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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
8e ardt - Autour du parc Monceau
Autour du parc Monceau
Le parc Monceau et ses abords s’élèvent aujourd’hui en lieu et place de l’ancienne propriété du Duc de Chartres, dit Philippe Egalité, père du futur roi de France Louis-Philippe, qui fit édifier à partir de 1769 sur son vaste domaine du vieux village de Monceau la “folie de Chartres”, surprenant jardin conçu par les paysagistes Carmontelle et Blaikie, qui souhaitaient créer “un jardin d'illusion”, véritable “cabinet de curiosité” en plein air.
Ce parc totalement innovant dans son style anglo-chinois ne cessa d’être embelli jusqu’à l’exécution du Duc en 1793, qui mit un terme aux travaux.
Bien national, puis propriété impériale, avant de revenir pour un temps à la famille d’Orléans sous la Restauration, la “folie de Chartres” se dégrada rapidement. En 1860, à l’occasion de l’annexion de Monceau à la capitale, la ville de Paris hérita de ce domaine de 18 hectares.
Près de 10 hectares furent alors vendus aux frères Pereire, principaux promoteurs de la plaine Monceau, tandis que le reste du jardin fut confié à l’ingénieur en chef des promenades et des plantations de Paris, Adolphe Alphand, “bras vert” d’Haussmann, pour en faire une promenade publique.
Inauguré par Napoléon III le 13 août 1861, le parc Monceau suscite vite un engouement général. Intégrant quelques rares éléments subsistant de la curieuse “folie” (une naumachie, des pyramides, on encore une obélisque…) dans un paysage romantique anglais au goût de l’époque, ce jardin, qu’Haussmann saluera dans ses mémoires comme “la promenade la plus luxueuse et en même temps la plus élégante de Paris”, attire dès lors l’opulente bourgeoisie parisienne du Second Empire qui en adopte les abords pour lieu de résidence.
Dès 1861, sur le pourtour du nouveau parc, les frères Pereire - à l’image des grands banquiers acteurs de la promotion foncière au XIXème siècle, tels les Laffitte ou les Rothschild - font mener une opération immobilière d’envergure sur les terrains de l’ancienne “folie”. Les trois avenues rayonnantes, Van Dyck, Ruysdaël et Velázquez, et les trois rues, Murillo, Rembrandt, et Alfred de Vigny, sont tracées, traduisant par leurs noms les goûts de l’époque pour la peinture espagnole et néerlandaise.
Autour du parc Monceau, dans un cadre choisi et harmonisé par les règlements d’urbanisme et les cahiers des charges précis définissant les prescriptions architecturales, ce parcours fait découvrir ce lotissement élégant et luxueux de la société bourgeoise de la fin du XIXème, où se retrouvent les grands noms de l’architecture haussmannienne et de la Belle Epoque.
Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables
» Consulter le plan du parcours au format pdf (186 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer.
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
10 rue Alfred de Vigny
Hôtel d'Emile Pereire promoteur du parc Monceau et actuel siège de la fondation Del Duca. Situé en retrait et en biais par rapport à l'alignement, cet hôtel présente une façade d'inspiration classique percée d'une grande porte en plein cintre munie de grilles. La composition est centrée autour d'un avant-corps borné de chaînes de refends et encadré de deux ailes. Couronnement orné de balustres en pierre dans le goût des villas à l'italienne. Remarquables garde-corps galbés au premier étage.
8 rue Alfred de Vigny
Hôtel particulier édifié par Henri Parent en 1880 pour Henri Meunier, fils aîné d'Emile Meunier. Cet hôtel donne un aperçu remarquable de style éclectique. La façade de l'hôtel sur rue emprunte au vocabulaire architectural de la première Renaissance (fenêtres à meneaux, amortissements des baies) alors que les bâtiments sur cour sont de style normand. L'échauguette des écuries dans la partie droite de la cour est en briques et pans de bois sculptés.
5 avenue Van Dyck
Hôtel particulier construit entre 1872 et 1874 par l'architecte Henri Parent pour Emile Justin Meunier, fabricant de chocolat et bâti sur un terrain acheté aux Pereire en 1868. Situé à l'angle de l'avenue Van Dyck et des plantations du parc Monceau, entre cour et jardin, l'immeuble de trois étages comprend un corps de bâtiment principal en façade sur le parc avec une aile en retour à gauche de la cour. A gauche du bâtiment se trouve un salon d'hiver abrité sous une serre en verre et vitraux. Une entrée sous voûte conduit à la cour couverte des écuries avec issue sur la rue Alfred de Vigny. Au centre de chaque façade s'avance un avant-corps en rotonde abondamment sculpté. La façade sculptée est communément attribuée à Dalou pour le compte de Lefèbvre, sculpteur-décorateur. Ses qualités plastiques, ainsi que la notoriété de son commanditaire, en font l'un des hôtels parmi les plus abondamment cités et publiés de son temps.
6 avenue Van Dyck
Hôtel particulier par l'architecte Alfred Normand, réalisé en 1887 pour Joseph Reinach, directeur politique du journal La République française. Le rez-de-chaussée regroupe le grand salon, le petit salon et sa serre sur le parc, une chambre et la salle à manger. Le premier étage abrite le bureau, les chambres et une salle d'armes.
Au second, se trouvent des chambres et un atelier à pan coupé. En partie transformé par l'occupation d'une école, cet hôtel n'en constitue pas moins un type remarquable de l'architecture bourgeoise de la fin du XIXe siècle contemporain du lotissement du parc Monceau. Grande porte à anse de panier en ferronnerie encadrée de deux colonnes à chapiteau corinthien supportant un entablement orné de motif Renaissance. Au rez-de-chaussée, larges baies sur deux niveaux avec encadrement de pointes de diamant et balustrades de pierre devant. Au premier étage, balustrade de pierre devant les fenêtres, panneaux décorés entre les fenêtres. Corniche à consoles à la retombée du toit.
14-16 rue Murillo
Au no 16, hôtel particulier construit en 1878 (date gravée en façade). En pierre de taille, il est décoré dans un style Renaissance (fenêtre à meneaux, lucarnes en pierre présentant un amortissement et des ailerons sculptés, toiture en bâtière). La cour donne sur la rue et à côté, une petite maison, en brique et pierre de taille, forme un ensemble avec l'hôtel. Au no 14, hôtel particulier présentant une façade plus sobre mais qui par son implantation et sa datation doit être rattachée au même ensemble cohérent de la fin du XIXe siècle.
7 rue Rembrandt – 51 rue de Lisbonne
Immeuble de rapport en pierre de taille construit par l'architecte Gustave Rives en 1899. Ce témoignage très bien conservé de l'architecture de la Belle Epoque a été édifié à l'emplacement d'un hôtel particulier d'Antoine-Gaëtan Guérinot. Il est particulièrement remarquable par la qualité et l'état de conservation de ses deux oriels, très différents : l'un prolonge l'effet d'avant-corps de la marquise d'entrée, l'autre accuse par son arrondi l'angle de l'édifice.
9 rue Murillo avec retour sur la rue Rembrandt
Immeuble-hôtel construit à partir de 1870 par l'architecte Gustave Clausse. Il se réserva le rez-de-chaussée et le premier étage, en pierre et loua les étages supérieurs en brique. Dans la cour, sur le mur mitoyen en face de l'entrée, Clausse remonta une arcade et des chapiteaux fournis par Edmond Guillaume, architecte chargé de la démolition du palais des Tuileries, brûlé pendant la Commune. Un buste, peut-être d'Alphonse d'Este, provenant de Florence et deux chapiteaux vénitiens complètent cet ensemble. Les ouvertures du premier étage sont en plein cintre, ornées de céramiques polychromes et, à l'angle en pan coupé avec la rue Rembrandt, elles sont en serlienne. Le plafond du salon de cet étage fut décoré par le peintre Albert Gérard d'anges musiciens.
8 rue Murillo – 16 rue Rembrandt
Immeuble de rapport de style néo-Louis XIII en pierre et brique réalisé par l'architecte Auguste Tronquois en 1869, organisé autour d'une cour séparée de la rue par des grilles coupées en leur milieu d'un pavillon en pierre servant de conciergerie. Décor de bossages. La façade postérieure donne sur le parc Monceau. L'immeuble est très représentatif du lotissement autour du parc engagé par Emile Pereire après 1860.
4-6 rue Murillo
Immeuble de style néo-Louis XIII construit par l'architecte Auguste Tronquois en 1869. Façade de trois étages carrés sur rez-de-chaussée en pierre et brique rouge organisée autour d'une cour séparée de la rue par des grilles.
A l'alignement les grilles sont interrompues par un pavillon en pierre servant de conciergerie. La façade postérieure donne sur le parc Monceau. L'immeuble est très représentatif du lotissement luxueux autour du parc engagé par Emile Pereire après 1860 (cahier des charges du 14 janvier 1861 définissant les prescriptions architecturales).
1 avenue Ruysdaël et 1 rue Murillo
Hôtel particulier de la seconde moitié du XIXe siècle ayant appartenu au financier Crosnier et représentatif des grands hôtels issus du lotissement des abords du parc Monceau. Façade composée de deux étages carrés sur un soubassement semi-enterré orné de bossages. Fenêtres cintrées du premier étage ornées de guirlandes. Balcon au second étage soutenu par de fortes consoles. Toiture percée de lucarnes. Actuelle ambassade d'Algérie à Paris.
4 avenue Ruysdaël
Hôtel particulier construit vers 1875 par l'architecte J.-A. Pellechet pour Lecomte, puis surélevé vers 1879 pour le second fils d'Emile Meunier, Gaston, qui y fit aménager un escalier de bois orné de mosaïques de style Renaissance et bâtir dans la cour des communs en 1885 par Henri Parent. Le corps principal qui donne sur l'avenue est inspiré de la première Renaissance française. Derrière l'hôtel s'étend une cour à laquelle on accède par une porte cochère sur deux niveaux et encadrée par deux colonnes avec chapiteaux supportant un arc en plein cintre sculpté surmonté de deux aigles ailés qui encadrent un écusson. Cette cour est bordée à droite et au fond par les communs d'inspiration normande et orientalisante. Construit en encorbellement, l'étage du bâtiment du fond repose sur un système d'arcs entrecroisés.
Il est éclairé par des fenêtres de style mauresque dont l'arc outrepassé est orné à l'intérieur d'un décor de stuc peint. Il correspond à une ancienne salle dédiée au théâtre. La séparation entre premier et deuxième étage est marquée par une frise sculptée de rinceaux, de têtes. Au troisième étage, fenêtres arrondies d'un style différent.
6 avenue Velasquez
Hôtel particulier en bordure du parc Monceau présentant une façade en pierre de taille élevée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée et rythmée par des pilastres cannelés à chapiteaux composites. Corniche à modillons. Lucarnes cintrées ornées de coquille à la clé. L'entrée est marquée par un petit jardin et une porte en plein arc. Garde-corps galbés à motif néo-Louis XV.
5 avenue Velasquez
Hôtel en pierre de taille construit pour Hippolyte-Alfred Cauchard fondateur des magasins du Louvre. La façade comporte deux très légers avant-corps. Grande porte arrondie avec imposte dans encadrement comportant un entablement mouluré avec oves et tableau mouluré. La porte est surmontée d'un médaillon ovale orné d'une tête de lion, de feuilles de laurier et de guirlandes de fleurs. Au rez-de-chaussée surélevé, balcon central à balustres de pierre carrées sur trois travées. Entablement mouluré au-dessus des fenêtres avec médaillon, feuilles de laurier. Au premier étage, la fenêtre centrale est encadrée de pilastres moulurés avec chapiteaux simples ornés de guirlandes verticales sommées chacune d'une coquille. Corniche moulurée sur consoles ornées à la retombée du toit. Lucarnes de pierre dans le toit.
7 avenue Velasquez
Hôtel particulier édifié en 1873 par l'architecte Bouwens van der Boijen pour le financier Henri Cernuschi et conçu pour abriter sa prestigieuse collection d'art asiatique. Discret et pourtant somptueux, le porche d'entrée d'influence italienne, porte au-dessus du balcon deux mosaïques représentant Aristote et Léonard de Vinci. Légué par Henri Cernuschi à la Ville de Paris, il abrite depuis 1898 le musée d'art asiatique Cernuschi.
29 boulevard de Courcelles
Immeuble de rapport en pierre de taille élevé par l'architecte François-Xavier Schoellkopf en 1902. Cet immeuble est très caractéristique du style de Schoellkopf, l'un des principaux maîtres de l'art nouveau parisien. De délicats motifs végétaux modelés dans la pierre semblent se fondre dans la façade des niveaux supérieurs. Des bouquets de soleil viennent s'inscrire entre les fenêtres du premier et celles de l'étage inférieur soutenant le balcon alors que des touffes d'iris remplacent les chapiteaux des colonnes du quatrième. La grille d'ascenseur et la rampe d'escalier ornée d'iris sont l'oeuvre d'Emile Robert.
Principaux repères bibliographiques
Barrielle (Jean-François), Castieau (Thérèse), Le Normand-Romain (Antoinette), Champs-élysées, faubourg Saint-Honoré, plaine Monceau. Monographie des hôtels particuliers et édifices publics. Paris, H. Veyrier, 1982
Sous la direction de Jean Colson et Marie-Christine Lauroa, Dictionnaire des Monuments de Paris, Nouvelle édition 2001 Hervas éditeur
Paul Chemetov, Bernard Marrey, Architectures à Paris 1848-1914, réédition Dunod, 1986
Pierre Pinon, Paris, Biographie d’une capitale, éditions Hazan, 1999



