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Parcours d'architecture

D'autres parcours à travers Paris

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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien

Parcours d'architecture

20e ardt - Au travers du Bas-Belleville


Bas-Belleville
Les ruelles, les ateliers, les cités-jardins conservent la mémoire du double passé de Belleville, rural et ouvrier. Le village formé au Moyen-Age sur les coteaux viticoles des grandes abbayes parisiennes prend son nom au XVIIIe siècle, probable déformation de Belle Vue. Belleville se développe alors au pied de l’enceinte fiscale de Paris et bénéficie ainsi de l’absence de taxes qui favorise l’ouverture de guinguettes et de cabarets. Ces gargotes, où le guinguet coule à flot et dont les enseignes les plus connues sont le cabaret Ramponeau et la taverne Desnoyez, comptent rapidement parmi les lieux de divertissement les plus prisés de l’est parisien.
Ses 128 mètres d’altitude en font également le château d'eau de Paris, d'où partent de nombreuses sources. Durant la première moitié du XIXe siècle, Belleville se transforme peu à peu sous l’effet de l’industrialisation naissante. De nombreuses industries, ateliers travaillant le métal, fabriques d’allumettes chimiques, distilleries, fabriques de cuir verni ou encore usines à gaz, jugées insalubres et interdites à Paris viennent s’y installer. La commune s'urbanise rapidement, accueillant dans des maisons de rapport de mauvaise qualité les ouvriers venant de province ou chassés après 1852 par les grands travaux haussmanniens et la hausse des loyers. L’urbanisation est d’abord l’œuvre de propriétaires privés, tels le notaire Jean-Jacques Piat ou le percepteur Gasnier-Guy qui spéculent sur de grands travaux publics d’aménagement. Leurs espoirs sont déçus et les constructions médiocres ne trouvent que des acquéreurs peu fortunés. Incluse dès 1841 dans la nouvelle enceinte fortifiée de Thiers, Belleville est rattachée à Paris en 1860.
Jugée frondeuse, elle est coupée en deux et son ancienne grande rue (rue de Belleville) devient la frontière entre les 20e et 19e arrondissements. Les nouveaux habitants se rallient à l'insurrection de la Commune en 1871 et ses barricades sont les dernières à tomber. Bien que soumise, Belleville incarnera longtemps encore dans l’imaginaire, la “colline rouge” de Paris. La population connaît une véritable explosion démographique mais qui va de pair avec une paupérisation. Au début du siècle, taudis et bidonvilles se multiplient. La misère génère de nombreux maux : mortalité infantile, maladie ou encore délinquance. Pour tenter de lutter contre l’indigence des ouvriers, sont créées dès la fin du XIXe siècle, plusieurs œuvres religieuses et laïques. En 1877 est créée à Belleville une coopérative ouvrière, la Bellevilloise par des ouvriers mécaniciens et cordonniers. Elle remporte rapidement un vif succès en commercialisant des denrées alimentaires et des biens de consommation courante à bas prix. Outre cet engagement matériel, elle offre également à ses adhérents, dans sa maison du peuple, édifiée en 1910 par E. Chaîne, un lieu de rassemblement, une bibliothèque, une fanfare et un patronage laïc. Enfin on peut mentionner la clinique infantile de la Goutte de Lait, fondée par le Docteur Variot en 1892.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, période de crise qui n’a fait qu’aggraver la pauvreté, la population ne cesse d’augmenter et le processus d’urbanisation se poursuit. Mais cette fois il bénéficie de l’émergence des Habitations à Bon Marché et du modèle pavillonnaire qui améliore les conditions d’habitabilité des logements. Parallèlement, au cours de cette période de croissance économique, Belleville, terre d’asile, voit affluer plusieurs vagues de main-d’œuvre étrangère : italienne, juive d’Europe centrale, grecque et arménienne. L’arrondissement, en particulier à Belleville, perpétuera cette tradition en accueillant après la guerre des exilés d’Afrique du Nord. Le 20e cosmopolite devient un creuset de la culture populaire. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique et démographique reprend, entraînant avec elle une pénurie de logements toujours plus grande. Les Trente Glorieuses, sous-couvert d’hygiénisme, sont marquées par les expropriations, la destruction massive des maisons de faubourgs, la construction de tours et de barres HLM et enfin une intense spéculation immobilière. Le quartier de Belleville, classé îlot insalubre no 7, en sort profondément bouleversé et mutilé. La réaction collective des habitants entraînera un réexamen progressif des projets d’aménagements allant dans le sens d’une meilleure prise en considération de l’existant. En corollaire de la diminution de l’activité industrielle au profit de domaines plus tertiaires, la population du 20e s’est modifiée.
Progressivement, la population ouvrière a cédé la place à une classe moyenne à laquelle est venue s’adjoindre, dans les années 1970, une importante communauté chinoise, et plus récemment, de jeunes artistes. Depuis une quinzaine d’années, cette mutation sociologique entraîne de nouvelles attentes, notamment culturelles, et un développement de la vie de quartier.
Puce urbanisme Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables 
Plan du parcours architectural, 20ème arrondissement
» Consulter le plan du parcours au format pdf (187 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. 

 Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :

Pastille 1 102-104 boulevard de Belleville

Immeuble de rapport caractéristique de l'entre-deux-guerres, présentant une façade sur rue revêtue de briques. Elle est composée de cinq étages sur rez-de-chaussée et entresol et elle est animée par trois bow-windows (deux bow-windows courbes latéraux). Le dernier étage est orné d'une frise sculptée à motif géométrique.

pastille 2 110 boulevard de Belleville – 1bis-3 rue Ramponeau - 1 rue Dénoyez

Maison basse d'un étage sur rez-de-chaussée témoignage intéressant du faubourg de Belleville précédant l'annexion et probablement d'origine vers la fin du XVIIIe siècle. Conservation d'éléments de toiture : couverture de tuiles plates, anciennes lucarnes passantes et à ferme débordante sur la façade rue Ramponeau.

pastille 3 10 rue de Belleville – 24 rue Dénoyez

Maison de rapport caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du XIXe siècle). Façade de deux niveaux sur rez-de-chaussée et de sept travées présentant au centre une grande porte cochère. Garde-corps en fonte. Persiennes. Terrain en pente. Grande cour intérieure avec ateliers.

pastille 4 34 rue de Belleville

Ancienne maison du XIXe siècle caractéristique de l'ancien faubourg de Belleville située à un angle de rue. Cour pavée. Lucarnes.

pastille 5 38 rue de Belleville

38 rue de BellevilleMaison de rapport caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du XIXe siècle). Façade sur rue composée de quatre étages sur rez-de-chaussée et de cinq travées. Garde-corps en fonte conservés. Baies ornées de frontons plats. Parcelle desservie par quatre cours successives.

pastille 6 45 rue de Tourtille

Maison de rapport caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du XIXe siècle). Façade composée de deux étages sur rez-de-chaussée et de dix travées. Grande porte cochère centrale ornée de refends. Encadrement mouluré des fenêtres. Garde-corps à motif de palmettes en fonte. Cour.

pastille 7 20 rue de Tourtille

Maison de rapport caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du XIXe siècle). Façade de deux niveaux sur rez-de-chaussée et de sept travées présentant au centre une grande porte cochère.
Garde-corps en fonte. Persiennes. Terrain en pente. Grande cour intérieure avec ateliers.

pastille 8 75 rue Julien Lacroix – 49 rue Pali-Kao

Synagogue construite par Germain Debré (sur des plans de G. Debré et Lucien Hesse) en 1931. Debré parvient à une concentration remarquable : une petite cour précède le temple lui-même qui se développe en éventail, l'arche sainte occupant l'angle opposé ; sur les côtés sont disposées des salles de conférences qui peuvent être annexées lors des grandes fêtes ou servir d'oratoire en semaine ; à l'étage, outre la traditionnelle galerie des dames, se trouvent deux grandes salles de cours ; les toits-terrasses sont disposés de manière à recevoir des cours de récréation. La modernité de cette synagogue apparaît dans ce programme fonctionnel comme une préfiguration du centre communautaire à l'américaine. L'utilisation du béton et le style fonctionnaliste renouvellent totalement l'esthétique traditionnelle des synagogues. Le volume évoque ainsi clairement celui des salles de cinéma.
La salle principale est éclairée par une grande verrière située rue du Sénégal qui occupe presque tout le mur, mais aussi par un lanterneau supporté par quatre colonnes et utilisant un tambour ajouré et couvert de cubes de verre.

pastille 9 16 rue Jouye-Rouve – 28 rue Lesage

16 rue Jouye-RouveMaison de rapport à l'angle de deux rues, caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du XIXe siècle). Façades composées de cinq étages sur rez-de-chaussée. Les fenêtres des trois premiers étages sont surmontées de frontons plats ; celles du premier étage présentent en outre un cartouche décoré. Un bandeau sépare chaque étage.

pastille 10 97 rue Julien Lacroix
97 rue Julien Lacroix - Temple de BellevilleTemple de Belleville ou de la Résurrection édifié entre 1877 et 1880 par l'architecte Emile Vaudremer aux frais de la Ville de Paris.
Il présente le type d'un bâtiment original et fonctionnel refusant les références historiques, en vogue à la fin du XIXe siècle. Les moellons utilisés en alternance avec la pierre ont été laissés apparents, un décor de joints et quelques sculptures - raisins, épis ou bibles - animent la façade. A l'intérieur, une tribune en saillie sur trois arcades donne sur la nef, couverte d'un plafond à solives. A son extrémité se trouve une monumentale chaire en pierre, de forme semi-octogonale, dont l'emplacement central souligne l'importance de la parole dans la liturgie réformée.


Et aussi…

 25 rue Boyer

La Bellevilloise, coopérative ouvrière, édifiée par l'architecte Emmanuel Chaîne en 1910.
E. Chaîne, disciple de Baudot, remporta le concours (L. Bonnier, Ch. Genuys et Fleury faisant partie du jury) pour l'édification de cette “maison du peuple” grâce à un plan bien adapté au terrain pentu par un système de rampes et de demi-étages. L'ossature est en béton armé selon le système Cottancin, agrémentée en façade de cabochons de céramique, le remplissage étant en brique. Il s'agit bien de l'Art nouveau tel que le conçoit Baudot : un matériau nouveau au service de besoins nouveaux. Une première tranche, comprenant un café et deux boutiques en rez-de-chaussée, un magasin en sous-sol accessible par une rampe et une grande salle de réunion à l'étage, fut entreprise en 1908, achevée en 1910.
Elle présente trois travées en façade qui devaient se prolonger. En 1925, un autre bâtiment à usage de garage au rez-de-chaussée, de bureaux et de salles de réunion au premier étage fut édifié, séparé du bâtiment de Chaîne par des dépendances aujourd'hui démolies.
La façade ne reprend pas le dessin de Chaîne mais en respecte le gabarit et le principe constructif.
Puce urbanisme Principaux repères bibliographiques
Marie-Jeanne Dumont, Le logement social à Paris 1850-1930 : les habitations à bon marché, éditions Mardaga, 1991
Bernard Marrey avec Marie-Jeanne Dumont, La brique à Paris, co-édition Picard-Pavillon de l’Arsenal 1991
Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont, Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989
Dominique Jarrassé, Guide du patrimoine juif parisien, Parigramme éd. 2003

Mise à jour le : 09 mai 2012
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