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Parcours d'architecture : un autre regard sur le patrimoine parisien
Parcours d'architecture
14e ardt - Autour de la Mairie : un nouveau centre urbain
Autour de la mairie : un nouveau centre urbain
Dans un climat de tensions internationales, Thiers fait édifier en 1844 une ligne de fortifications englobant Paris et ses alentours. Enserrés dans ce nouveau mur, les faubourgs qui s’étaient développés aux pieds de l’ancienne enceinte fiscale des Fermiers Généraux sont très vite absorbés par l’urbanisation de la capitale dont la population ne cesse de croître. Il faut cependant attendre 1860 pour qu’une décision impériale les rattache définitivement à Paris, dans un nouveau découpage administratif formant sur les communes voisines la couronne des arrondissements périphériques parisiens.
Etabli sur les communes de Vaugirard, Montsouris, Montrouge, Vanves ou encore Gentilly, le 14e arrondissement à sa création est encore en grande partie couvert des pépinières et des jardins maraîchers des anciens villages. A l’époque où les travaux d’Haussmann pour moderniser Paris se multiplient, ce territoire en formation va offrir un terrain propice aux grands aménagements. Ainsi sont ouverts le boulevard de Port-Royal, le prolongement de la rue d’Alésia vers l’ouest, ou encore l’avenue de Montsouris, aujourd’hui avenue René Coty. A la faveur de l’espace libre et de la main-d’œuvre ouvrière qui afflue dans la capitale, industries et petits artisans, notamment dans le secteur du livre et de l’imprimerie, s’installent dans ce quartier populaire, tandis que les grands programmes de construction d’HBM du début du siècle tentent de répondre aux besoins de cette population modeste de plus en plus nombreuse.
Parmi les territoires annexés au 14e arrondissement, le “Grand Montrouge”, gros village tranquille resté en dehors de l’enceinte de Thiers se voit définitivement amputé de son “Petit Montrouge”, noyau industrieux et dense développé depuis le Moyen-Age autour de la croix aux sages - actuelle place Victor et Hélène Basch. Au cœur du nouvel arrondissement, un nouveau centre urbain se forme autour de l’ancienne mairie de Montrouge, devenue la mairie du 14e arrondissement. En face du bâtiment public, le square de Montrouge, aujourd’hui square Ferdinand Brunot, fait ainsi partie des 24 squares plantés pendant le Second Empire par Alphand, le “bras vert” d’Haussmann, pour embellir Paris.
Sur l’ancien village de Montrouge, le quartier de la mairie à travers la diversité de son patrimoine offre une lecture particulièrement intéressante des évolutions successives des faubourgs parisiens progressivement incorporés à la capitale. Du village au cœur d’arrondissement, ce parcours d’architecture regroupe des témoignages conservés de l’ancien village de Montrouge (la Mairie néo-renaissante de Claude Naissant, la maison typique du début XIXe au 42 rue Boulard), des ensembles remarquables de logements sociaux et d’habitations collectives de la fin du XIXe siècle (1 rue Boulard…), ou encore des réalisations caractéristiques de l’entre-deux-guerres, marquées par l’emploi du béton armé et de la brique.
Parcours numéroté et descriptif des bâtiments remarquables
» Consulter le plan du parcours au format pdf (209 Ko)
Sur le plan, les pastilles rouges indiquent les édifices à observer. Les caractéristiques architecturales de ces bâtiments :
12 rue Durouchoux, 26 rue Mouton-Duvernet et 47 rue Gassendi
Annexe de la mairie du 14e arrondissement, édifiée de 1934 à 1935 par l'architecte Georges Sébille, à usage multiple de salles des Fêtes, bibliothèque et dispensaire. La structure du bâtiment est en béton armé et la façade en brique de la Guerche. Les ferronneries et les portes sont de Raymond Subes et Gilbert Poillerat et les vitraux de Raymond Barillet.
La façade principale présente un avant-corps en saillie agrémenté d'une vaste baie horizontale éclairant la salle des Fêtes et couronné par un fronton plat percé de fenêtres carrées.
Le bâtiment de style “Art déco” par son ornementation, présente une volumétrie épurée caractéristique de l'architecture des années 1930.
2 place Ferdinand Brunot
Mairie du 14e arrondissement de style néo-renaissance, construite par l'architecte de l'arrondissement de Sceaux, Claude Naissant entre 1852 et 1858 pour la commune de Montrouge. Elle ne devint la mairie du 14e arrondissement qu'avec la loi d'annexion du 16 juin 1859. De 1886 à 1889, la mairie est agrandie par Emile Auburtin. Une nouvelle travée de fenêtres fut ajoutée à la façade principale de chaque côté et les ailes en retour furent terminées par deux pavillons en léger avant-corps. L'édifice a sa façade principale sur la place et le square Ferdinand-Brunot. Le corps central correspond à la campagne de Naissant. Le rez-de-chaussée est traité en bossage continu en table. Les fenêtres du premier étage en plein cintre sont rythmées par des pilastres corinthiens. Au centre, le porche rectangulaire à arcade en plein cintre compte trois niveaux, dont un étage d'attique décoré sur chacune de ses faces d'une horloge entre des pilastres corinthiens. Le porche est coiffé d'un campanile. Les ailes latérales, ajoutées par Auburtin, ont un étage de plus que le corps central. Les façades sur les rues Durouchoux et Saillard ont reçu des fenêtres à fronton droit porté par des consoles.
42 rue Boulard
Maison individuelle édifiée dans la première moitié du XIXe siècle. La maison, présentant une façade composée de deux étages sur rez-de-chaussée et élevée dans une volumétrie compacte, occupe une parcelle d'angle située en fond de perspective de la rue Ernest Cresson. Sa volumétrie régulière, la sobriété de son architecture sont représentatives des bâtiments construits dans la commune du petit Montrouge avant l'annexion de 1860.
1 et 2 villa Louvat
Deux bâtiments en vis-à-vis, à programme mixte, habitation et atelier d'artiste, construit en 1913 par l'architecte Schroeder. L'immeuble situé au no 1, élevé sur six niveaux, est composé selon un axe de symétrie matérialisé par le bow-window. La décoration basée sur des carreaux de céramique s'inspire de l'immeuble de la rue Campagne-Première édifié par Arfvidson en 1911. En vis-à-vis, l'immeuble situé au no 2 reprend les mêmes motifs décoratifs exprimés avec plus de sobriété.
23 rue Boulard
Ecole maternelle réalisée pour la Ville de Paris par l'architecte Marion Tournon-Branly en 1963. Les sept classes, sur cour, occupent un corps de bâtiment à deux niveaux dont la façade est remarquablement dessinée par un jeu de poteaux et de bandeaux de béton brut, interrompu par quelques panneaux de briques posées de biais qui accrochent la lumière.
Sur rue, où ne s'ouvraient, outre l'entrée, que deux appartements de fonction, la brique tient une place plus grande, avec un appareillage de la brique inspiré d'exemples danois. Ancienne élève de Perret puis collaboratrice de Paul Nelson, Marion Tournon-Branly affiche clairement sa filiation dans cette œuvre où la brutalité de la structure de béton joue avec la chaleur de la brique selon un principe déjà mis en valeur par Paul Nelson pour la Maison Brooks du boulevard Arago (1926). Une extension sur rue abritant le réfectoire a été réalisée en 1987 par Poman et Goutman.
7 rue Danville
Immeuble de rapport réalisé par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarrazin en 1904 pour Madame Weill. Il s'agit du troisième immeuble de rapport édifié par les deux associés. Destiné à la petite bourgeoisie, cet immeuble montre un caractère intermédiaire entre Habitation à Bon Marché et immeuble de rapport. A ce titre, Sauvage et Sarazin utilisent, pour les fenêtres de la cage d'escalier, les mêmes parements d'allège que pour le 20 rue Sévero et jouent, comme pour leurs HBM, sur un discret effet de polychromie entre la brique silico-calcaire de la façade et la brique rouge des allèges de fenêtres. L'austérité de la brique est relevée par des éléments en pierre de taille, notamment les fortes clés des plates-bandes couronnant les fenêtres, qui forment les consoles supportant les balcons de l'étage supérieur.
25 rue Gassendi
Ensemble de 163 logements sociaux construit pour la Fondation Lebaudy par les architectes Albert et Jacques Guilbert et M. Luyckx. Il est financé par la revente de l'hôtel pour célibataires du 94 rue de Charonne à l'Armée du Salut. Par rapport aux groupes construits par la fondation avant-guerre, l'aspect collectif a été gommé et l'aspect extérieur se rapproche de celui des immeubles ordinaires avec une note d'austérité. L'ensemble est construit sur une ossature de béton armé avec remplissage en brique de Gournay. Les appuis, bandeaux, corniches et balcons sont en béton bouchardé. Ce rationalisme un peu sévère montre bien l'empreinte de Perret sur Guilbert fils et sur Luyckx.
40 rue Liancourt
Pavillon à gauche sur cour construit avant l'annexion de 1860, présentant une façade composée d'un étage carré sur rez-de-chaussée. Corniche saillante. Architecture caractéristique des anciens villages ceinturant Paris.
63 rue Daguerre
Cette parcelle profonde, d'une surface de 1 000 m2 environ, est occupée par des bâtiments datant des années 1930 édifiés pour deux propriétaires distincts. Le premier, M. Claude, élève deux pavillons d'habitation à un étage situés en vis-à-vis, à l'entrée de la cour et surélève le bâtiment sur rue qui atteint trois niveaux. Le deuxième, M. Dupont, réalise un ensemble de bâtiments de trois niveaux continus sur les trois côtés de la cour. De caractère industriel, ces bâtiments sont ouverts par une série de portes à deux battants et par des fenêtres à meneaux verticaux et des larges baies d'atelier aux étages. Le dernier niveau est en partie occupé par des logements distribués par une coursive en porte-à-faux sur la cour.
La cour est investie par des ateliers d'artisans et de petites entreprises justifiant le nom de cité industrielle inscrite en façade sur rue.
10-12 rue Roger
Décor de librairie inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.
21-23 rue Froidevaux
Immeuble à programme mixte, habitations et ateliers d'artistes, construit en 1929 par G. Grimberg, architecte et Auclair entrepreneur. Le bâtiment, présentant une façade composée de sept étages sur rez-de-chaussée élevés en vis-à-vis du cimetière, développe une échelle monumentale basée sur les deux travées centrales en léger ressaut marquant l'inflexion du tracé de la rue Froidevaux. Trumeaux décorés de motifs floraux en mosaïque.
1 rue Boulard et 11 rue Froidevaux
Immeuble d'habitation collective construit à la fin du XIXe siècle. La rotonde d'angle, progressivement évidée vers le haut, est maintenue par des bandeaux arrondis qui se prolongent sur les façades pour former des garde-corps. La façade est décorée par des incrustations de pierre emmaillées représentant des guirlandes de fleurs. Rotonde d'angle à fenêtres géminées, bow-windows, balcons traités en lignes courbes. Façade en pierre de taille et porte d'entrée ornée de sgraffites et de ferronnerie stylisés, aux motifs floraux. Réalisation exemplaire illustrant la typologie de l'immeuble de rapport au tournant du XXe siècle, et de ses qualités architecturales et décoratives.
Principaux repères bibliographiques
Paul Chemetov, Marie-Jeanne Dumont, Bernard Marrey, Paris-Banlieue 1919-1939 : Architectures domestiques, éditions Dunod, 1989
Myriam Bacha, Le 14e arrondissement, itinéraires d’histoire et d’architecture, Mairie de Paris, direction générale de l’information et de la communication, action artistique de la Ville de Paris, 2000
Bernard Marrey avec Marie-Jeanne Dumont, La brique à Paris, co-édition Picard-Pavillon de l’Arsenal 1991



