonne (J. Lemercier, 1634-42) respecte le modèle, à Saint-Gervais (S. de Brosse, 1616-21) on ajoute un étage. Le décor des églises reflète les débats passionnés de l’époque sur le rôle de l’art : doit-il émouvoir facilement le public ou bien doit-il l’amener à l’introspection ? L’abbaye du Val-de-Grâce (Fr. Mansart et P. Le Muet, 1644-69), est sans doute le monument français le plus proche de la veine du baroque romain, reflétant la profonde piété de la reine Anne d’Autriche.

Paris nouvelle Rome (1660-1715)
Louis XIV
ne se désintéresse pas de Paris, la première ville d’Europe ; comme son aïeul François Ier, il réside dans les châteaux des environs et ne quitte quasiment jamais l’Île-de-France. Son ministre Colbert est à l’origine du premier plan d’urbanisme connu pour Paris (1672), qui prévoit l’agrandissement de la ville, conséquence de la modification majeure apportée à cette époque à Paris : la démolition des murs d’enceinte. Ils sont remplacés par des promenades plantées, les « boulevards », agrémentés de portes monumentales célébrant la paix instaurée en Europe (portes Saint-Denis et Saint-Martin par Fr. Blondel, 1672 et 1674). Les quartiers périphériques se développent plus facilement, les faubourgs sont intégrés à la ville, ceux de l’ouest (Saint-Honoré et Saint-Germain) sont les nouveaux quartiers aristocratiques. Avec la colonnade du Louvre (1667-78), les architectes français démontrent leur capacité à renouveler le classicisme. Mais l’œuvre majeure de Louis XIV à Paris est l’hôtel des Invalides (J. Hardouin-Mansart, 1671-1706) - un établissement pour les militaires retraités ou infirmes pris en charge par l’Etat, et surtout une église monumentale qui résume les qualités de l’architecture française de l’époque : prouesse technique, classicisme et majesté.

Paris rocaille (1715-1750)
Le retour de la Cour à Paris pendant la Régence (1715-23) entraine une formidable reprise de la construction. Dans les quartiers neufs comme dans la ville ancienne, les immeubles de rapport se multiplient ; faubourg Saint-Germain, les hôtels particuliers prennent l’aspect de petits châteaux urbains, au cœur d’un vaste jardin (hôtel Peyrenc de Moras, actuel musée Rodin, J. Aubert, 1727-32). Ces façades font timidement appel aux ornements rocailles qui se développent surtout dans les intérieurs et font l’objet d’aménagements particulièrement confortables et luxueux (hôtel de Soubise, J. Aubert et G. Boffrand, 1732).
Le roi n’est à l’origine d’aucun projet urbain avant 1750, mais tous les architectes ont des projets pour Paris, notamment une nouvelle place en l’honneur de Louis XV (la ville ne s’y décidant qu’en 1748). La fontaine des Quatre-Saisons, rue de Grenelle (1739-45) est due au sculpteur Bouchardon ; c’est un important décor urbain dans un quartier en pleine expansion, qui annonce le style de la seconde partie du siècle, plus austère, plus à l’antique.

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