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Parcours d'architecture

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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien

Parcours d'architecture

2e ardt - La rue Réaumur


La rue Réaumur, laboratoire de l’urbanisme parisien au tournant du XXe siècle

Ce parcours propose la découverte d’une rue qui a été le principal chantier de la capitale au tournant du XXe siècle en même temps que le laboratoire d’un nouvel urbanisme parisien consacré par le règlement de 1902. L’architecture de la rue Réaumur rompt en effet franchement avec les principes de l’architecture haussmannienne. Celle-ci affirme la primauté de l’espace et des monuments publics sur l’immeuble de rapport dont les façades refusent toute fantaisie. Elles doivent en effet pouvoir s’adapter à tous les goûts et résister aux modes artistiques. Or les critiques des productions de la ville haussmannienne se font de plus en plus vives à la fin du XIXe siècle. La ville nouvelle apparaît, suivant une lecture sans doute simpliste, excessivement uniforme et homogène.
L’adhésion collective au projet qui faisait la force de l’urbanisme haussmannien est perdue. On lui reproche dans un même mouvement d’avoir produit des logements exigus, insalubres et dont les façades suscitent l’ennui. Dans la foulée du mouvement Art nouveau, propriétaires, architectes, notables revendiquent plus de liberté et d’originalité. Le changement de consensus est si fort qu’il provoque une sorte d’implosion des règlements urbains en vigueur. Le règlement de 1859 cède la place en deux étapes, 1882 et 1884, au règlement de 1902. La grande affaire de ce règlement est de permettre la construction de saillies importantes sur la rue, ainsi que la mise en place d’une esthétique ouvertement pittoresque.
La commission chargée de la réforme du règlement est mise en place dès 1896. Elle va être le siège de débats où s’illustrent notamment les architectes Louis Bonnier et Charles Garnier. Deux lignes de pensée s’affrontent : celle des “artistes” partisans de la plus grande liberté d’expression et celle des hygiénistes, partisans de contraintes destinées à assurer une ville plus salubre. Le règlement final est la synthèse de ces deux aspirations apparemment contradictoires : autoriser des saillies importantes sans assombrir excessivement l’intérieur des logements. Mais c’est le pittoresque qui domine, sans conteste, le nouveau paysage résultant de la mise en œuvre du règlement de 1902.
Le projet de percement de la rue Réaumur, prévu dès 1864, mais réalisé à partir de 1895, va lui servir à la fois de banc d’essai et de manifeste. Signe de son importance, la rue Réaumur est inaugurée en 1897 par le président de la République Félix Faure alors qu’elle était encore en chantier. Sa largeur, variant entre 20 et 25 mètres, permettait l’installation du tout-à-l’égout, de part et d’autre de la chaussée, et le passage du métropolitain dans l’espace central.
Ces terrains, destinés à une exploitation commerciale et bénéficiant de dispositions techniques très modernes, furent vendus très chers par la municipalité parisienne. Le conseil municipal, s’inspirant de l’exemple bruxellois, institue pour l’occasion un “concours des façades” qui initialement cantonné à la seule rue Réaumur s’étend, finalement à l’ensemble des façades construites à Paris dans l’année écoulée.
L’application anticipée du règlement de 1902 autorise finalement des saillies sur la voie publique pouvant aller jusqu’à 1,20 mètre et le plafonnement des hauteurs à 31 mètres permet de construire jusqu’à six étages sur rez-de-chaussée, plus trois niveaux de combles habitables. Conformément aux vœux de Louis Bonnier, il est le règlement de la “ville des toits habités”. Mais il ne se réduit pas à sa seule dimension pittoresque : en augmentant les hauteurs permises sur les rues larges, et en instaurant un prospect sur cour, il favorise l’apparition de bâtiments jusque-là inconnus à Paris.
La rue Réaumur fait là encore figure de laboratoire avec son caractère principalement commercial orienté vers la confection textile et le commerce de gros. Le commerce de gros exigeait à la fois des ateliers de finition, des entrepôts et des points de vente.
Tous les immeubles – dix-huit édifiés entre 1896 et 1900 – s’attaquaient à la même question : comment concevoir un bâtiment commercial dont la fonction est de fabriquer et vendre ? Deux types de réponse furent apportées : certains architectes masquèrent la fonction commerciale en habillant la structure de l’édifice d’une composition dans le style “Beaux-arts”. Seules les larges baies des deux premiers étages révèlent alors la destination du bâtiment. D’autres architectes cherchèrent à se dégager du modèle traditionnel de l’immeuble bourgeois. L’invention de vastes plateaux, aux cloisonnements légers et mobiles, nécessitait un large éclairement des façades. Celui-ci était rendu possible par l’utilisation des éléments porteurs en fer. On y lit par anticipation l’apparition de ces très grands immeubles, très denses, dont l’aspect éclectique typique du style “Beaux-arts” est métissé par des emprunts à l’architecture moderne, fonctionnelle et industrielle. Elle compose une ambiance architecturale et urbaine authentiquement métropolitaine qui n’est pas sans évoquer des villes comme Madrid ou la modernité éclectique et esthétiquement sans complexe du New-York du début du XXe siècle. Les critiques du règlement de 1902 n’auront ainsi pas tort d’évoquer les “buildings à l’américaine” même si l’architecture commerciale de la rue Réaumur manifeste une variation toute parisienne de l’immeuble d’activité moderne.
Puce urbanisme Parcours numéroté et descriptif des bâtiments
101 rue Réaumur - 2ème arrondissement

» Consulter le plan du parcours au format pdf (3.7 Mo)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. 
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments : 


Pastille 1 132-134 rue Réaumur – 36 rue des Victoires

Immeuble construit en 1899-1900 par l'architecte Jacques Hermant pour la banque spéciale des valeurs industrielles, à l'angle des rues Réaumur et Notre-Dame des Victoires, marquant un angle de la place de la Bourse. Construction en pierre de taille, traitement monumental avec une tour horloge, surmontée d'une lanterne, marquant le pan coupé. Immeuble primé au Concours des façades de la Ville de Paris.
pastille 2 121 rue Réaumur
Immeuble d'angle à rotonde de type commercial construit par l'architecte Charles Ruzé en 1900. Façade où dominent les baies vitrées, scandées par des colonnes et des consoles ouvragées. Rotonde tréflée composée de trois bow-windows courbes et ligne de fenêtres ondoyante en attique. Balconnets dont certains galbés à la ferronnerie ouvragée. Rotonde couverte d'un dôme en attique.

pastille 3 119 rue Réaumur
Immeuble commercial à ossature métallique et habillage en pierre construit par l'architecte Germain Bousson en 1900. Façade où dominent les baies vitrées, scandées par des pilastres à chapiteaux corinthiens. Balustrades des premier et quatrième étages, consoles, ligne de fenêtres en plein cintre à l'attique ornées de mascarons représentant Hermès, en pierres sculptées. Bow-windows courbes des travées latérales surmontés de bulbes ouvragés en toiture. Balconnets galbés de l'attique à la ferronnerie ouvragée. Immeuble primé au Concours des façades de la Ville de Paris.

pastille 4 130 rue Réaumur – 3 rue Léon Cladel
Immeuble d'angle à rotonde de type commercial à ossature métallique et habillage pierre construit en 1898 par l'architecte Charles de Montarnal. Façade où dominent les baies vitrées, scandées par des pilastres à chapiteaux composites, ornementée de consoles, médaillons, frontons en pierre sculptés. Rotonde couverte d'un dôme en attique.

pastille 5 95 rue Montmartre
Immeuble d'habitation conçu en 1899 par l'ingénieur-constructeur Sylvain Périssé, ancien élève de l'Ecole Centrale, et spécialiste des constructions métalliques. Une des premières maisons parisiennes dont la façade soit entièrement vitrée à l'exception des baies revêtues de briques émaillées. Ce mode de construction, permis par l'alliance du fer et du verre, qui s'était vite propagé dans le domaine des immeubles à caractère commercial et industriel, s'est imposé plus tardivement dans celui des habitations qui privilégie l'intimité familiale. On le retrouve néanmoins à travers la pose de bow-windows, dont le règlement impose jusqu'en 1902 qu'ils puissent être démontés. Les éléments en sous-face de l'oriel permettent de penser que les Grandes Tuileries d'Ivry, fondées par Émile Muller, contribuèrent à cette réalisation.

pastille 6 126 rue Réaumur
Immeuble commercial à pan coupé à ossature métallique et habillage en bossage de pierre construit par l'architecte Albert Le Voisvenel en 1899. Façade où dominent les baies vitrées, dont certaines à arcature surbaissée, à la ferronnerie ouvragée. Toiture du pan coupé en dôme, lucarnes de toit ouvragées.

pastille 7 124 rue Réaumur
Cet immeuble industriel, construit en 1905, est généralement attribué à l’architecte Georges Chedanne. Son ossature apparente en acier riveté en fait l’un des plus caractéristiques de la rue. Le quatrième étage est composé de trois bow-windows suspendus. La brique n’apparaît qu’au cinquième étage, destiné à l’habitation et coiffé d’un fronton à lucarnes. Assurer un éclairage maximum aux ateliers et permettre aux planchers de résister à de très lourdes charges ont été deux des objectifs de l’architecte. De 1944 à 1973, cet immeuble fut le siège du quotidien Le Parisien Libéré. Cet immeuble est le seul parmi la série des immeubles d’activités édifiés vers 1900 rue Réaumur à bénéficier depuis 1965 d’une inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
 

pastille 8 105 rue Réaumur
Immeuble commercial construit par l'architecte Charles Ruzé en 1899. Façade composée de cinq travées, dominée par de larges baies vitrées aux quatre premiers niveaux et rythmée par le traitement particulier accordé aux travées latérales et à la travée centrale, ornementées de pilastres, consoles, mascarons, médaillons, balustres, écoinçons en pierre sculptés.

pastille 9 118 rue Réaumur
Immeuble d'activités construit en 1900 par l'architecte Charles Montarnal, élève de Ginain à l'école des Beaux-Arts. La composition de la façade est symétrique. Le bâtiment s'inscrit dans un cadre en pierre de taille et présente une grande verrière en métal, sur trois niveaux et sur toute la largeur du bâti, ornementée de chapiteaux, balustrades. Il illustre l'adaptation des nouveaux canons de l'Art nouveau aux nécessités de l'activité commerciale.

pastille 10 116 rue Réaumur – 1/3 rue du Sentier
Immeuble d'angle à pan coupé de type commercial construit par l'architecte Albert Walwein en 1897-1898. Façade où dominent les larges baies vitrées, et dont l'ornementation se concentre autour du porche d'entrée : deux atlantes reposant sur des corbeaux en forme de tête de lion encadrent un médaillon pris dans un fronton triangulaire qui représente Vénus et deux amours. Moulure en feuilles de laurier encadrant la porte et mascarons ouvragés ornant l'angle du soubassement. Immeuble primé au Concours des façades de la Ville de Paris.

pastille 11 101 rue Réaumur – 11 rue de Cléry
Immeuble d'angle à rotonde de type commercial construit par l'architecte Albert Walwein en 1895. Corps principal dominé par les baies vitrées, scandées par des pilastres à chapiteaux corinthiens. Façade ornementée de cariatides, frontons ouvragés, frises à palmettes, guirlandes, mascarons, consoles en pierres sculptées. Rotonde couverte d'un dôme en attique. Immeuble primé au Concours des façades de la Ville de Paris.

pastille 12 97-99 rue Réaumur
Immeuble commercial présentant une façade composée de cinq travées, à ossature métallique et habillage en pierre construit par les architectes Philippe Jolivald et Charles Devillard en 1900. Façade où dominent les baies vitrées à arcatures surbaissées (huisseries métalliques et légers pilastres en fonte à chapiteaux corinthiens), ornementée de frontons, médaillons, mascarons, consoles, guirlandes de feuillage ... Soubassement et bow-windows latéraux traités en bossage. Balconnets galbés du premier étage et balcon filant en attique à ferronnerie ouvragée. Deux des quatre ouvertures en plein cintre du rez-de-chaussée donnent accès à la station de métro “Sentier”.

pastille 13 93 rue Réaumur
Immeuble d'angle à pan coupé de type commercial à ossature métallique et habillage en pierre réalisé par les architectes Léon Bonnenfant et Denis Destors pour la famille Perin en 1898. Façade où dominent les baies vitrées (huisseries et colonnettes en fonte aux chapiteaux corinthiens), ornementée de pilastres, consoles à volutes et têtes de lion. Balcon d'angle du premier étage, balustrade filante de l'attique et lucarnes de toit en pierre ouvragés.

pastille 14 91-93 rue Réaumur – 60 rue d’Aboukir
Immeuble commercial à ossature métallique et habillage en pierre construit par l'architecte Charles de Montarnal en 1897. Façade composée de cinq travées où dominent les baies vitrées (châssis métalliques de sections fines). Encadrement des portes à rez-de-chaussée en pierre, tapissé de feuilles de vigne. Immeuble primé au Concours des façades de la Ville de Paris.

pastille 15 108-110 rue Réaumur
Immeuble construit en 1898-1899 par l'architecte Edouard Wattier aux angles des rues de Réaumur, d'Aboukir et des Petits Carreaux, implanté sur deux parcelles, bâtiments jumeaux avec tourelles d'angles et vocabulaire de façade accentuant la verticalité des édifices.

pastille 16 106 rue Réaumur
Immeuble d'angle à pan coupé de type commercial. Façade dominée aux trois premiers niveaux par de larges baies vitrées. Pan coupé mis en valeur par le dôme en attique, orné d'un oeil-de-boeuf et reposant sur un fronton curviligne, en pierres sculptées.


Et aussi…

pastille 17 75-77 rue Réaumur
Maison Desjardins formant angle avec la rue Dussoubs, élevée entre 1687-1688 pour le peintre Martin Desjardins par le maître-maçon Jean Larousse. Elle conserve un remarquable escalier à rampe en fer forgé jusqu'au second étage. Façade élevée d'un rez-de-chaussée et de deux étages carrés et dont l'aspect actuel résulte d'une reprise superficielle sous Louis XVI (lignes de refends, menuiseries des baies). Au centre du rez-de-chaussée, on devine encore l'ancienne porte cochère, dont l'arcade est ornée de refends et dont la clé est sculptée d'un cygne. La maison abrite des bas-reliefs de Martin Desjardins dont deux des quatre bas-reliefs du piédestal de l'ancienne statue de Louis XIV place des Victoires : La présence de la France reconnue par l'Espagne et La Paix de Nimègue. Il s'agit des plâtres originaux ayant selon toute vraisemblance servi à la fonte des bronzes (cf. note A. Gady in Procès verbal de la commission du Vieux Paris du 16 février 1996).

pastille 18 61-63 rue Réaumur
Immeuble commercial en 1898 élevé par les architectes Édouard Singery et Philippe Jouannin en collaboration avec le sculpteur F-A Jacquier. Bâtiment implanté le long de la rue Réaumur et l'angle rue Saint-Denis, sur une parcelle de faible profondeur, et présentant une façade néogothique avec des fenêtres géminées et vitraux, au centre une horloge monumentale. Il participe au développement d'un nouveau type d'immeubles parisiens à usage mixte et d'une nouvelle esthétique encouragée par la Ville de Paris à travers le Concours des façades lancé à l'occasion du percement de la rue Réaumur.

pastille 19 51 rue Réaumur
Immeuble d'activités de 1910 édifié par l'architecte Charles-Henri Le Maresquier formant une tête d'îlot donnant sur la rue de Réaumur et encadrée par le boulevard Sébastopol et la rue de Palestro, de style néo-baroque. Rotonde d'angle polychrome, éléments de décoration en ronde-bosse : guirlandes de fruits, caducées, attributs d'Hermès. Anciens magasins Félix Potin.


Puce urbanisme Principaux repères bibliographiques

Sous la direction d’Eric Lapierre, Identification d’une ville : architectures de Paris, co-édition du Pavillon de l’Arsenal / Picard éditeur, 2002
Bernard Marrey, Le Fer à Paris : architectures, co-édition Picard-Pavillon de l’Arsenal 1989
Sous la direction de Jean Colson et Marie-Christine Lauroa, Dictionnaire des Monuments de Paris, Nouvelle édition 2001, Hervas éditeur

Mise à jour le : 09 mai 2012
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