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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
19e ardt : De la rue de Belleville aux Buttes-Chaumont
De la rue de Belleville aux Buttes-Chaumont
Enserré entre deux longs axes pénétrant dans Paris (la rue d’Aubervilliers et la rue de Belleville), le 19e arrondissement est constitué en 1860 par l’annexion à Paris du village de la Villette et d’une partie de celui de Belleville.
Au nord, le faubourg de la Villette se situe dans une plaine, tandis qu’au sud le relief de Belleville est formé de buttes culminant jusqu’à 120 mètres. Situé aux confins de la ville, le 19e arrondissement connaît peu de bouleversements jusqu’au XVIIIe siècle. La mise en service du bassin de la Villette en 1808 va précipiter son destin industriel. En effet, sa fonction de réservoir d’eau potable cessant en 1832, le bassin assure désormais une fonction de liaison entre le nord de la France et la Seine.
Dans cette zone, s’implante alors un nombre considérable d’industries et d’entrepôts. Ce passé industriel est encore bien reconnaissable au détour des rues. Ce n’est qu’à partir de 1873, quand l’activité des carrières cesse, que des lotissements plus bourgeois sont entrepris dans la foulée des grands travaux, engagés par Alphand et Davioud pour la création du parc des Buttes-Chaumont ou encore des abattoirs de la Villette, qui ouvrirent tous deux en 1867, année de l’Exposition universelle.
Autre étape importante dans la formation de l’arrondissement, l’arasement des fortifications engagé après la Première Guerre mondiale qui permet la réalisation d’importants groupes de logements sociaux : les premiers HBM (Habitations à Bon Marché). Au rebours de ces grands ensembles, l’arrondissement se construit également sur le modèle des lotissements pavillonnaires et des cités-jardins telle la rue d’Alsace-Lorraine. Les équipements publics – tels que l’hôpital ophtalmologique de la fondation Rothschild, le gymnase de l’avenue Jean-Jaurès et le lycée technique d’Alembert – viennent compléter ce dispositif.
Les HLM (Habitations à Loyer Modéré) succèdent aux HBM après la Seconde Guerre mondiale, surtout en reconversion des friches industrielles. L’ensemble rue de Meaux est, par exemple, édifié en 1957 et 1958 par l’architecte Denis Honegger et se constitue de logements sociaux et d’une église.
En effet, après 1954, Paris se désindustrialise rapidement. Les grandes tours d’habitation construites entre 1954 et 1974 nivellent l’originalité de chaque quartier et entraînent une perte de repères importants pour les habitants. Les logements en gradins des “Orgues de Flandre” réalisés de 1973 à 1980 par l’architecte Martin Van Treek ou le siège du parti communiste, place du Colonel Fabien, conçu en 1971-1980 par l’architecte Oscar Niemeyer, représentent cependant des tentatives originales et ambitieuses d’implanter des œuvres phares de l’architecture contemporaine dans l’arrondissement.
Le parcours proposé, qui s’étage de la rue de Belleville aux Buttes-Chaumont, offre un raccourci de la grande diversité du patrimoine d’un arrondissement tout en contraste et en ruptures d’échelle.
Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables
» Consulter le plan du parcours au format pdf (203 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer.
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
117 rue de Belleville
Ensemble de logements sociaux “groupe Belleville” de la fondation Rothschild, réalisés en 1904 par l'agence de la fondation (Nénot, architecte-conseil, Rey et Provensal, chargés des dessins et études, Demierre, chargé des travaux). C'est le premier ensemble d'Habitations à Bon Marché qui adopte à Paris le principe de la cour ouverte. Il est aussi, avec le groupe Popincourt, le premier ensemble achevé par la fondation. Sa conception est également contemporaine du concours pour le groupe de la rue de Prague lancé en 1905.
Il bénéficie donc de l'application des nouvelles théories hygiénistes en particulier de celles d'Augustin Rey. Oeuvre marquante pour l'histoire et l'architecture du logement social à Paris. Organisation de la façade comparable à celle de l'immeuble de la rue Popincourt : brique pour l'ensemble des parties droites des murs et sur cour, pierre de taille dans les angles. 102 rue de Belleville (côté 20e)
Immeuble de rapport en briques construit par l'architecte Charles Blanche en 1900-1901. Façade en briques beiges cantonnée par deux bow-windows à encadrement blanc soutenus par des consoles métalliques. Fenêtres ornées de frontons. Deux ancres décoratives entre les baies. Immeuble représentatif de la série édifiée par Charles Blanche, contemporaine de la vogue parisienne de l'Art nouveau.
68 rue de Belleville (côté 20e)
Immeuble de rapport de la première moitié du XIXe siècle. Façade composée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée et d'un étage d'attique. La façade est ornée de pilastres qui bornent la façade et séparent les travées. Corniche à consoles sous l'étage d'attique.
71 rue de Belleville – 93bis rue Rébeval
Maison d'angle du XIXe siècle, présentant une façade d'aspect néoclassique composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Modénatures sobres : tables, consoles supportant les appuis des fenêtres du deuxième étage, deux chaînes de refends soulignent le pan coupé.
78-80 rue Rébeval
Bâtiment exemplaire de l'architecture industrielle du début du XXe siècle.
Ce bâtiment, qui abrite l'école d'architecture, est caractérisé par sa façade en brique et ses grandes baies vitrées. Les ateliers donnent sur la cour couverte à l'anglaise.
13 rue de l’Equerre
Edifice caractéristique des Monts de Piété du XIXe siècle édifié par l'architecte Edmond Belot en 1889 présentant une façade composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Modénature empruntée au vocabulaire de l'architecture classique (pilastres, frontons, corniches). L'architecte a réalisé une construction identique, la même année, au 9 bis rue Belot (19e).
55-57 rue Rébeval – 1 cité Jandelle
Maison de rapport d'angle du XIXe siècle, construit dans un style Louis-Philippe. Façade élevée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée, corniches soulignant les deuxième et quatrième étages. À l'angle de la Cité Jandelle.
1-3 rue de l’Atlas
Deux maisons du XIXe siècle, présentant des façades élevées d'un étage sur rez-de-chaussée, caractéristiques du paysage faubourien. Lucarnes conservées.
17 rue de l’Atlas
Immeuble de rapport construit par l'architecte Robert Parisot en 1932. Son plan, en rupture avec la conception traditionnelle de l'alignement urbain, en fait l'un des édifices les plus étonnants de la décennie. Il compte 134 logements (essentiellement des studios et des deux pièces) pour environ 1 000 m2 de terrain. La forte densité est rendue possible par la rupture de l'alignement en bordure de voie : le retrait qui en résulte permet d'obtenir un meilleur gabarit qui atteint ici neuf niveaux. L'édifice prend la forme d'une croix sur une parcelle quadrangulaire, où chacun des angles devient une cour. De ce fait, l'immeuble se resserre au centre du terrain sur une cour carrée, véritable puits de lumière. Autour de ce puits, sont regroupés six appartements par niveaux.
La construction est entièrement en béton armé, le revêtement en ciment-pierre. La façade principale se décompose en un avant-corps central prolongé d'un encorbellement général au-dessus du premier étage, suivi de part et d'autre de deux redents qui amènent enfin à un développement complet de la façade sur toute la largeur du terrain. Ces multiples redents sont percés de fenêtres placées aux angles.
5-7 voie Q/19 (accès par le passage de l’Atlas face au 17 rue de l’Atlas)
Garde-meubles Odoul réalisé en 1931-1933 par les architectes Eugène Beaudoin et Marcel Lods. Le principe même du garde-meuble rejoignait l'un des axiomes de l'architecture moderne de l'époque : le plan libre. Beaudouin et Lods réalisent de grands plateaux desservis par un monte-charge colossal pour réduire les manutentions. Cette succession d'horizontales est soulignée par les retraits successifs de l'alignement en observation du règlement de gabarit, et par les bandeaux en carreaux de verre donnant le minimum de lumière indispensable. Les murs sont en briques rouges posées uniformément dans le même sens de la longueur. On y reconnaît les grands principes fondateurs du mouvement moderne, traités ici avec une monumentalité manifeste.
97-99 avenue Simon Bolivar
Groupe de logements sociaux “Habitations à Bon Marché” réalisé en 1924-1930 par l'architecte-voyer Charles Heubès pour la Ville de Paris. Le groupe comprend 560 logements et se compose, selon le schéma classique, d'une série de barres parallèles s'interrompant au centre de l'îlot pour dégager un grand jardin. L'architecte est l'un des derniers représentants de la “tendance populiste” mise à l'honneur par Albenque et Gonnot. Le décor de la brique est cependant plus ordonné et le jeu de la polychromie plus abstrait que dans le groupe construit rue Larrey par Albenque et Gonnot. Trois tons de briques en forment la palette, et sont assemblés en quantité de motifs différents : larges bandes horizontales qui zèbrent une façade, damiers petits et grands, frises de petits carrés, simulacres de chaînes d'angle, filets qui soulignent linteaux ou allèges des fenêtres. Les entrées, services et équipements collectifs sont marqués par des éléments de grès émaillé ou de mosaïque aux tons plus vifs.
Parc des Buttes-Chaumont
Maisons de garde édifiées par l'architecte Gabriel Davioud en 1866-1867 aux entrées du parc des Buttes-Chaumont. Ces maisons, construites à chaque porte du parc, renouent avec l'idée des fabriques du XVIIIe siècle.
Alors que les pavillons du bois de Boulogne, construits par Davioud entre 1855 et 1860, sont plus directement inspirés des castels tourangeaux du XVe siècle, ceux des Buttes-Chaumont semblent plus typiquement du XIXe siècle. Ils combinent intelligemment des emprunts italiens (toits plats), suisse (chalet rustique) et anglais. Les progrès techniques des briqueteries et des céramistes ont permis l'utilisation de modèles variés et de grès résistant aux intempéries.
Bien dessinés et proportionnés, ces pavillons festifs très admirés comme le reste du parc ouvert à son ouverture en 1867, connaîtront une longue postérité.
Principaux repères bibliographiques
Marie-Jeanne Dumont, Le logement social à Paris 1850-1930 : les habitations à bon marché, éditions Mardaga, 1991
Bernard Marrey avec Marie-Jeanne Dumont, La brique à Paris, co-édition Picard-Pavillon de l’Arsenal 1991
Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont, Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989



