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COMMUNIQUÉS DE PRESSE

Lettre du maire de Paris au Premier ministre - Dispositif d'hébergement des personnes sans-abri

20/12/2006


Paris, le 15 décembre 2006


Monsieur le Premier Ministre,

La multiplication des habitats précaires dans la capitale et en première couronne est un drame social indigne d'une société développée.
Le dispositif parisien d'hébergement et de prise en charge des personnes sans-abri, qui est une responsabilité de l'Etat, est aujourd'hui totalement saturé et en partieinadapté aux attentes des personnes en grande exclusion.
Cette situation, qui n'est pas nouvelle, s'aggrave avec l'augmentation de la pauvreté et la crise du logement qui frappe notre pays. Le durcissement des conditions de régularisation des étrangers en France alimente également le flux de personnes sans
ressources qui vivent dans le plus grand dénuement.
La Ville de Paris a engagé depuis 2001 un effort sans précédent pour augmenter l'offre et accélérer l'hébergement et le relogement des ménages démunis. Cette action s'est traduite depuis 2001 par le relogement dans le parc social de la Ville de 13 000 personnes habitant dans des conditions indignes et la production de 2 500 places en résidences sociales. Cette année Paris aura financé plus de 20% des logements très sociaux (PLAI) de l'ensemble des agréments nationaux.
En matière d'hébergement la Ville de Paris a contribué à l'ouverture de 500 places d'urgence dans la capitale. Deux nouveaux sites permettant d'héberger dans de bonnes conditions des personnes en grande difficulté ont été proposés par la Ville à l'Etat : le domaine de Bellefontaine, qui deviendra un lieu de stabilisation pour des personnes très marginalisées, géré par l'association Coeur des Haltes, et l'ancienne résidence de l'ENA, rue de Buci, qui pourra accueillir une maison relais - résidence sociale gérée par Emmaüs, pour des personnes seules vieillissantes, des couples sans domicile, et des familles monoparentales.
J'attire d'ailleurs votre attention sur la nécessité d'accélérer les procédures pour l'ouverture de cette maison relais, car il serait dommage que cet immeuble immédiatement habitable reste inoccupé cet hiver alors que les besoins sont criants.
L'intervention, dans ce contexte difficile, du Samu Social, doit être saluée et son recours massif à l'hébergement hôtelier, pour le compte de l'Etat, découle du déficit de places d'accueil en He-de-France et de l'absence de solutions alternatives.

Le Gouvernement n'a pas pris la mesure de cette crise sociale et humanitaire qui contraint un nombre important de personnes à s'abriter dans des campements sur l'agglomération parisienne.
La Ville de Paris soutient les initiatives de l'Etat visant à créer des lieux de stabilisation pour les sans-abri, ouverts en journée et qui permettent des longs séjours. Mais les actions engagées par l'Etat dans l'agglomération parisienne pour cet hiver, malheureusement limitées à l'extension horaire de 500 places d'hébergement existantes, sans augmentation significative des capacités d'accueil, sont notoirement insuffisantes.
J'ai demandé à plusieurs reprises l'élaboration d'un plan régional de créationde places d'hébergement de qualité, équilibré sur le territoire francilien, qui permette à terme d'accroître de 5000 places le parc existant. Seule une action de cette ampleur, mobilisant l'Etat et l'ensemble des collectivités locales, est à même de répondre à ces situations de grande pauvreté.
Je constate, en effet, que la contribution des Départements à l'hébergement des personnes en grande difficulté est très inégale sur l'Ile-de-France. Paris accueille 62 % des capacités d'hébergement de la Région, et un quart des demandeurs d'asile de l'ensemble du territoire national. Avec 4550 places en centre d'hébergement d'urgence, Paris possède la plus forte capacité d'accueil avec une place pour 472 habitants.
Cette proportion chute anormalement dans les Yvelines (1 place pour 2 126 habitants) et les Hauts de Seine (1 place pour 2049 habitants). Le déficit dans ces départements est particulièrement préoccupant, et doit faire l'objet d'une politique de rattrapage volontariste de la part des représentants locaux de l'Etat et des collectivités territoriales concernés.
Compte tenu des besoins quantitatifs et de l'ampleur de la crise, je demande que le Gouvernement intervienne rapidement pour que chaque territoire participe à l'effort de solidarité et à la création de nouveaux centres.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, à l'assurance de ma considération distinguée.
Bertrand Delanoë

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