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Parcours d'architecture

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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien

Parcours d'architecture

16e ardt : De l’ancien village d’Auteuil, de la rue Erlanger à la rue Leconte de Lisle


Du village à la ville : une traversée de l’ancien village d’Auteuil, de la rue Erlanger à la rue Leconte de Lisle


Le quartier d’Auteuil se caractérise de façon un peu originale par la persistance de son caractère villageois et par sa bonne intégration à la ville. La rue d’Auteuil, l’ancienne Grande-Rue du village, conserve un aspect en partie provincial, avec quelques beaux hôtels qui ont fait sa célébrité. Le quartier conserve en outre un caractère très résidentiel, une tradition qui remonte au XVIIIe siècle, quand nobles et riches bourgeois de la capitale ont commencé à se faire construire des maisons de campagne dans les villages de Chaillot, Passy et Auteuil, attirés par la beauté du site, sa situation entre Paris et Versailles…
Le lieu est riche de son passé historique et monumental. Même si son patrimoine architectural est souvent trop modeste et surtout trop récent pour avoir retenu jusqu’à présent l’attention du service des Monuments historiques, il ne manque pas de surprendre par sa qualité et sa diversité. Le 16e arrondissement fut, dans la première moitié du XXe siècle, un terrain d’expériences architecturales grâce à l’émergence d’une bourgeoisie aisée et qui se voulait d’avant-garde. Il est notamment le quartier d’élection des œuvres d’Hector Guimard.
Dans les années 1920, l’immeuble de rapport bourgeois adopte une géométrisation et une simplification des ornements dans la lignée de l’Exposition des Arts décoratifs de 1925. Le "studio building" construit en 1927 par Henri Sauvage en représente un exceptionnel condensé. Le quartier d’Auteuil et plus largement le 16e arrondissement constituent en effet un véritable catalogue de l’architecture de l’entre-deux-guerres, notamment du style Art déco, mais ont également servi de scène à quelques réalisations majeures du Mouvement moderne (Pol Abraham).
Beaucoup de transformations ont été faites au nom de la résidence “de luxe” au tournant du XXe siècle, dans les années 1920, et dans les années 1960, faisant entre autre disparaître des propriétés aristocratiques des XVIIe et XVIIIe siècles. La protection des bâtiments les plus remarquables de l’ancien village d’Auteuil dans le nouveau Plan local d’urbanisme permet ainsi de sauvegarder un vaste champ architectural, des vestiges d’hôtels du XVIIIe siècle à des réalisations des années 1930.
Puce urbanisme Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables 
Plan parcours 16ème

» Consulter le plan du parcours au format pdf (3.3 Mo)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. 
Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
Pastille 1 9  rue Erlanger
Hôtel de Camille Weber élevé en 1884 par l'architecte Paul Sédille dans le style d'une villa à l'italienne. Il est l'un des rares à avoir survécu dans ce secteur (celui situé au no 7, l'Hôtel Ponson du Terrail a été démoli). La pierre forme le soubassement et encadre les principaux motifs de décoration du pavillon d'entrée, construit en briques bicolores, agrémenté de panneaux de marbre et d'ornements en terre cuite et émaillée. L'ensemble se détache sur les deux ailes, situées légèrement en retrait et construites en meulière dont la blondeur fait davantage ressortir les couleurs du pavillon central. Les pièces principales s'ouvraient à l'arrière sur le jardin, alors qu'en façade donnaient le vestibule, l'escalier et un petit salon. Les Sœurs auxiliatrices de la Charité ont acquis l'hôtel en 1949. En 1926, un bâtiment a été accolé à l'hôtel sur les plans de Robert Fournier. Malgré des transformations multiples, la villa, avec ses proportions harmonieuses, reste un témoignage exceptionnel de l'art de Paul Sédille.
pastille 2 2bis rue Michel-Ange
Ancienne sous-station électrique d'Auteuil construite en 1912 par l'architecte Paul Friesé. La façade est composée autour d'une triple arcature métallique qu'encadrent deux travées et une galerie traitées avec soin en briques ocres et éclairées par des baies en plein cintre. La symétrie parfaite de l'ensemble n'est pas sans évoquer la rationalité d'un édifice à vocation industrielle. Elle est représentative du modèle élaboré par Friesé ici pour l'alimentation électrique du réseau métropolitain en plein développement. Le sous-sol était réservé aux câbles et cellules d'arrivées, au rez-de-chaussée, se trouvaient les groupes moteurs-générateurs, les transformateurs et les ventilateurs, en étages les accumulateurs. La nécessité de la ventilation explique les grandes fenêtres en façade ; mais si les premières sous-stations réalisées par Friesé affirmaient franchement leur parti industriel, elles se sont “habillées” au fil des ans, comme pour cette réalisation tardive, de motifs plus conventionnels.
pastille 3 85 à 87 rue Jean de La Fontaine
Immeuble construit par l'architecte Ernest Herscher en 1905 avec des détails influencés de l'Art nouveau. Remarquables façades sur rue et sur cour. L'architecte a utilisé des consoles métalliques pour soutenir la loggia du dernier étage suivant un modèle proche de celui utilisé par son camarade d'atelier, Henri Sauvage, pour la villa Majorelle de Nancy (1898). Une abondante faune et végétation en pierre sculptée complète la décoration de la façade : des mésanges, un escargot et un lézard se promènent entre les feuillages entourant le portail d'entrée, tandis que les allèges des baies, les consoles des balcons et des bow-windows regorgent de campanules. “Les façades en briques roses de la cour intérieure révèlent une invention que l'on rencontre rarement dans ces lieux visibles des seuls résidents ; la composition est toute en vigueur, encadrée par les fenêtres triples disposées en escalier qui suggèrent la fonction de circulation verticale dévolue aux angles”. (in Catalogue Henri Sauvage, A.A.M. Bruxelles et S.A.D.G Paris, 1976).
pastille 4 43-47 rue d’Auteuil
Vestiges de l'Hôtel Antier ou de Verrières construit en 1715 pour la cantatrice d'opéra Marie Antier. Il ne reste d'authentique que la façade donnant sur le parc (côté rue Michel-Ange). Celle-ci est encadrée de deux pavillons circulaires. Ses deux étages et son attique sont séparés par un large entablement. Le fronton arrondi est décoré d'un cartouche représentant une jeune femme (peut-être Mlle Antier). Au-dessus de l'attique, un groupe en terre cuite surmonte la façade : deux amours accoudés à un cartouche et liés par des guirlandes. Subsistent également de cette époque quelques éléments décoratifs, comme le bassin rond, avec son jet jaillissant de tritons sculptés, et des boiseries. L'hôtel racheté par la compagnie française des Pétroles en 1954, a été enclavé dans des immeubles de bureaux et le parc amputé. La façade sur la rue d'Auteuil, en retrait au fond d'une cour encadrée par deux ailes rajoutées, a été refaite récemment dans le même style.
pastille 5 11 à 27 rue d’Auteuil
Ensemble cohérent de maisons représentatives de l'ancien village d'Auteuil s'étendant jusqu'au lycée J.-B. Say. Au no 11, belle maison d'angle de trois étages carrés sur rez-de-chaussée, ornée de refends au premier étage et d'appuis soutenus par des consoles cannelées ; la maison du no 19 est sommée d’une pittoresque lucarne à ferme débordante.
pastille 6 2 à 6 rue du Buis
Les bâtiments des nos 2, 4, 6 remontent au XVIIIe siècle et constituent des vestiges d'un hôtel qui a été transformé. Au no 6, maison d'angle présentant une façade composée de deux étages carrés sur rez-de-chaussée. Angle abattu. Le rez-de-chaussée est orné de refends. Les fenêtres du premier étage sont surmontées de mascarons et de guirlandes. Au no 4 se retira Olympe de Gouges.
pastille 7 2 rue Verderet – 1 rue d’Auteuil
Immeuble de rapport construit en 1936 par Joseph Bassompierre, Paul de Rutté et Paul Sirvin abritant des studios, des chambres et un duplex. Profitant de l'exiguïté de la parcelle (78 m2), les architectes ont habilement transformé la contrainte en atout, grâce à une saillie en courbe sur les trois premiers niveaux, qui a ainsi permis de supprimer l'angle aigu du bâtiment. Le revêtement en casse de grès cérame or, les ferronneries du même ton des balcons supérieurs, la finesse des huisseries métalliques confèrent au bâtiment une apparence à la fois précieuse et moderne. Le traitement des façades, la couleur, la ligne courbe et le jeu de décrochement des derniers niveaux s'opposent aux tenants de la pureté et du dépouillement moderne des années vingt. Elle indique une vision adoucie de la modernité proche de celle de Michel Roux-Spitz ou de Madeline.
pastille 8 3 place de l’Eglise d’Auteuil
Eglise Notre-Dame d'Auteuil construite sur les plans de l'architecte Joseph Vaudremer de 1877 à 1892 à l'emplacement de l'ancienne église d'Auteuil construite au XIIe siècle (la crypte conserve quelques pierres tombales et vestiges de ce premier édifice). L'église doit composer avec un terrain en pente et peu large : la nef est donc longue mais les bas-côtés étroits. Une crypte sous le chœur permet de rattraper la pente. La file de huit coupoles rejoignant de fortes piles au moyen de pendentifs, l'abside voûtée en cul-de-four, les arcs en plein cintre et l'étrange clocher composé de deux cônes bulbeux sont autant d'éléments caractéristiques du style romano-byzantin. Le lien entre l'art byzantin et les églises romanes d'Aquitaine avait été démontré par Abadie au cours de la restauration de Saint-Front de Périgueux. On y voyait alors la source d'une rationalité grecque qui aurait joué un rôle décisif dans le développement de l'art roman français. Notre-Dame d'Auteuil n'est donc pas un pastiche, mais une tentative pour retrouver l'esprit expérimental d'une architecture de transition.
pastille 9 4 rue d’Auteuil
Chapelle Sainte-Bernadette, construite entre 1936 et 1937 par l'architecte Paul Hulot en brique de Bourgogne sur une armature de ciment. Les verrières sont l'œuvre de Mauméjean. La façade-clocher parée de briques, réalisée en 1953 par Raymond Busse, annonce le bâtiment situé en retrait de la rue d'Auteuil.
pastille 10 5 à 11 rue Leconte de Lisle
Ensemble de maisons disposées autour d'une voie privée. Le no 7 a été surélevé mais il conserve deux panneaux en bas-relief au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée. Aux nos 9-9bis, deux pavillons sur cour présentant deux façades composées d'un étage carré sur rez-de-chaussée.
pastille 11 8 à 10 rue Leconte de Lisle
Maisons individuelles réalisées par les architectes Pol Abraham et Paul Sinoir en 1924-25. Les façades des deux maisons construites pour le même client, l'ingénieur Marette, sont inspirées de l'architecture belge (Pompe, De Koninck) qu'Abraham avait connu l'année précédente. L'oriel du second étage, avec ses angles marqués et le balcon du troisième qu'il soutient, est l'élément essentiel de la composition, comme il sied à l'ouverture de la pièce principale sur la rue.
pastille 12 17 à 23 rue Leconte de Lisle
Groupe de cinq maisons édifiées en 1923-1925 par l'architecte Adolphe Thiers. Thiers a construit ces cinq maisons sur une parcelle délimitée par de nombreux angles dont il était propriétaire et dont il fut probablement le promoteur. L'intérêt de cet ensemble réside surtout dans le plan, l'architecte ayant réussi à obtenir des pièces régulières en disposant les services, cuisines, dégagements, escaliers le long des limites biaises, et à placer les garages sous la cour aménagée en jardin de façon à laisser chaque maison bénéficier de son sous-sol. La construction est en brique avec linteaux et corniches en béton armé, ainsi que les terrasses aménagées dans les décrochements. Les volets de bois, avec barres et écharpes, donnent à ces maisons une image de “résidence secondaire” avant la lettre.
Et aussi…
pastille 13 65 rue Jean de La Fontaine
Le “studio building” immeuble d’ateliers d’artistes réalisé par l’architecte Henri Sauvage en 1926-1927. Il regroupait à l’origine une cinquantaine d’ateliers. Pour ce projet, Sauvage abandonna le concept de l’immeuble à gradins pour regrouper autour d’une cour intérieure treize ateliers par niveau, desservis par des coursives intérieures. Cet immeuble était destiné à une clientèle moderne, sensible aux références américaines. Sauvage resta néanmoins fidèle à son habillage de céramique en façade sur toute la hauteur et les ateliers étaient dessinés par de grands bow-windows en hauteur. Ce fut l’une des dernières réalisations de l’architecte qui parvint ici, avec un minimalisme formel, à obtenir un effet d’élancement et de richesse décorative par le seul jeu du dimensionnement des baies et une subtile polychromie. Immeuble inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
pastille 14 120 avenue Mozart
Immeuble Houyvet conçu en 1924 et réalisé en 1927 par Hector Guimard. Cet immeuble de rapport composé d'appartements meublés et commandité par l'industriel Michel Houyvet est caractéristique de la période tardive de Guimard. Placé à proximité immédiate de l'Hôtel Guimard construit en 1909 au no 122 avenue Mozart, il témoigne de l'évolution profonde de son style. Il doit être rapproché dans la production de l'architecte de l'immeuble de la rue Greuze daté de 1928. Les ornements ont totalement disparu en façade, la ligne droite devient majoritaire. Les seules animations viennent des contrastes créés entre les zones de brique et de pierre.
pastille 15 122 avenue Mozart
L’Hôtel Guimard. à la suite de son mariage avec la riche américaine Adeline Oppenheim, artiste peintre, Hector Guimard quitta le Castel Béranger où il avait installé son agence pour emménager dans cet hôtel à triple fonction, qu’il fit construire en 1909 selon ses plans. Le rez-de-chaussée abritait son agence, les premier et deuxième étages la réception et les chambres, le troisième l’atelier de Mme Guimard, éclairé par une verrière donnant sur la villa de Flore. D’inspiration gothique avec ses ouvertures étroites comme des meurtrières et ses échauguettes, l’immeuble de brique et de pierre, classé Monument Historique, s’articule autour d’un encorbellement d’angle parcouru d’une loggia et s’ouvre sur un portail en arc surbaissé autour duquel, sculptées, ondulent les mèches bouclées d’une naïade invisible.
Puce urbanisme Principaux repères bibliographiques
Jean-Baptiste Minnaert, Henri Sauvage (1873-1932), éditions Norma, 2002
Georges Vigne, Felipe Ferré, Hector Guimard, éditions Charles Moreau et Ferré, 2003
Hugues Fiblec, Architectures de l’âge industriel : Paul Friesé, éditions Norma, 1991
Bernard Marrey avec Marie-Jeanne Dumont, La brique à Paris, co-édition Picard-Pavillon de l’Arsenal 1991
Luc Thomassin, Le 16e arrondissement, Itinéraires d’histoire et d’architecture, collection “Paris en 80 quartiers” éditée par la Délégation à l’Action Artistique de la Ville de Paris, 2000
Jean Claude Delorme, Anne-Marie Dubois, Ateliers d’artistes à Paris, éditions Parigramme 2002
Marie-Laure Crosnier Leconte, Le Guide du promeneur du 16 e arrondissement, édition Parigramme, 1995
Sous la direction de Jean Colson et Marie-Christine Lauroa, Dictionnaire des Monuments de Paris, Nouvelle édition 2001, Hervas éditeur Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont,
Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989

Mise à jour le : 09 mai 2012
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