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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
17e ardt : Du boulevard des Batignolles à l’ancienne place des Batignolles (actuelle place du Docteur Félix-Lobligeois)
Une traversée de l’ancienne commune des Batignolles, du boulevard des Batignolles à l’ancienne place des Batignolles (actuelle place du Docteur Félix-Lobligeois)
Ce parcours propose la découverte d’un quartier qui, constitué au XIXe siècle, a conservé jusqu’à aujourd’hui un aspect villageois.
Les Batignolles n’étaient encore en 1800 qu’un terrain de campagne avec seulement quelques maisons éparses et fermes isolées rattachées à la commune de Clichy. L’urbanisation remonte en fait au Premier Empire soutenue par l’activité des spéculateurs immobiliers qui achètent à bas prix des terrains et les lotissent.
Ce mouvement s’accélère sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Des maisons avec jardinets et de petits immeubles de rapport sont édifiés pour une clientèle de rentiers, d’employés et de fonctionnaires attirés par l’atmosphère paisible des lieux en marge de la capitale. Cette rapide croissance, ainsi que celle du territoire de Monceau voisin, posa rapidement problème : les 3 500 habitants de ces deux territoires demandèrent en 1827 leur autonomie par rapport à Clichy, et l’obtinrent en 1830 (commune Batignolles-Monceau). A l’initiative des promoteurs, on achève alors les travaux de la chapelle et future église Sainte-Marie-des-Batignolles, une simple nef construite de 1826 à 1829 sous la conduite de l’architecte Molinos et dont l’agrandissement sera engagé dès 1834 par l’architecte Lequeux.
Située dans l’axe de la rue des Batignolles et en regard de la place éponyme, elle est au coeur d’une remarquable composition urbaine. Une véritable ville peut alors naître, notamment à partir de 1843, sous l’impulsion de M. Balagny, le “Haussmann du quartier”, nommé maire de la commune.
La construction d’un marché, d’un théâtre et surtout d’une mairie, à partir de 1847, symbolise l’essor de la nouvelle commune.
Les 14 000 habitants recensés en 1842 passent ainsi à 65 000 en 1860 lors de l’annexion à Paris. Batignolles-Monceau, devient naturellement le noyau du nouvel arrondissement. Un autre facteur de développement précoce tient à l’initiative des frères Isaac et Emile Pereire qui inaugurent en 1837 la première ligne ferroviaire reliant Paris à Saint-Germain par l’intermédiaire d’un tunnel passant sous les Batignolles.
Cette première aventure industrielle attire de nombreuses entreprises qui amènent avec elles une population ouvrière. Le tracé de la ligne coupe cependant durablement le tissu urbain en isolant les Batignolles de la plaine Monceau et ce, de façon d’autant plus profonde qu’en 1921 on démolit le tunnel pour découvrir les voies. Le quartier est peu remanié après 1900, et s’il gagne quelques remarquables exemples d’architecture Art nouveau ou Art déco, il perd l’un de ses bâtiments les plus emblématiques avec la démolition en 1971 de la mairie construite par Lequeux. Les bâtiments présentés lors de ce parcours sont issus dans leur majorité du lotissement primitif. Malgré leur apparente modestie, ils doivent être appréciés au regard de l’histoire du quartier et de sa cohérence ce qui justifie amplement leur protection inscrite dans le nouveau Plan local d’urbanisme. Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables
» Consulter le plan du parcours au format pdf (5.7 Mo)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer.
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments : 2 rue Lécluse - 14 boulevard des Batignolles
Immeuble de rapport édifié vers 1850. La décoration de la façade est de style néo-Renaissance comme la porte d'entrée cloutée qui est mise en valeur par un remarquable encadrement sculpté. Il est représentatif du lotissement du quartier des Batignolles avant son annexion à Paris en 1860.
3 rue Lécluse
Immeuble de rapport Louis-Philippe vers 1840 typique du lotissement de l'ancien village des Batignolles. Façade en pierre de taille élevée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée et composée de six travées. Remarquables modénatures (frontons plats sur consoles au-dessus des baies, chambranles, corniche et bandeaux d'étage à denticules).
21-25 rue Lécluse
Série cohérente d'immeubles de rapport d'aspect Louis-Philippe bien conservés et représentatifs de l'ancien lotissement des Batignolles.
21-23 rue Biot
Au no 21, maison Louis-Philippe comportant trois étages carrés sur rez-de-chaussée et cinq travées. Sa façade en plâtre est décorée de médaillons et de deux niches abritant des statues conservées au deuxième étage. Les deux baies surmontant la porte d'entrée sont cintrées et géminées. La porte d'entrée est elle-même représentative du style Louis-Philippe. Il s'agit d'un exemple remarquable, tant par la composition de sa façade que par son état de conservation, du développement périurbain du village des Batignolles vers 1840-1850 autour de la rue des Dames et de la rue Lemercier destiné à une clientèle d'employés et de représentants de la petite bourgeoisie. Le no 23 est de la même facture.
25 à 37 rue des Dames
Ensemble d'immeubles de rapport bâtis à l'ancien alignement de la rue des Dames et caractéristiques de l'ancien lotissement de la commune de Monceau-Batignolles. Bien que dénuée de tout caractère monumental ou bourgeois, cette suite d'immeubles qui conserve l'essentiel de ses proportions et de ses modénatures d'origine, a le mérite de constituer un pan entier de l'aspect originel du quartier.
18 rue Puteaux – 59 rue des Dames
Immeuble de rapport Restauration représentatif du premier lotissement des Batignolles. Garde-corps en fonte à motif de palmettes. Elévation de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Lucarnes. Ecriture néoclassique (baies soulignées par des feuillures et des frontons plats). Persiennes en bois. Escalier ancien à barreaux montés sur limon. Pan coupé à l'angle de deux rues soulignant également son importance paysagère.
29 rue Boursault - 79 rue La Condamine
Ancien marché des Batignolles (1839), un des plus anciens marchés couverts de Paris. La structure du bâtiment, construit en pierre avec des colonnes engagées qui rythment la façade sur la rue et sur la cour, et la charpente sont conservées. La rareté de ce patrimoine encore subsistant dans Paris justifie sa protection.
Le bâtiment accueille aujourd'hui le centre de formation des instituteurs. Elle indique une vision adoucie de la modernité proche de celle de Michel Roux-Spitz ou de Madeline. 64 rue La Condamine
Immeuble de rapport de la première moitié du XIXe siècle présentant une composition de façade remarquable notamment par le triplet des fenêtres en plein cintre au-dessus de la porte d'entrée elle-même mise en valeur par un faux appareil de pierre. Immeuble représentatif du premier lotissement des Batignolles.
58 rue La Condamine – 31 rue Truffaut
Remarquable immeuble de rapport de composition néoclassique caractéristique du lotissement des Batignolles vers 1840 situé à un carrefour. Chaînage d'angle.
53 rue La Condamine – 29 rue Truffaut
Remarquable immeuble de rapport de composition néoclassique caractéristique du lotissement des Batignolles vers 1840 situé à un carrefour (pan coupé).
20-22 rue Truffaut
Ensemble de bâtiments peu denses et aux modénatures sobres d'aspect Restauration, implantés sur rue et sur cour, typiques de la commune des Batignolles avant son urbanisation. Parcelles en lanière.
3 rue de Bizerte
Immeuble de logements, construit en 1935 par l'architecte J. J. Garnier. Ce bâtiment à redans s'articule en trois corps autour d'une cour en creux. Bien proportionné, il affiche une architecture typée années 30, mariant avec sobriété les percements d'angle et les balcons arrondis.
20 rue Nollet
Immeuble de rapport Louis-Philippe vers 1850. Façade composée de quatre travées. Détails de l'ornementation néo-Renaissance notamment autour de la porte. Belle grille de balcon en fonte.
25 rue Nollet
Ensemble d'habitation de la première moitié du XIXe siècle. Deux petits bâtiments organisent la séquence d'entrée dans la cour intérieure en forme de demi-lune. Architecture du type “corps de garde” d'inspiration néoclassique, donnant accès au corps principal présentant une façade enduite composée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée et d'un étage de combles, situé au milieu d'une parcelle profonde. Porte en plein cintre à vantaux de bois ajourés par des grilles et surmontée d'un fronton arqué et d'un mascaron. Fenêtres ornées de frontons plats soutenus par des consoles. Corniche à modillons.
40 rue des Batignolles - 15 rue Bridaine
Immeuble de rapport situé à l'angle de deux rues, typique par sa composition du lotissement des Batignolles au milieu du XIXe siècle. Ecriture sobre, baies soulignées par des frontons plats.
13-15 rue Lamandé
École polonaise édifiée en 1874. Les bâtiments de style Louis XIII en brique, pierre et ardoise sont disposés autour d'une cour fermée par une grille et deux pavillons. Trois sculptures de Cyprian Godebski rendent hommage à deux grands pédagogues polonais et au docteur Sewerin Galezowski, bienfaiteur de l'école.
53 rue Truffaut
Immeuble de rapport en pierre de taille construit en 1903 par l'architecte L.P. Marquet. La façade présente une composition symétrique de trois travées, organisée autour d'un bow-window dont les montants sont ornés de motifs floraux et qui s'élargit au niveau du quatrième étage jusqu'à occuper la totalité de la façade. Il est percé à ce niveau d'une loggia en arc de cercle soutenu par deux colonnes. L'utilisation de la forme courbe manifeste une influence très nette de l'Art nouveau sur la composition.
Eglise Sainte-Marie des Batignolles
77 place du Docteur Félix-Lobligeois
La place du Docteur Félix-Lobligeois est l’ancienne place des Batignolles et l’un des endroits où se perçoit encore le mieux l’atmosphère du village des Batignolles. Les origines de cette fondation religieuse ne sont cependant rien moins que pieuses. En effet, afin d’encourager la spéculation immobilière qui débute dans le quartier sous la Restauration, l’un de ses animateurs, Soumagniat, offre un terrain pour bâtir une église, cette construction ayant pour but d’encourager la venue des nouveaux habitants. En 1824, le docteur Lemercier lance une souscription pour bâtir une chapelle. Cette souscription reçoit le soutien financier de la dauphine Marie-Adélaïde, ce qui explique que le nouveau lieu de culte ait été placé sous l’invocation de la sainte patronne de la donatrice. La construction de l’édifice, une simple nef, se déroula de 1826 à 1829, date de sa consécration, sous la direction d’Auguste Molinos (1743-1831). Devant l’accroissement de la population, l’église désormais paroissiale de la commune de Monceau-Batignolles, fut agrandie par Paul-Eugène Lequeux entre 1839 et 1851. L’église, en croix latine, est placée dans l’axe de la rue des Batignolles. Sa nef se compose d’un vaisseau central entouré de bas-côtés, fermé par un choeur en hémicycle.
Sa façade principale est marquée par un fronton triangulaire soutenu par quatre colonnes doriques qui forment un porche. Un petit campanile accueillant une cloche fondue en 1857, domine l’ensemble. L’édifice bénéficie d’une inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
64 place du Docteur Félix-Lobligeois
Bâtiment remarquable composé de deux étages carrés sur rez-de-chaussée dessinant un arc de cercle sur la place. Construction typique par sa composition du lotissement primitif des Batignolles placé à un emplacement déterminant du paysage urbain en co-visibilité de l'église.
La place du Docteur Félix-Lobligeois, ancienne place des Batignolles, constituait le centre de la commune de Batignolles-Monceau.
67 place du Docteur Félix-Lobligeois
Bâtiment remarquable composé de deux étages carrés sur rez-de-chaussée dessinant un arc de cercle sur la place. Construction typique par sa composition du lotissement primitif des Batignolles placé à un emplacement déterminant du paysage urbain face à l'église Sainte-Marie-des-Batignolles édifiée par Auguste Molinos, inaugurée en 1829 et agrandie entre 1839 et 1851 par Eugène Lequeux. La place du Docteur Félix-Lobligeois, ancienne place des Batignolles, constituait le centre de la commune de Batignolles-Monceau.
69 place du Docteur Félix-Lobligeois
Immeuble de rapport placé en pointe d'îlot, présentant une remarquable composition de façade (notamment sur la rue Legendre) d'aspect début du Second Empire. 80 place du Docteur Félix-Lobligeois
Immeuble présentant une façade composée de trois travées et élevée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée, caractéristique du lotissement primitif des Batignolles dans la première moitié du XIXe siècle. Malgré sa modestie, cet immeuble de rapport qui a conservé ses principales dispositions d'origine est situé à un emplacement déterminant de l'ancien centre du village, en co-visibilité de l'église.
Et aussi…
9 rue du Mont Dore
Bâtiment construit en 1878 par l'architecte Jules-Léon Ferdinand, élève de Paccard aux Beaux-Arts. L'entrée monumentale avec porche en plein cintre, de justes proportions et une écriture soignée, a été sans doute coiffée plus tard par une surélévation de deux étages au parement métallique contrastant avec la maçonnerie classique du rez-de-chaussée haut.
16 rue Lemercier
Immeuble de rapport édifié vers 1840 présentant une façade composée de quatre étages carrés sur rez-de-chaussée et de cinq travées. Sa façade en plâtre est sobrement décorée de refends et de quatre niches abritant des statues conservées au premier étage. Il est représentatif du premier lotissement autour de la rue des Dames et constitue un exemple très soigné de l'architecture périurbaine sous la Monarchie de Juillet destinée aux employés et à la petite bourgeoisie.
112 rue Legendre – 70 rue Lemercier
Immeuble d'angle d'écriture néoclassique élevé de deux étages carrés sur rez-de-chaussée caractéristique du lotissement des Batignolles dans la première moitié du XIXe siècle.
36 rue Sauffroy
Immeuble de rapport de la Monarchie de Juillet édifié vers 1845-1850. La façade, élevée de trois étages carrés sur rez-de-chaussée et composée de quatre travées, est richement décorée de tables, pilastres, mascarons sculptés. Le décor des tables figure des allégories des Arts (peinture, musique) et Métiers (architecture, menuiserie). Le premier étage comporte un balcon au niveau de la travée centrale. La porte d'origine, avec sa grille ajourée en fonte, est également conservée. L'immeuble se rattache à une séquence homogène édifiée à la même période et probablement dans le cadre du même lotissement significatif du développement très rapide du village périurbain des Batignolles sous le règne de Louis-Philippe.
Principaux repères bibliographiques
Pierre Wachenheim, collection Paris et ses quartiers, Le 17e arrondissement, itinéraires d’histoire et d’architecture, Mairie de Paris, Action artistique de la Ville de Paris / Direction Générale de l’Information et de la Communication, 2000
Sous la direction de Jean Colson et Marie-Christine Lauroa, Dictionnaire des Monuments de Paris, Nouvelle édition 2001, Hervas éditeur
Pierre Pinon, Paris, Biographie d’une capitale, éditions Hazan, 1999



