|
|
A+ | A- | A=
Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
15e ardt - La rue du Commerce et le lotissement Violet
La rue du Commerce et le lotissement Violet
Reliant le boulevard de Grenelle à la rue des Entrepreneurs et à la place Etienne Pernet, bordée d’immeubles souvent modestes mais non dénués de recherche, la rue du Commerce forme depuis le milieu du XIXe siècle l’axe commerçant animé et attrayant du 15e arrondissement. Issue d’une des opérations d’urbanisme les plus originales du XIXe menées au sud-ouest de Paris, cette rue forme, avec ses abords, un témoignage particulièrement intéressant de l’histoire et du développement des faubourgs de Paris, dans un environnement qui a été en grande partie construit ou reconstruit depuis les années 1960.
En 1824, l’entrepreneur immobilier Léonard Violet, alors conseiller municipal de l’ancien village de Vaugirard, acquiert sur le territoire de la commune de vastes terrains de près de 105 hectares, en vue de les lotir. La ferme de Grenelle, propriété de la Ville de Paris, faisait partie de l’achat avec des terres dépendant de la commune de Vaugirard. Dans l’espace périphérique des faubourgs mal urbanisés et souvent déshérités de la capitale, le lotissement Violet dessine un véritable quartier autonome, mêlant habitations, commerces et industries. Nommé non sans ambition “Beaugrenelle” par son fondateur, puis rebaptisé plus modestement par la suite de son nom d'origine “Grenelle”, le lotissement Violet, d'une ampleur exceptionnelle, se construit entre la Seine et la rue de la Croix Nivert, et au nord jusqu'à l'enceinte des Fermiers Généraux.
Autour de l’axe central de la rue du Commerce et d’une nouvelle place, Violet fait tracer un parcellaire unique en son genre de rues en damier, le plus vaste de tout Paris. La construction de l’église Saint Jean-Baptiste en 1825, du pont de Grenelle en 1826, l'aménagement d'un port sur la Seine pour le trafic par voie d'eau et d'une gare fluviale destinée à entreposer les marchandises, ainsi que la réalisation du théâtre de Grenelle en 1829, viennent parachever cet ensemble organisé en réseau global.
Les façades des maisons et des immeubles de rapport ornées de motifs sculptés, de bandeaux et de corniches répondent aux goûts de la moyenne bourgeoisie que l'on souhaite alors attirer dans ce nouveau quartier. Elles suivent des règles de construction précises qui permettent encore aujourd’hui de les dater. Rattaché à Paris par l’enceinte de Thiers à partir de 1844, le lotissement Violet, après une croissance rapide, doit cependant faire face à la concurrence des grands boulevards et des nouveaux quartiers du 16e arrondissement. Son développement s’en ressent.
L’annexion des terrains de la plaine de Grenelle à Paris en 1860, en ouvrant de nouvelles possibilités de construire, marque une nouvelle étape de sa croissance. Le percement de la rue Frémicourt, puis son prolongement en 1905 par l’avenue Emile Zola, crée de nouvelles liaisons entre le quartier de Grenelle et le reste de Paris en plein développement. Mais, pour sa part, la rue du Commerce gardera beaucoup de son cachet d’origine, en partie sans doute grâce à la forte présence d’activités en rez-de-chaussée des bâtiments bordant la rue.
Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables
» Consulter le plan du parcours au format pdf (174 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
24 place Étienne Pernet
Immeuble en pierre de taille de style Art nouveau construit en 1905 par l'architecte Alfred Wagon. Il représente l'une des expressions les plus maniéristes de l'Art nouveau parisien transposé à l'échelle imposante d'un immeuble de rapport construit après l'adoption du règlement de 1902. Un décor abstrait orne chaque baie, avec pour motif central, des fleurs ou des fruits stylisés : artichauts, tournesols, iris, pommes de pin, feuilles de bananier. La mansarde et le pignon d'angle, surmonté d'un bulbe couvert d'ardoise, sont particulièrement exubérants.
La porte d'entrée, surmontée d'une arabesque dissymétrique, possède des fers forgés très ouvragés et s'ouvre sur un hall également Art nouveau. Le pavement comporte des iris. Au mur, des arabesques terminées par des épis de maïs ; des lis ornent la corniche du plafond.
23 place Étienne Pernet
Eglise Saint Jean-Baptiste-de-Grenelle. Le conseil municipal de Vaugirard avait décidé de la construction d'une nouvelle église pour suppléer à l'insuffisance de Saint-Lambert. Léonard Violet, fondateur du “village” du Beau Grenelle, offrit de construire une nouvelle église à ses frais entre Vaugirard et la nouvelle cité lotie par ses soins. La construction fut confiée à Bontat, et la première pierre posée le 2 septembre 1827, en présence de la Dauphine. Elle fut donnée à la commune en 1832 et érigée en paroisse en 1836.
L'édifice adoptait le plan basilical commun aux églises de la Restauration. Entre 1924 et 1926, la nef fut allongée, le transept et le chœur reconstruits par Morize et Lacau. Le clocher surmontant l'église, d'esprit médiéval, contraste avec l'inspiration antique du reste de l'édifice et lui confère son allure singulière.
6 place Étienne Pernet
Organisation des bâtiments de la parcelle symétrique autour d'une cour, volumétrie distincte du bâtiment principal et des deux ailes.
4 place Étienne Pernet
Maison du fond (1833-45) bien conservée avec toits à faible pente modénature, entablement et colonnade.
3 place Étienne Pernet
Volumétrie et pan coupé d'origine bien conservés. Typique du lotissement de Grenelle. Construction période 1833-45.
1 place Étienne Pernet
Bâtiment avec une volumétrie et un pan coupé d'origine, communs dans le lotissement de Grenelle.
105 rue des Entrepreneurs
Bâtiment de bonne tenue intégré dans une séquence variée des hauteurs, modénature et persiennes escamotables conservées.
103 rue des Entrepreneurs
Bâtiment intégré dans une séquence variée des hauteurs, les garde-corps ont été conservés.
101 rue des Entrepreneurs
Bâtiment de bonne tenue intégré dans une séquence homogène avec faibles pentes de toit et combles sur la rue du Commerce.
99 rue des Entrepreneurs
Bâtiment de 1827 ayant conservé sa volumétrie d'origine qui contraste avec ses voisins et marque l'entrée de la rue et la place Etienne Pernet.
91-97 rue des Entrepreneurs
Bâtiments faubouriens de bonne tenue intégrés dans une séquence homogène avec faibles pentes de toit.
93 rue du Commerce
Immeuble très significatif de 1876 qui reprend le gabarit et l'esthétique des premières constructions de Grenelle.
87 rue du Commerce
Immeuble de 1860, avec une belle grille en fonte et une modénature en grande partie conservée.
82-86 rue du Commerce
Construction de la période 1845-62, comportant des modénatures et persiennes escamotables en bois, typiques de l'époque.
1 place du Commerce – 69 rue Violet
Ancienne mairie de Grenelle inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
La mairie de Grenelle s’installe en 1842 dans la maison construite par deux américains, Daniel Low et Thomas W. Storrow : il s’agit d’une vaste maison néo-palladienne caractéristique de la Restauration entourée d’un jardinet. Au moment de son rachat par la commune, elle fut réaménagée par l’architecte Naissant. La façade est décorée de niches vides surmontées d’un fronton triangulaire et éclairée d’une baie.
23 place du Commerce
Bâtiment de 1846, transformé entre 1863 et 1880 mais qui a conservé ses bandeaux et qui présente sur la place un fronton qui lui confère tout son caractère.
75 rue du Commerce
Bâtiment intéressant par sa volumétrie (R+2) en opposition avec son environnement et la conservation d'éléments d'origine - bandeau, corniche, persiennes.
73 rue du Commerce
Construction de 1867 dont la volumétrie en opposition avec les immeubles voisins de cette séquence participe au paysage varié de la rue.
71 rue du Commerce
Premier grand immeuble construit (en 1864) juste après l'annexion à Paris, avec les normes esthétiques de la capitale.
74 rue du Commerce
Bâtiment de 1867 dont la modénature et les garde-corps sont conservés en bon état.
70 rue du Commerce
Composition des premiers niveaux classique et bien conservée, construction de 1872.
66 rue du Commerce
Bâtiment faubourien et de bonne tenue intégré dans une séquence de hauteurs variées.
65 rue du Commerce
Volumétrie caractéristique du cahier des charges de 1824, trois étages carrés sous combles avec persiennes conservées.
64 rue du Commerce
Bâtiment faubourien et de bonne tenue intégré dans une séquence de hauteurs variées.
63 rue du Commerce
La volumétrie est caractéristique du cahier des charges de 1824, trois étages carrés sous combles.
62 rue du Commerce
Bâtiment faubourien et de bonne tenue intégré dans une séquence de hauteurs variées.
61 rue du Commerce
La volumétrie est caractéristique du cahier des charges de 1824, trois étages carrés sous combles.
60 rue du Commerce
Bâtiment faubourien et de bonne tenue intégré dans une séquence de hauteurs variées.
58 rue du Commerce
La volumétrie de ce petit immeuble est caractéristique du cahier des charges de 1824. Trois étages carrés sous combles ; quelques persiennes et modénatures conservées.
56 rue du Commerce – 116 rue du Théâtre
Bâtiment ayant conservé sa volumétrie d'origine et sa simplicité, contraste et marque un repère sur la rue.
57 rue du Commerce – 120 rue du Théâtre
Bâtiment bas d'origine (période 1830), contraste et repère sur la rue.
Et aussi…
6 place Violet
Ancien pavillon Violet affecté à une caserne de Pompiers depuis 1860.
Immeuble faisant l’objet d’une inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
Sa construction date de 1824. La façade du style néoclassique encore en vogue au début de la Restauration comporte au rez-de-chaussée quatre colonnes doriques encadrant la porte et deux fenêtres cintrées, au premier étage, quatre colonnes ioniques flanquant trois fenêtres rectangulaires, avec au-dessus, une corniche à modillons supportant un second étage.
109 rue des Entrepreneurs
Immeuble de rapport construit par les architectes Gaston et Juliette Tréant-Mathé en 1938-1939. De chaque côté du bâtiment, les bow-windows calent la composition et contribuent à l'éclairage des deux appartements de chaque étage (un deux pièces et un trois pièces, avec salle de bain et cuisine), le recentrage au sixième, puis un septième étage couronnant l'édifice. Les architectes avaient en outre prévu une buanderie et une grande salle commune en sous-sol pouvant servir de salle de jeux pour les enfants.
Principaux repères bibliographiques
Atelier Parisien d’Urbanisme, étude conduite par Gilles Plum, Rue du Commerce, propositions pour une meilleure préservation du paysage, février 2001 (deux tomes)
Hélène Lagrange, Le 15e arrondissement, itinéraires d’histoire et d’architecture, Mairie de Paris, Direction générale de l’Information et de la Communication, Action artistique de la Ville de Paris, 2000
Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont, Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989



